Lisbonne

BENOIT HAMON - "Je suis plutôt favorable à l’harmonisation fiscale"

Benoît Hamon, candidat de la Belle Alliance Populaire à l’élection présidentielle de 2017 en France, était en visite à Lisbonne vendredi 17 et samedi 18 février. L’occasion pour lui de rencontrer les dirigeants portugais de la gauche au pouvoir, notamment le Premier ministre Antonio Costa. Il s'est aussi fait accompagner, lors d´une rencontre avec des ressortissants français installés au Portugal, de Gabrielle Siry, candidate du PS pour la 5ème circonscription pour les prochaines législatives.

Lepetitjournal.com/Lisbonne s´est entretenu avec Benoît Hamon sur sa venue à Lisbonne dans la perspective des prochaines élections législatives et des questions qui touchent les Français du Portugal.
(Photos : E.Dubourg)

lepetitjournal.com: Pourquoi cette venue  soudaine à Lisbonne alors qu'elle n'était pas annoncée?
Tout d’abord parce qu’il y a un gouvernement de gauche au Portugal, deuxièmement parce que ce gouvernement de gauche est rassemblé, et troisièmement parce que ce gouvernement a tourné le dos à l’austérité. Le Portugal rassemble des caractéristiques en Europe de symptômes de la crise qu’il va falloir traiter, notamment un niveau d’endettement qui suppose une mutualisation de la dette européenne, probablement précédée par une restructuration de la dette des pays les plus endettés. A ce titre là, ce qui m’intéressait c’était de pouvoir dialoguer avec les acteurs économiques, politiques, syndicaux du Portugal sur la façon dont ils conçoivent l’avenir du pays en Europe et la poursuite de ces politiques qui tournent le dos à l’austérité.

Vous êtes accompagné de Gabrielle Siry, candidate PS qui se présentera aux législatives pour la 5ème circonscription, pourquoi selon vous, les électeurs devraient voter PS lors de ces élections ?
J’espère que le projet que je porte convaincra les Français de voter pour moi. Ce projet tourne la page d’un quinquennat qui a déçu et qui s’inscrit dans un horizon, un futur beaucoup plus désirable. Il assume la transition que connaît notre pays en matière de rapport au travail, de développement, mais également sur le plan démocratique. Ce que je propose aux Français, ce n’est pas de discuter pendant des heures sur les bienfaits ou les méfaits du quinquennat. Il faut véritablement nous projeter vers l’avant et avec d’autant plus de force qu’il faut faire obstacle à l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir.

Quelles sont à votre connaissance, les grandes problématiques qui se posent aux Français de l'étranger, et en particulier à ceux du Portugal ?
Les questions sont liées aux spécificités du Portugal. Je crois au désir que la France et la langue française redeviennent une langue et un pays plus attractifs. Ceci est lié aussi à l'image de la France. Attractif parce qu’il y a aujourd’hui une grande offensive de l’anglais, et parce que les nouvelles générations, en raison de la mondialisation, choisissent davantage l’anglais que le français. Pour autant, le modèle qui est le nôtre, social et culturel qui s’appuie sur une langue, sur une certaine idée du service public, de la protection sociale, nous rapproche beaucoup du Portugal par les choix que celui-ci a fait. Encore faut-il que l’on ait des politiques qui soutiennent ici le développement du français, ce qui n’est plus tout à fait le cas, quand on voit ce qu’est devenu l’Institut culturel français du Portugal; on a abandonné finalement l’ambition qui était celle de la France auparavant. Je pense qu’il faut qu’en France on fasse une plus grande place au portugais, que symétriquement, dans l’éducation nationale, la place du portugais soit reconnue comme une langue non pas secondaire mais comme une langue pratiquée par beaucoup de binationaux et par des millions de personnes dans le monde.

Que pensez-vous de la mesure fiscale portugaise qui permet à des ressortissants de l´Union européenne de devenir résident au Portugal et, sous certaines conditions, de ne pas payer d´impôt sur leur revenu pendant 10 ans ?
Je pense qu’on ne s’installe pas au Portugal simplement parce qu’on ne paie pas d’impôts. Beaucoup de gens choisissent ici une qualité de vie, une culture, une gastronomie, et l’argument fiscal est un argument parmi d’autres. En même temps je pense qu’il faudra très vite avancer vers l’harmonisation fiscale parce qu’on ne peut pas continuer à se faire concurrence les uns les autres en baissant les impôts pour essayer de faire venir les entreprises ou les citoyens des pays voisins. Donc, je suis plutôt favorable à l’harmonisation fiscale. L’Union Européenne ne voit pas que tant qu’elle se livrera à une concurrence fiscale, c’est le projet européen lui même qui sera mis en doute par les citoyens. D’où l’importance de mettre en place un agenda de convergence de nos fiscalités.

Elise Dubourg (www.lepetitjournal.com/lisbonne) lundi 20 février 2017

 
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