REGARD D'OUTRE-MANCHE – La vraie nature des Français

 

Comment la presse britannique perçoit-elle l'actualité française ? Quels sont les sujets qui retiennent son attention ? Petit tour d'horizon des news de l'Hexagone vues par les médias du royaume de sa Majesté. Au programme cette semaine, le spleen, le journalisme et le business à la française.

Le temps hivernal vous démoralise ? La crise vous donne le cafard ? Pas de panique, vous ne tombez pas en dépression, vous êtes simplement français. Les habitants de l'Hexagone sont bien connus pour leur côté râleur et leur pessimisme à toute épreuve. Mais le pays souffrirait d'un mal bien plus grave : la mélancolie serait en fait inscrite dans la culture française.

Un "French paradox"

"La France, autrefois connue pour sa joie de vivre, souffre d'une morosité existentielle – et les Français ne peuvent s'en prendre qu'à eux même, affirme une étude qui sera présentée à Londres le mois prochain. Cette enquête menée par une chercheuse française pour le Royal Economic Society suggère que les citoyens de l'Hexagone sont conditionnés pour devenir malheureux par leur propre culture," explique un article publié dans The Guardian. Pourtant, les Français ne seraient pas à plaindre. "Ils ont un niveau de vie élevé. Le pays a un système de sécurité sociale avantageux, offre un accès gratuit et universel  aux soins, aux hôpitaux, aux écoles publiques et aux universités. C'est aussi le pays des 35h et bon nombre d'étrangers souhaitent y élire domicile – 150.000 Britanniques ont d'ailleurs choisi de vivre en France," indique le journal.

Mais cela ne suffit pas à réjouir les Français, qui demeurent plus pessimistes que les ressortissants d'Irak ou d'Afghanistan. L'auteur de l'étude parle d'un "French paradox" : la prospérité de la nation ne parvient pas à se refléter dans l'humeur de ses citoyens. Comment alors sortir les Français de leur mélancolie ? Claudia Senik propose de placer l'enseignement de la gaieté au cœur des programmes scolaires, pour que dès le plus jeune âge, entre un cours de maths et une séance d'arts plastiques, les petits Français puissent goûter à la mélodie du bonheur.

De la liberté de la presse

Les Français auraient un sens aigu de la critique, mais leurs journaux seraient quant à eux un peu trop disciplinés. C'est du moins ce qu'affirment certains journalistes britanniques, réagissant à la mise en place d'une nouvelle commission de contrôle de la presse en Angleterre. Pour Daniel Hannan, journaliste au Telegraph, "si la Grande-Bretagne adopte ce nouveau cadre de régulation, elle deviendra comme la France, avec ses médias serviles, soumis et conformistes. Et terriblement pro-européens". Si sa consœur du Guardian, Agnès Poirier, abonde dans son sens, elle n’hésite pas non plus à mettre en lumière quelques faits d’armes de la presse hexagonale. "Le respect des journalistes français pour les institutions et les personnes qui les représentent, pour le meilleur et pour le pire, est à l'image de la société française. Les journalistes britanniques ont beaucoup moins de respect pour leur monarchie parlementaire et leur classe politique," explique-t-elle dans un premier temps avant de nuancer ses propos.

Les cultures journalistiques sont bien différentes de part et d'autre de la Manche. Les journalistes anglais adorent sortir les griffes, mais cela ne fait pas d'eux les champions de la liberté d'expression. La journaliste rappelle que Charlie Hebdo a publié les caricatures danoises de Mahomet, alors qu'aucun journal britannique n'a osé franchir le pas. Que Libération n'a pas hésité à titrer "Casse-toi riche con!" avec une photo de Bernard Arnault en une du journal. Que Nicolas Sarkozy et Jérôme Cahuzac se retrouvent face à la justice suite à des investigations du site Mediapart. "La France n'a pas George Orwell mais elle a Émilie Zola. D'ailleurs, lorsque le quatrième pouvoir français montre des signes de faiblesse, le peuple prend le relais dans la rue et se charge d'éjecter des hommes politiques et de retoquer des lois. Si les journaux britanniques ont plus de mordant, c'est pour compenser le manque d'implication politique de la population," argumente Agnès Poirier. 

Parlons affaires

Les Français dépriment. Les Français manifestent. Les Français ont aussi leur manière bien à eux de faire du business. C'est ce que révèle Light at the End of the Tunnel : Pratical Reflections on the French and British in Business, un manuel de survie dans le monde des affaires publié par la Chambre de Commerce Française de Grande-Bretagne et sur lequel s'est penché The Financial Times. "Dans une réunion de travail britannique, le but est généralement de prendre des décisions. Personne ne philosophera sur, disons, le marché des articles de toilettes. Ou alors ce sera une blague. Mais les réunions françaises sont différentes. En France, une réunion est un débat… Dans des cas extrêmes, une réunion très déstructurée  sera perçue par les britanniques comme une orgie intellectuelle," explique l'article.

Les Anglais doivent savoir qu'en France, élever sa voix et perdre son sang-froid peut être vu comme un signe de leadership. Les Français entretiennent parfois un désaccord simplement pour débattre et tester la conviction de l'autre. Le livre nous apprend également que la plupart des hommes d'affaires français de moins de 50 ans parlent le "Globish" : une version très simplifiée de l'anglais avec très peu de vocabulaire. "Il est stupide d'attendre plus d'eux. Si les Britanniques avaient découvert en 1995 que l'anglais ne suffisait plus dans un contexte international, ils ne se seraient pas très bien adaptés non plus," souligne le journaliste Simon Kuper. Les Britanniques devrait-ils alors se mettre au français pour communiquer avec leurs collègues d'outre-Manche ? "Cela ne serait pas d'une très grande aide. Parler un français médiocre est complètement inutile. Si un français approximatif est tout ce que vous avez à offrir, alors autant parler anglais." Vous z'avez compwis ?

Caroline Boeuf (www.lepetitjournal.com/londres) mercredi 27 mars 2013

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