SOPHIE DELILA - "Toujours un challenge à relever"

Sophie Delila, auteur, compositeur, interprète et productrice, est une artiste française installée à Londres depuis maintenant six ans. Après avoir grandi à Paris où elle baignait dans la musique, puis s'être envolée pour les États-Unis à l'âge de 18 ans, c'est dans la capitale britannique, quelques années plus tard, qu'elle a décidé de poser ses valises et de lancer sa carrière. Avant son concert du 20 septembre, elle se confie aux lecteurs du PetitJournal.com sur son parcours et son prochain album


LePetitJournal.com : Vous avez beaucoup bougé. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Sophie Delila : Je suis née en France où j'ai suivi toute ma scolarité. Après le bac, je suis partie pour Boston où j'ai été acceptée à la Berklee College of Music, l'une des meilleurs écoles de jazz à l'époque. J'y suis restée trois ans. Ensuite je suis partie à New York pendant deux ou trois ans où j'ai pas mal "galéré". Cette ville est une jungle mais j'ai adoré ça. J'ai toujours aimé me "faire les dents", rencontrer des murs, travailler dur. C'est ma façon d'avancer. Et me voilà à Londres depuis six ans maintenant. Je suis venue ici parce que je voulais revenir en Europe, me rapprocher de la France. C'était un nouveau départ, une manière d'arriver sur une page blanche et de relever un nouveau défi.

Quelle a été votre éducation musicale ?

Je viens d'une famille d'artistes. Ma grand-mère était professeur de piano classique et mon père est pianiste blues/jazz a ses heures. Mes parents m'ont mis devant un piano quand j'étais toute petite et ça m'a plu. Vers cinq ans, j'ai commencé les cours de classique puis le jazz vers 10 ans. Mon oreille s'est surtout faite sur le classique. J'aime beaucoup les harmonies, Bach, Chopin… Puis j'ai commencé à composer vers 11 ans et à chanter un peu plus tard. Mon père avait un petit studio à la maison dont je me servais pour composer, faire des arrangements et puis au bout d'un moment comme j'avais des idées, il fallait bien que je les utilise. J'ai donc commencé à m'enregistrer par nécessité. Mais j'étais plus branchée composition que chant. Ensuite à Berklee, cette école m'a permis de m'ouvrir au jazz et à tous les styles de musique que l'on n'écoute pas vraiment lorsque l'on est adolescent. C'est par le classique que j'ai commencé mon éducation musicale donc le jazz, la world music, j'ai découvert tout ça là-bas.

Cela m'a permis de voir et d'apprendre beaucoup de choses techniquement mais aussi de rencontrer beaucoup de monde d'horizons très différents puisque c'est une école internationale. Cela m'a ouvert les yeux et les oreilles sur beaucoup de choses. Je ne sais pas si l'école de musique aide les artistes à avoir quelque chose à dire mais pour ma part elle m'a surtout donné des bases techniques solides qui maintenant me donnent les moyens de m'exprimer.

Vous préparez votre troisième album. Quelle est l'évolution entre les trois ?

Le premier album était auto-produit à New York. J'étais très très pure, très ignorante et je refusais de faire beaucoup de choses... Donc un peu indépendant, avec des chansons ensoleillées, légères, teintées de soul. Le second, j'arrivais à Londres. C'était une période un peu difficile, donc il est plus sombre, plus lourd. Il reflète mes deux premières années à Londres et mes difficultés. C'est une époque où j'ai ouvert les yeux sur beaucoup de réalités. Le prochain est entre les deux. Il est plus spontané, sans détour, le plus honnête possible et le plus fort dans l'intention. Beaucoup plus décidé et en même temps très varié. Certains morceaux sont écrits et produits uniquement par mes soins, d'autres sont co-produits et co-écrits. Il ne raconte pas une histoire précise - sinon la mienne, c'est plus un bazar de sentiments, d'émotions, qui ressemble à ma vie... Chaque chanson a son histoire. En terme d'écriture, je n'ai pas changé. J'écris toujours des choses que j'ai vécues ou que des proches ont vécues. Les chansons me concernent d'une manière ou d'une autre.

Au niveau du style, ça reste un album soul dans l'intention mais ce n'est pas stéréotypé. Il y a beaucoup d'influences. C'est un disque de soul "futuristique" difficile à faire rentrer dans une case. Il est surtout mélodique, poétique et personnel.

Que retenez-vous de chacun des pays où vous avez vécu ?

Je vais régulièrement en France. Pour voir mes amis, ma famille, travailler. J'aime tellement la France que pour moi elle représente le bon vivre, la belle vie. Si je vivais en France, je sais que je ne travaillerais pas. Enfin je travaillerais mais d'une manière différente. Je me reposerais plus. Peut-être que je profiterais plus de la vie mais ça on a tout le temps de le faire plus tard. Quand je vais à Paris, je sors beaucoup, je me balade sur les quais. C'est une ville magnifique et un pays extraordinaire.

À New-York, il y a tellement de gens qui essayent d'y arriver que tout le monde semble un peu lutter. Mais je retiens surtout le côté libre et spontané, la rapidité des rencontres et des évènements. Ce qui est intéressant à l'étranger d'une manière générale, c'est cette forme de liberté, ce côté "outsider", sans racine et sans jugement. C'est très enrichissant.

À Londres, c'est la grandeur de la ville dans tous les sens du terme et la diversité des paysages. Plus qu'à New York. La scène musicale est incroyable aussi avec un nombre de talents inimaginable. Et puis j'aime beaucoup la mentalité et l'autodérision des Britanniques.

Quelle sera la prochaine destination ?

Los Angeles ! Je crois qu'après quelques années à Londres, j'ai besoin de soleil… Et puis j'ai mes raisons d'y aller. J'ai un bon nombre d'amis musiciens qui s'y installent et qui sont ravis. J'ai bien envie d'essayer à mon tour.

Comment est-on perçu en tant qu'artiste française à l'étranger ?

Quand on est français à l'étranger, on a toujours un challenge à relever. Soit les gens nous détestent soit ils nous adorent. Il y a toujours un jeu. J'aime bien ça. Il faut se battre contre les apriori et leur prouver qu'ils ont tort ou au contraire les conforter dans leur appréciation. C'est toujours amusant. En fait, il y a plus d'interrogation du côté français. Notamment sur le fait que je chante en anglais alors que je suis française et que je parle en français entre les chansons pendant les concerts. Les gens ne comprennent pas toujours mais c'est à prendre ou à laisser. Je ne peux pas vraiment me justifier. J'estime simplement que je n'ai pas le don pour écrire en français. Peut être que ça viendra, que j'aurai le déclic un jour.

Comment est-ce qu'on démarre une carrière en arrivant à Londres ?

J'ai tout fait. Des flyers, cherche des dates pour me produire, poste des annonces sur internet pour trouver un groupe…Tout ce qu'on peut faire, il faut le faire. Il n'y a pas de règles mais il faut participer à un maximum de projets. Rencontrer un maximum de musiciens en studio, aller à des concerts. J'ai la chance d'avoir beaucoup d'amis musiciens depuis Berklee avec qui je garde contact et c'est aussi comme ça qu'on arrive à rencontrer des gens. Le réseau est très important. Il faut ses bases techniques et construire son projet bien sûr pour être prêt au moment où l'occasion se présente. Mais il faut aller chercher l'occasion et le réseau peut aider. La musique a un côté très social, donc ça passe forcément par le contact. Il faut aller à la rencontre des gens.

Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 2 juillet 2012

Site officiel Sophie Delila : http://sophiedelila.artiste.universalmusic.fr/?lang=en

Sophie Delila en concert à Londres le 20 septembre :

Jeudi 20 Septembre à 7 PM au Bordeline
Address: The Borderline, Orange Yard, Off Manette Street, London, W1D 4JB
Tickets: £8,50
Le Londres de Sophie Delila :

LPJ : Votre balade préférée ?
Sophie Delila : J'aime beaucoup Columbia Road. Elle est sous-estimée, pas trop visitée. Il y a des galeries sympas. Ce n'est pas encore Brick Lane qui est devenue bondée le week-end. J'adore aussi me balader dans Soho.

Où sortir ?
Momo. J'aime bien les endroits assez "lounge", avec de la bonne musique pour danser mais où on peut quand même discuter. C'est un bon compromis.

Où aller voir un concert ?
Shepherds Bush Empire, une salle d'une taille moyenne où je vais souvent. J'aime bien aussi le Garage où j'ai joué récemment et le Notting Hill Arts Club.

Une sélection musicale ?

Le dernier album d'Adele, Kate Bush, Plan B...

Un programme télé ?

"Have I got news for you". Toujours drôle mais jamais stupide.

 

 

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