YANN KERMORGANT – Portrait d'un footballeur pas comme les autres

Chouchou des supporters du club londonien de Charlton, Yann Kermorgant s’éclate sur les bords de la Tamise. Une revanche sur le destin pour ce Breton annoncé perdu pour le football lors de son adolescence.

(Crédit : Simon Gleize)

La carrière de Yann Kermorgant ressemble à une éternelle revanche sur le destin. Le retour sur les pelouses de "the Beast", son surnom auprès des supporters du Charlton AFC, son club, après une fracture de la cheville en septembre dernier, témoigne de son statut de combattant. Les médecins lui avaient annoncé trois mois d’arrêt. Il a finalement effectué son retour sur les terrains deux mois après sa blessure. Et n’a pas fait les choses à moitié en inscrivant le second but des siens lors de leur victoire face à Peterborough (2-0) en Championship (deuxième division anglaise) mardi 27 novembre.

Grand artisan de la remontée du club en deuxième division la saison passée - il a marqué 12 buts en championnat soit le total le plus prolifique de sa carrière - Yann Kermorgant a pourtant bien failli ne jamais devenir footballeur professionnel.

A 14 ans, cet enfant de Vannes où il voit le jour en 1981, entre au centre de formation du Stade Rennais, club phare en Bretagne. Mais les médecins du club lui détectent une leucémie. Annoncé perdu pour le football, Yann Kermorgant s’accroche à la vie. Quatre ans plus tard, en 1999, il est guéri, mais le monde du football professionnel semble désormais inaccessible.

"J’ai d’abord repris le foot avec un petit club de la région de Vannes en niveau district", se rappelle t-il. Ses proches l’encouragent, et l’entraineur de l’équipe réserve du Vannes OC, club phare de la ville qui navigue entre les deuxième et troisième divisions françaises, lui propose d’intégrer son équipe. "Je me suis alors mis à m’entrainer à plein temps pour revenir au haut-niveau", confie t-il.

Welcome to England
Mais il n'est que rarement utilisé comme titulaire et souvent pas à son poste de prédilection. Il décide alors de tenter sa chance à Châtellerault en CFA (quatrième division) et se donne alors "2-3 ans pour percer". Mais après une belle saison, le monde du football lui sourit enfin. Grenoble le recrute pour jouer en Ligue 2. Mais Yann Kermorgant ne sera jamais vraiment un footballeur comme les autres.

"Je n'ai pas fait de centre de formation et j'ai vécu suffisamment de chose pour me rendre compte que le football n'est pas tout. Quand je rentre à la maison après l'entrainement, je m'extirpe du football. D'ailleurs ma femme ne supporterait pas que je passe mon temps à regarder des matchs ou parler foot (rire)", raconte le Breton.

Ses premiers pas dans le football professionnel lors de la saison 2005/06 sont prometteurs. Il inscrit 16 buts en deux saisons de Ligue 2, puis rejoint Reims à l’été 2007. Après une première année moyenne (4 buts), il réalise une saison pleine en 2008/09, lors de laquelle Luis Fernandez lui confie le brassard de capitaine. Du haut de ses neuf buts et neuf passes décisives, il espère pouvoir jouer pour une équipe de Ligue 1. Mais c’est un autre pays qui s’ouvre à lui, l’Angleterre.

"Avec mon physique et mon style de jeu, c’est vrai que cela me semblait être la destination idéale", explique Yann Kermorgant. Mais son passage à Leicester lui laisse un goût de cendres dans la bouche. Peu titulaire, il est désigné bouc émissaire de la défaite des siens face à Cardiff City en demi-finale des play-off pour la montée en Premier League, après avoir échoué lors de la séance de tirs au but. "En réalité, je ne suis pas le seul à manquer ma frappe. Mais les medias se sont un peu acharnés sur moi." Il quitte l’Angleterre pendant un an destination Arles-Avignon à qui Leicester le prête pour une saison.

"Les Anglais voyaient d’un mauvais œil un Français prendre leur place"
Laissé libre par Leicester après la fin de son prêt à Arles, celui qui n’est pas encore "the Beast" retente sa chance au royaume de Sa Majesté. "Je n’étais d’abord pas très enchanté à l’idée de retourner en Angleterre. Je n’avais pas réussi à Leicester où je n’étais pas moins bon que les autres mais les Anglais voyaient d’un mauvais œil un Français prendre leur place. Pour ne pas se mettre une partie du vestiaire à dos, le coach ne m’a jamais vraiment donné ma chance", explique le Breton.

À Charlton sa fortune sera différente. "Dès le début c’était autre chose. L’entraineur me voulait vraiment et j’ai eu sa confiance." Il est vrai que Chris Powel, le coach des Addicks, loue sa "puissance dans le jeu aérien et […] ses bonnes qualités en finition". Une déclaration d’amour qui n’est pas pour déplaire au striker, heureux à Charlton. Si son parcours détonne dans le milieu du football professionnel, c'est aussi ce qui fait sa force aujourd'hui. En plus de ses qualités de buteur, son envie de vaincre et sa capacité à relativiser dans les bons comme les mauvais moments ont fait de lui l'un des tauliers des Addicks. "Tout le monde l'apprécie ici. Il est un cadre du vestiaire et a facilité mon intégration dans l'équipe", raconte Dorian Dervite, qui a rejoint la petite colonie française de Charlton l'été dernier. 

Après avoir pas mal vadrouillé, Yann se voit en tout cas bien rester quelques temps à Charlton. "Il y a une véritable passion du public pour le jeu. On joue au haut-niveau pour ça. L'an passé en troisième division, on a évolué trois fois devant 27 000 personnes dans un stade à guichet fermé". "Le football en général est vécu de façon totalement différente. Les gens viennent par exemple au stade au famille".

À 31 ans, l'attaquant rêve toujours d’évoluer un jour prochain en Premier League. "Pourquoi pas avec Charlton ?", sourit-il. Mais il sait aussi d'où il vient et garde "les pieds sur terre", loin des strasses et des paillettes. "Je ne flambe pas mon argent avec de grosses voitures ou avec des montres à 10.000 €. Je n'en ai de toute façon pas vraiment les moyens (rire). Si je ne suis pas a plaindre, j'ai eu une carrière plutôt courte et je dois donc faire attention.". Une prudence qui pousse Yann à préparer l'après. Chez lui, à Vannes, il est en train de monter un complexe de foot à 5. De quoi s'assurer une activité après sa retraite sportive.

Mais avant ça, la "Bête" n’a pas encore fini de rugir au pays des Trois Lions.

Camille Belsoeur (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 3 décembre 2012

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