Édition internationale

FRENCH IN BRUM - Catherine, 42 ans, "Pour rien au monde, j’habiterais à Londres"

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 juin 2013

Située au c?ur du quartier d'Edgbaston, l'université de Birmingham est gigantesque. Pour rencontrer Catherine, j'ai rendez-vous dans un café à l'intérieur d'un des bâtiments. La grande cafétéria est sur deux étages et dans les canapés, des filles aux lunettes carrées se lovent contre des garçons plongés vers leurs ordinateurs. La jeune femme arrive avec son sac à main chargé de copies, elle s'affale dans un des fauteuils. Elle est concise, facile d'accès, fraîche, posée. Elle est aussi réfléchie et sérieuse, mais pas barbante. Une prof quoi

Quand je lui demande ce qu'elle fait à la faculté, elle hésite."En anglais ou en français ? De toutes les façons, je ne connais pas la traduction. Je suis part-time lecturer. En gros, je donne des cours magistraux en droit français et j'anime des séminaires, des TD, en droit français aussi." Catherine s'est installée en 2002 à Birmingham parce que Volker, son mari, avait eu un poste ici ? Deux amoureux universitaires en sorte.

From Sarrebruck with love

Ce couple franco-allemand s'est rencontré au Texas en année d'échange. Ils sont restés ensemble un an avant de repartir chacun dans leurs pays valider leurs diplômes. Le droit pour elle, les maths et l'intelligence artificielle pour lui."Après, j'ai commencé à bosser à Paris en tant que juriste d'entreprise, et on s'est revu ? Lui faisait sa thèse à l'université de Sarrebruck." Elle va droit au but."On a décidé d'avoir un enfant, donc je suis tombée enceinte et à huit mois et demi de grossesse, je suis partie habiter en Allemagne avec lui."

Le nouveau papa finit sa thèse et commence à travailler à l'université."Il a cherché un poste permanent mais en Allemagne, ce n'est pas facile à trouver. En Angleterre, il y a plus de possibilités. Il y a eu plusieurs postes qui se sont libérés, à Reading et à Birmingham." La capitale des West Middlands a un très bon département d'intelligence artificielle. C'est ce qui a fait pencher la balance."En plus, un collègue allemand avec lequel il avait déjà travaillé, enseignait déjà là-bas. C'était bien."

En Angleterre, Catherine travaille. En Allemagne, c'était un peu différent."Quand on est juriste, c'est toujours très difficile de s'exporter ? J'ai fait un master de droit allemand pendant le temps où j'ai vécu à Sarrebruck. Mais j'ai eu aussi Clara, deux ans après Elise. J'étais bien occupée avec mes deux filles."

King Heath

Avant leur emménagement, le couple vient visiter Birmingham."J'étais relativement effrayée. Je ne connaissais pas la ville, les systèmes d'écoles, les quartiers. Quand je suis passée à King Heath, j'ai trouvé ça glauque. Je me suis dit qu'il ne fallait surtout pas habiter là. Et puis Volker a choisi une maison à louer ? exactement dans la rue que j'avais détestée quelques mois avant."

Au fil de la conversation, Catherine se laisse aller à quelques confidences."Je n'étais pas très contente. Je ne suis pas d'un tempérament dépressif et je ne baisse pas facilement les bras, mais j'ai le souvenir d'entrer dans cette maison, début janvier, il faisait froid et gris. Et je pensais on paye deux fois plus qu'en Allemagne, c'est deux fois plus petit et trois fois plus moche !"

Elle avoue cependant avoir ensuite compris le choix de son mari."Il avait trouvé des écoles publiques très correctes et le quartier lui avait été recommandé. Aujourd'hui, j'aime bien. Je trouve que c'est très international. Et puis il y a beaucoup d'entraides avec les voisins, des gardes d'enfants, des échanges. Au bout de dix-huit mois sur place, on a acheté une maison qu'on a complètement retapée. Récemment, on a recommencé la même chose. En dix ans ici, on aura habité dans trois maisons, toutes à King Heath."

Dress and food

A écouter la Parisienne, la ville de Birmingham c'est la diversité, surtout dans son quartier."Ici, il y a une ouverture, une tolérance folle. A chaque fois que je vais dans le centre-ville, j'hallucine sur les tenues vestimentaires." On l'imagine bien, observant les femmes en niqab qui croisent les adolescentes en mini-jupe et tee-shirt au dessus du nombril.

Catherine continue ensuite sur la nourriture."Je m'étonne toujours. Bien qu'on ait beaucoup d'amis anglais qui cuisinent très bien, ça doit être parce qu'on aime bien manger. Les amis de mes enfants, c'est catastrophique." Elle m'explique."Les chips par exemple. C'est réservé pour les rares fois où mes filles ont une sortie pique-nique. Sinon, elles apportent leur déjeuner à l'école et c'est moi qui gère. Dans leur lunch box, ça peut très bien être du chou à la viande. Elles m'en veulent un peu de temps en temps ? Clara me dit parfois que ça sent mauvais dans son casier. Ça intrigue leurs amis, mais elles sont habituées !"

Le trilinguisme

De son installation à Birmingham, Catherine se souvient surtout du premier jour de maternelle de son aînée."Elise avait trois ans et demi, la première fois que je l'ai laissée, j'avais un pincement au c?ur. Elle ne parlait pas un mot d'anglais ! Elle était surtout assez grande pour réaliser qu'elle ne comprenait rien ?"

Avec leurs deux nationalités, il a fallu imposer des règles pour que leurs filles puissent suivre."Je leur ai toujours parlé français et Volker toujours allemand." En venant vivre en Grande-Bretagne, la langue de Shakespeare aurait pu s'imposer mais le couple tient bon."C'est marrant, quand on s'est rencontré, on parlait anglais parce qu'on était aux Etats-Unis. Mais depuis la première naissance, on a décidé d'arrêter de mal parler une langue qui n'est pas la nôtre. Depuis, on utilise uniquement nos langues maternelles, même en couple."

Le français

La jeune femme semble vouloir me rassurer."Mes filles n'ont pas un mauvais niveau, je leur ai toujours parlé uniquement en français, même quand elles ont des amies anglaises qui viennent à la maison.Tous les soirs, on lisait un livre dans ma langue. Il y a juste quand elles ont commencé à apprendre à lire, qu'on prenait les livres de l'école."

Pour l'enseignante, l'apprentissage est fondamental."En fait, on les a d'abord laissées apprendre à lire en anglais, et ce n'est qu'une fois qu'elles avaient acquis le bon mécanisme que j'ai commencé à leur apprendre à lire en français."

Aujourd'hui, les petites ont grandi. La fratrie s'est même agrandie d'une troisième fille."Quand elles sont toutes les trois, c'est un peu problématique. Au départ, c'était que le français. Quand elles ont commencé l'école britannique, les deux aînées ont eu tendance à parler anglais ensemble. On ne les reprend pas systématiquement, sauf quand on est à table. On fait exception si on a des amis anglais avec nous évidemment. Mais en famille, la règle c'est pas d'anglais, uniquement l'allemand ou le français."

Le sang et le sol

Côté ressenti, Catherine se décrit comme une Française."Avec les filles qui ont vu le jour dans des hôpitaux à l'étranger, un mari d'une autre nationalité et deux expatriations, je suis aussi européenne. Mais c'est mon pays qui compte." Sa dernière est née à Birmingham."Elle pourrait avoir la nationalité anglaise, mais après elle devrait peut-être perdre une de ses deux nationalités de sang ? On garde ses passeports allemand et français. Comme les autres."

Catherine est inscrite sur la liste des résidents français."D'ailleurs, faut que je renouvelle ma carte consulaire ? Elle a déjà expiré il y a quelques semaines." C'est important pour elle de suivre ce qui se passe dans son pays."Je suis allée voter pour la dernière élection présidentielle. Une organisation formidable. Surtout par rapport à ce que j'ai lu sur les conditions à Londres. Nous c'était très facile, il n'y avait pas de queue pendant des heures."

A l'écouter, il y a des avantages à vivre ailleurs que dans la capitale."Pour rien au monde j'habiterais à Londres. Il faut être très riche pour avoir une vie sympa. Ici on est tranquilles."

Back to the future

Mais pour Catherine, le plus important c'est de savoir prendre le temps de rentrer en France."Nos deux familles, et surtout la mienne, sont assez demandeuses. Ils aiment bien voir les filles, les avoir. On fait un peu de Skype, du téléphone et dès que c'est les vacances, départ pour l'Hexagone ! C'est pour ça aussi qu'elles continuent de parler pas trop mal français, pour les cousins et les cousines."

A long terme, Catherine dit n'avoir aucune idée d'où elle pourrait se retrouver."Mais pour moi, ce ne serait pas un choix de partir. Peut-être pour des raisons professionnelles ? Si on est obligé de déménager, on le fera mais moi, ça ne me gênerait pas de rester ici."

Coup de téléphone. Clara est malade et la femme de ménage la garde. C'est l'heure de prendre le relais. En français ou toute autre langue, Catherine doit rentrer s'occuper de sa fille. Le rôle de maman est universel.

Elise Comarteau (lepetitjournal.com/londres) lundi 10 juin 2013

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Présentation de l'auteure :

Journaliste de 28 ans, je suis arrivée dans cette ville un peu comme tout le monde, par hasard.

Oh rien de très original, j'ai suivi mon mari pour son travail.

Après Sciences Po à Lille et un Mastère Médias à l'ESCP, j'ai travaillé à Public Sénat, LCI et France Bleu.

En France, j'ai laissé mes piges, ma famille, mes amis? mais pas mon besoin d'interviews, de rencontres, de contacts avec les gens.

Touchée et émue par mes compatriotes en manque de reconnaissance dans cette ville, j'ai décidé de les présenter pour les faire "un peu" exister.

C'est ainsi qu'est né le projet "French in Brum"

Retrouvez en intégralité mes entretiens sur le blog http://frenchinbrum.wordpress.com

Pour quelques quelques photos insolites de la ville RDV aussi sur http://birmstreet.wordpress.com/

N'hésitez pas à me contacter, et bonne lecture à tous !

 

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Publié le 9 juin 2013, mis à jour le 13 juin 2013
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