Édition internationale

AXELLE LEMAIRE - "Créer du lien entre les Français à l'étranger et leur pays"

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 février 2013

Six mois après son élection, Axelle Lemaire, députée des Français établis en Europe du nord fait le point sur son nouveau rôle à l'Assemblée. Elle revient pour lepetitjournal.com sur sa prise de fonction, ses nouvelles responsabilités et les premiers mois du gouvernement Ayrault

Lepetitjournal.com - Quel souvenir gardez-vous de la découverte de l'hémicycle ?

Axelle Lemaire - Je suis entrée dans l'hémicycle pour la première fois quelques jours après mon élection. Ces premières journées de la vie d'une députée étaient chargées d'émotion et très intenses. Pour la première fois rassemblés à l'Assemblée, tous les députés de la nouvelle législature investissent les lieux, découvrent leurs bureaux, courent remplir les formalités administratives d'usage, ouvrent leurs comptes électroniques? Il règne une atmosphère frénétique et euphorique, les "heureux élus" sortant tous d'une campagne longue et parfois éprouvante. Nous recevons alors nos accessoires de député, l'écharpe républicaine, le baromètre. Et nous nous sommes mis au travail. L'Assemblée a siégé en session extraordinaire jusqu'à fin août. L'entrée dans cet hémicycle, qui a vu passer tant d'hommes et de femmes politiques, illustres ou moins connus, mais qui ont tous apporté leur contribution à l'histoire politique de la France, fut un moment saisissant

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de la campagne électorale que vous avez menée l'année dernière ? 

J'en garde un souvenir très positif. C'était une expérience humaine extraordinairement enrichissante. Je n'avais auparavant jamais rien connu de telle. Tout était à construire, à inventer au jour le jour avec des moyens limités. Tout cela a soudé mon équipe de campagne. Nous avons su créer des ramifications dans toutes les zones du territoire d'Europe du nord. C'était très fastidieux. Le moindre déplacement imposait une logistique difficile à mettre en place. J'arrivais dans des pays dont je ne maitrisais pas toujours la langue et où parfois je ne connaissais personne. Si j'ai tenu, c'est en grande partie grâce à mon équipe de campagne. Ils m'ont véritablement portée du début à la fin. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais. Même si certains moments ont été très durs, j'avais toujours le sentiment d'être soutenue par une équipe qui croyait en mon projet.

Ressentez-vous une responsabilité particulière du fait de la nouveauté de ces élections ? 

Oui tout a fait. À deux niveaux. Tout d'abord parce qu'il y a encore aujourd'hui une recherche de légitimité vis à vis de la classe politique française. Cette quête est à mon sens nécessaire parce qu'il est très important que la France réalise que ses ressortissants à l'étranger comptent. Pas seulement pour les partis politiques mais aussi en raison des enjeux de société, économiques et géo stratégiques auxquels notre pays est confronté. Ce que je veux, en ouvrant le débat à l'international, c'est une France dans la monde et non pas d'une France aveugle et fermée.

Le deuxième niveau de responsabilité se situe vis à vis des habitants de ma circonscription. Je dois démontrer en quoi cette représentation politique peut être utile et novatrice. Je veux contribuer à créer un lien de citoyenneté entre ces Français à l'étranger et avec leur pays d'origine. 

(©Ghislaine Salabert-Mougin)

Une responsabilité qui vous a même poussée à refuser le poste de ministre déléguée des Français de l'étranger. Comment expliquez vous votre décision ?

Il me semblait très important de respecter le choix de mes électeurs mais aussi de découvrir le métier de parlementaire et de le vivre avant de prétendre à des fonctions ministérielles. J'attache beaucoup d'importance à la notion de suffrage universel et j'ai été élue pour assurer un mandat. J'ai sans doute été marquée par ce modèle au cours de ma première expérience politique à la Chambre des Communes, berceau de la démocratie parlementaire. J'ai très certainement été influencée par cette culture. 

De plus, il est déjà très compliqué d'organiser ma vie de députée et de mère de famille de deux jeunes enfants. Il y a là aussi un enjeu quasiment sociétale à trouver un équilibre entre vie professionnelle et personnelle quand on est une responsable politique. C'est en tout cas une problématique très présente dans les pays de ma circonscription et en particulier en Scandinavie. 

Bien sûr, tout cela est une analyse à postériori mais je n'ai aucun regret concernant cette décision. Il n'y a pas un jour qui passe sans que je n'apprenne quelque chose dans mon nouveau métier. Je crois tout simplement que la réalité s'est imposée à moi. 

Comment organisez-vous votre travail entre Paris et les différents pays de votre circonscription ?

J'ai passé les 6 premiers mois de mon mandat à solidifier mes assises à Paris et à organiser mon travail dans ses aspects matériels. Il m'a fallu obtenir un bureau à l'Assemblée et des places dans les commissions que je visais c'est à dire la commission des lois et celle des affaires européennes. Je suis très contente de ce résultat. Je devais aussi réussir à faire ma place dans les domaines d'intervention qui m'apparaissaient les plus légitimes. J'ai ainsi été nommée secrétaire nationale aux droits de l'homme mais aussi rapporteure pour avis sur le projet de texte de la réforme bancaire. Il y avait donc à la fois une implication logistique mais aussi thématique à assurer. Je considère que pour bien faire mon travail il me fallait des bases solides qui sont désormais en place. 

J'entre maintenant dans une nouvelle phase pendant laquelle je vais à nouveau faire la tournée de la circonscription. J'espère être en mesure de visiter un pays par mois. Je me suis déjà rendue en Suède où j'ai tenu une permanence. Je suis aussi allée en Irlande la semaine dernière où j'ai visité le lycée, tenu une permanence, organisé une cérémonie des voeux, rencontré le personnel consulaire ainsi que des représentants d'associations et du secteur économique. J'en ai également profité pour discuter avec des responsables politiques irlandais comme j'aime à le faire à chaque fois que je me déplace pour comprendre le contexte politique du pays dans lequel habitent les Français de ma circonscription. 

Quel regard portez-vous sur les premiers mois de la présidence de François Hollande mais aussi sur l'action du gouvernement ? 

Je trouve ce premier bilan très positif et je suis déçue qu'il soit mal compris. Si je dis cela, c'est parce qu'en tant qu'élue de la nation, je perçois véritablement la cohérence et la logique inhérentes à tous les textes qui ont été votés à l'Assemblée nationale et à toutes les actions qui ont été menées par le gouvernement. C'est vrai des emplois d'avenir, du contrat de génération, du pacte de compétitivité comme de l'intervention au Mali. Toutes les mesures phares prises par le gouvernement vont dans le sens d'une plus grande justice dans un cadre légal, transparent et au service de l'intérêt général. 

Nous avons hérité d'une situation économique et sociale extraordinairement difficile. Le problème est que la manière de faire de la politique ces dernière années a créé un sentiment d'urgence et d'impatience qui voudrait que la politique fasse des miracles, tout de suite. Je pense qu'il faut laisser le temps aux réformes de porter leurs fruits. Lorsque Michel Sapin ou le Premier ministre annoncent que les chiffres du chômage vont continuer d'augmenter, j'apprécie le fait qu'ils fassent preuve d'honnêteté et qu'ils décrivent la réalité aux Français. Pour autant, toute la classe politique reste mobiliser pour améliorer la situation. 

C'est également vrai pour l'étranger. Les contraintes budgétaires sont telles qu'il n'est pas possible de faire des miracles mais il n'empêche que, dans ce contexte difficile, nous réussissons à modifier les critères des bourses scolaires pour élargir l'accès au réseau éducatif français à l'étranger. Nous réformons également l'Assemblée des Français à l'étranger dans le sens d'une plus grande démocratie locale, de plus de transparence et nous en élargissons les compétences. Nous tentons aussi d'améliorer le réseau consulaire pour répondre aux préoccupations des Français qui considèrent que les délais d'attente pour obtenir les documents administratifs sont trop longs ou trop complexes. Tout cela montre bien une prise en compte des demandes mais aussi des contraintes budgétaires et la poursuite d'objectifs à long terme. Je suis très fière du bilan du gouvernement et de celui de mon groupe politique à l'Assemblée nationale.  

Vous êtes aussi secrétaire nationale aux droits de l'homme au sein du parti socialiste. Pouvez-vous nous expliquer votre rôle ?

Effectivement, j'appartiens aux instances nationales du Parti socialiste. C'est un rôle qui est lié à mes activités au sein de mon parti et non pas directement à ma fonction à l'Assemblée nationale. Ce rôle consiste à essayer d'influencer les responsables de mon parti politique pour faire avancer certaines causes qui touchent aux droits de l'Homme. J'effectue un travail de veille de l'actualité tant au plan français qu'européen et international, soit pour approuver des évolutions qui vont dans le sens d'un plus grand respect des droits humains, soit pour dénoncer des situations de violation des droits de l'Homme. Je reçois également les associations de défense des droits de l'Homme qui m'alertent sur certaines situations. 

Je ne pense pas que ce soit un hasard si j'ai été nommée à ce poste. Dans ma circonscription figurent la capitale qui remet chaque année le prix Nobel de la Paix et la capitale qui accueille le siège de grandes organisations de défense des droits de l'Homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch. De plus, l'Europe du Nord est considérée comme la zone qui respecte le mieux les droits de l'Homme. C'est donc ce que j'essaie de représenter avec ce titre. 

Vous allez aussi être rapporteure pour avis sur la loi concernant la séparation et la régulation des activités bancaires. Là encore, quelle va être votre fonction ? 

J'ai pris l'initiative de demander à ce que la commission des lois se saisisse de ce projet de texte. Il me semblait qu'on parlait beaucoup de la loi sous l'angle de la séparation des activités bancaires, entre l'investissement spéculatif d'une part et les banques de dépôt d'autre part, mais peu sous son volet institutionnel qui a pourtant des conséquences importantes sur la prévention des crises. Quand je parle de volet institutionnel, je parle du rôle joué par l'Autorité des Marchés Financiers, par la banque de France, par l'autorité de supervision et de régulation bancaire mais aussi par le futur conseil de sécurité financière de Bercy. Il y a donc tout un volet de la loi dont on parle moins mais qui est tout aussi important parce qu'il permettra de créer des outils destinés à identifier les potentiels de crise et à les prévenir. Il était donc logique que la commission des Lois s'en saisisse. C'est la raison pour laquelle j'ai averti mon président de mon souhait d'être rapporteure sur ce texte. De plus, c'est également cohérent avec mon mandat de députée d'Europe du nord puisque c'est dans cette circonscription que se trouve la City. Mon élection a d'ailleurs pu étonner ceux qui pensaient qu'il n'y avait à Londres que des néo libéraux amoraux motivés exclusivement par l'appât du gain. C'est évidemment caricatural. J'essaie pour ma part de défendre une vision de la finance au service de l'économie réelle. C'est l'esprit de ce texte. 

Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) mercredi 6 février 2013

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Publié le 6 février 2013, mis à jour le 6 février 2013
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