EXPATRIATION - Ces Britanniques qui veulent s'inspirer de la représentation française

Ils sont plus de 5 millions à vivre à l'étranger et n'ont personne vers qui se tourner. Aux États-Unis, en Espagne, en Australie ou en France, ils sont désormais nombreux à rêver d'avoir leur "Axelle Lemaire" à eux. Celle qui représente à l'Assemblée Nationale les Français expatriés en Europe du Nord fait des envieux du côté…britannique.

(La répartition des expatriés britanniques dans le monde)

Début janvier, Peter Johnson, 64 ans, lançait une pétition pour tenter d'obtenir un représentant des expatriés au parlement britannique. Inspiré par les exemples français ou italiens, ce policier à la retraite, qui vit en Espagne depuis six ans après être passé par la France, l'Allemagne ou encore Malte, ne comprend pas pourquoi personne ne représente les expatriés. "Il y a des millions de Britanniques qui vivent à l'étranger et ils méritent d'avoir leur mot à dire. Beaucoup d'entre eux continuent de payer des impôts au Royaume-Uni et sont donc concernés par ce qui se passe dans ce pays", explique-t-il. 

(Brian Cave, installé à Gourdon dans le Lot depuis 15 ans)

Perte du droit de vote après 15 ans à l'étranger
Même son de cloche pour Brian Cave, 80 ans, qui vit une retraite paisible en France. Installé à Gourdon, dans le Lot, depuis 15 ans avec sa femme, il mène le même combat depuis de nombreuses années. Avec son blog "Pensioners debout", il tente de sensibiliser ses concitoyens qui résident à l'étranger mais aussi d'alerter les hommes politiques britanniques sur un problème majeur : après 15 ans de résidence à l'étranger, les citoyens britanniques ne sont plus autorisés à voter dans leur circonscription d'origine. Un système que Brian trouve injuste. "Nous continuons à payer des impôts au Royaume-Uni mais nous n'avons plus de droits et aucune représentation", explique t-il.

Fervent défenseur de l'idée européenne qu'il conçoit comme un "réseau de nations", il ne comprend pas pourquoi les Britanniques qui vivent à l'étranger sont exclus de la vie politique de leur pays : "Ce sont ses citoyens qui constituent ce qu'est la nation britannique. Qu'ils vivent sur le sol britannique ou ailleurs…" Ce naturaliste, venu chercher dans la campagne française du calme et un plus grand jardin, reçoit quelques soutiens de la part d'hommes politiques britanniques mais peu du côté du gouvernement qui, selon lui, "a peur que le vote des expatriés contrecarre ses plans".

Une pétition à contre-emploi ?
Aujourd'hui, Brian tente surtout de sensibiliser les autres expatriés qui souvent, regrette-t-il, "ne se sentent pas vraiment concernés". C'est d'ailleurs pour cette raison que, même s'il soutient la pétition lancée par Peter Johnson, il ne l'aurait pas fait lui-même. "Le problème, explique-t-il, c'est que cela risque de se retourner contre nous. Il faut que 10 000 Britanniques la signent pour que nous ayons une réponse des autorités et 100.000 pour avoir un débat à la Chambre des Communes. Si ce n'est pas le cas, le gouvernement va tout simplement dire : "vous voyez, les expatriés ne sont pas intéressés pour être représentés…"" Effectivement, la pétition, lancée en janvier et valable pendant un an, n'a recueilli pour l'instant que 1173 signatures. À ce rythme là, les inquiétudes de Brian risquent bien de se vérifier. 

Pourtant, il l'assure, lui se sent toujours très concerné par ce qui se passe au Royaume-Uni. Parce qu'il a bien sûr de la famille, des amis et des enfants là-bas mais aussi parce qu'un jour, comme la plupart de ses concitoyens, il rentrera au pays pour y finir sa vie. 

Simon Geize (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 22 février 2013

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