Lisbonne

FRUTA FEIA - Un marché alternatif pour éviter le gaspillage

Fruta Feia est une association qui vise à lutter contre le gaspillage alimentaire en récupérant les fruits et légumes considérés comme impropres à la consommation par la grande distribution pour les revendre directement aux consommateurs. Lancée en 2013, elle compte aujourd’hui sept points de vente au Portugal et près de 3000 consommateurs associés.

Fruta Feia : pour une meilleure gestion des ressources
Aujourd'hui, avec sept points de livraison, la coopérative Fruta Feia permet la réduction de 8,7 tonnes de déchets chaque semaine et favorise une utilisation plus efficace des ressources naturelles. Le projet consiste à mettre en vente des paniers de fruits et légumes dits “laids” destinés à être jetés par les agriculteurs. Le tout premier point de vente de la coopérative a ouvert le 18 novembre 2013 dans le quartier d´Anjos  à Lisbonne. Depuis, 117 producteurs se sont joints au projet, et plus de 2700 consommateurs y sont associés.
(Photos : E. Dubourg)

 

Un marché alternatif pour consommer plus responsable
Fruta Feia propose chaque semaine à ses consommateurs affiliés un panier de fruits et légumes locaux et de saison, en fonction des produits disponibles chez les agriculteurs. Pour devenir adhérent à l’association, il faut soumettre son inscription directement sur le site de Fruta Feia. Vous serez ainsi ajouté à la liste d’attente et prévenu dès qu'une place sera libérée. Il n’est possible d’adhérer qu’à un seul point de vente à la fois.

Deux paniers sont proposés : le plus petit d’environ 3 à 4 kilos contenant sept variétés de fruits et légumes, vendu à 3,50€, et un autre plus grand d’environ 6 à 7 kilos composé de 8 variétés au prix de 7€. Ces paniers sont vendus toutes les semaines dans sept points de vente à Lisbonne et Porto.

Du producteur au consommateur
Hugo Charbonnier, responsable du point de vente de la Trienal de Arquitectura, situé au Campo de Santa Clara à Lisbonne a découvert Fruta Feia via l’association Disco Soupe à Paris. Depuis septembre il est salarié à plein temps pour l’organisme et nous a raconté le déroulement type d’une vente. En début de semaine, les responsables contactent les agriculteurs pour connaître les produits qu’ils ont à proposer. Entre mardi et jeudi, ils déterminent la composition définitive du panier pour les quatre délégations à Lisbonne, en essayant de varier les produits par rapport aux semaines précédentes et en fonction des produits proposés par les agriculteurs. Le vendredi, les comptes sont réalisés sur le site internet automatisé qui calcule la quantité de kilos de fruits et légumes nécessaires pour la confection des paniers. Il leur faut ensuite déterminer le parcours à effectuer chez les producteurs, puis aller récupérer les produits. Les paniers sont finalement confectionnés par les responsables et volontaires de l’association, puis mis à disposition des acheteurs pendant environ quatre heures au point de vente. Les consommateurs peuvent alors retirer les fruits quand ils le veulent, et payer sur place leur panier.

Hugo Charbonnier : “Plus une tomate est brillante, plus elle est traitée”
Selon Hugo Charbonnier, le succès de Fruta Feia s’explique en partie par l’échec de notre société de consommation et des filières de distribution actuelles qui discriminent toute une partie de la production pour des raisons purement esthétiques. Une esthétique qui n’est pas, d’après lui, synonyme de qualité : “Plus une tomate est brillante, plus elle est traitée. Au delà de la problématique du gaspillage, Fruta Feia pose aussi la question de la qualité des produits que nous consommons. Si un fruit est moins calibré c’est aussi parce qu’il a été moins traité et produit dans des conditions plus respectueuses de l’environnement. Fruta Feia est aussi l’intermédiaire direct entre les producteurs et les consommateurs, ce qui est essentiel. Nous proposons des produits frais, locaux, nous affichons clairement auprès de nos acheteurs l’origine des produits qu’ils achètent et qui seraient jetés dans le circuit normal de la distribution, c’est là l’innovation”.

Remise du prix “100 projets pour le climat” dans le cadre de l’événement Goût de France
Désigné cette année par l’Ambassade de France comme partenaire de l’événement Goût de France, Fruta Feia se verra reverser 5% des recettes réalisées lors du dîner confectionné par les 32 restaurants portugais participants. L’association est également l’une des gagnante de “100 projets pour le climat” recevant ainsi la somme de 15 000 euros. Lancé suite à la COP21, “100 projets pour le climat” vise à soutenir et faire émerger les initiatives citoyennes qui contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique. Ce prix décerné par le Ministère français de l´environnement leur a été remis par l’ambassadeur Jean-Michel Casa lors de la réception destinée à remercier tous les partenaires du projet “Goût de France”, qui s’est déroulée ce mercredi 22 mars à l’Ambassade de France à Lisbonne. Cet argent servira à l’ouverture d’un nouveau local à Lisbonne, puisque l’association projette de multiplier ses points de distribution. Sa capacité de distribution par point de vente est de 300 paniers, ce qui lui permet une relation de proximité avec les associés mais restreint le nombre de consommateurs bénéficiaires. Ils sont aujourd’hui près de 3000, et 7000 restent sur liste d’attente pour s’associer au projet. C’est donc une réussite pour la coopérative, qui fait aussi le bonheur des agriculteurs. Hugo Charbonnier nous confie ainsi : “Les producteurs étaient réticents à collaborer au début, désormais ils sont nombreux à venir vers nous pour nous proposer de racheter leurs produits. Les agriculteurs qui travaillent avec la grande distribution, par exemple, doivent se soumettre à des conditions rigides et peu favorables. Nous, nous leur payons directement le jour même où l´on récupère les produits ou au plus tard en fin de semaine, ce qui n’est pas le cas de la grande distribution qui les rémunère avec des délais beaucoup plus longs, pouvant aller jusqu´à trois mois après la récupération des produits”. Lisbonne compte actuellement 50 agriculteurs collaborateurs, et il en faudrait davantage pour que le projet se développe à l’échelle nationale.

Ce que dit la loi en matière de commercialisation des fruits et légumes
Vendre des fruits et légumes, au Portugal et en Europe, est une démarche contrôlée par la Commission européenne. La législation prévoit ainsi des règles très précises concernant notamment leur taille, leur forme, leur couleur. Chaque fruit ou légume doit répondre à des normes générales, certains relèvent d’une norme spécifique comme les pommes, les agrumes, les fraises ou les tomates. Bien que ces normes spécifiques aient été réduites au 1er juillet 2009 et ne concernent plus que 10 produits, contre 36 auparavant, cette législation engendre tout de même une perte considérable. En effet, les produits considérés comme non conformes ne peuvent être commercialisés par les vendeurs, que ce soit sur les marchés ou en grandes surfaces.

Quelques chiffres :
Selon la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), les pays développés gaspillent plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture chaque année, ce qui pourrait alimenter 925 millions de personnes mal nourries. Au Portugal, la perte alimentaire annuelle a été estimée par PERDA à 1,7 million de tonnes, dont 332 milliers dans les fermes.



Elise Dubourg (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 23 mars 2017

En savoir plus : www.frutafeia.pt

 
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