Lisbonne

LA LISBONNE DE POMBAL - "Première ville des Lumières"

Une ville qui renaît de ses propres cendres. Reconstruction et réformes pombalines pro-bourgeoises qui favorisent particulièrement le commerce même s´il faut en découdre avec l'aristocratie et l'Eglise jusque-là omniprésentes. Lisbonne est une ville moderne qui épouse l'esprit des "Lumières" et  qui servira d'inspiration à d'autres grandes villes européennes, Bordeaux et Barcelone, par exemple.

Lisbonne lors du tremblement de terre
En 1755, la population de Lisbonne compte 25.0000 habitants (10% de la population du royaume). Le tremblement de terre et  le raz de marée qui détruisent Lisbonne en 1755) font entre 10.000  à 15.000 morts, donc 4,5% de victimes.

Au milieu du XVIIIème siècle, le pays est exténué par les dépenses engendrées par le monarque Dom João V (Palais de Mafra, Aqueduc das Aguas Livres construit de 1729 à 1748), l'économie ne reposant que sur l'exploitation des richesses coloniales brésiliennes (or et diamants de Minas Gerais depuis 1699). Un pays figé, sous-alimenté avec de nombreux couvents et monastères.

(Ass. Zuzarte, 1782.Photo, studio Horácio Novais - CML (1982), Exposition Lisboa e o Marquês de Pombal, Museu da Cidade. Amadora: Heska Portuguesa.)

En deux siècles, le nombre des couvents de Lisbonne avait augmenté de 300%. Entre 1551 et 1754, ils étaient passés de 22 (11 pour les hommes et 11 pour les femmes) à 65 (39 pour les hommes et 26 pour les femmes, dont ne subsisteront que 11, partiellement habitables après le véritable tsunami de 1755). Les persécutions de l'Inquisition étaient monnaie courante, la culture étant essentiellement orientée et contrôlée par les Jésuites, comme l´époque le voulait en particulier dans la péninsule ibérique.

Quand le roi D.João V meurt en 1750, les caisses de l'Etat sont vides. Dom Joseph I, son fils, est au contraire de son père un homme simple, renfermé, indifférent aux affaires et n'aimant que la chasse. La seule œuvre sur laquelle il s'engage est la construction, dans le prolongement du Palais da Ribeira au Terreiro do Paço,  d´un grand théâtre : l' "Opéra du Tage". Celui-ci fut  inauguré en avril 1755, avec une grande  richesse de décor. La magnificence se plaçait bien au-delà "de la dernière misère d'un royaume, qui se trouvait encore à l'âge de fer", selon les paroles sévères de l'évêque de Grão-Para du Brésil, qui reprochait au nouveau roi ses dépenses.

La Lisbonne d'avant le tremblement de terre du 1 novembre 1755 était considérée:
"une ville d'Afrique", "une belle écurie", "une ville médiévale qu'aucune secousse sociale, au cours des siècles, n'avait pu altérer". Ses structures urbaines restaient celles d'une vieille bourgade médiévale, vaste et sans arbres, sans plan ni proportion sauf dans le quartier "moderne" de Bairro Alto.
(Vue du Rossio, avant le tremblement de terre de 1755 et de l´hopital de Todos-os-Santos. Ass. Zuzarte,1787. Photo. studio Horácio Novais - CML (1982), Exposition Lisboa e o Marquês de Pombal, Museu da Cidade. Amadora: Heska Portuguesa)

C'était toujours les couvents et monastères qui constituaient les noyaux des nouveaux quartiers, nés des constructions qui venaient s'accrocher à leurs flancs. Les couvents de nonnes étaient alors à Lisbonne des centres mondains où les gentilshommes allaient choisir leurs maîtresses. Les cérémonies de l'église qui se multipliaient á l'infini étaient les "fêtes galantes" de la société portugaise dans la première moitié du XVIIIème siècle. Les processions accaparaient l'attention du roi lui-même. Celle du Corpus Christi ruinait souvent le Sénat de la ville qui devait obéir à tous les caprices du souverain. L'Eglise, disait-on, possédait 1/3 du royaume. Les Jésuites dominaient, depuis leur arrivée au XVIème  siècle, l'enseignement au Portugal. A l'Université de Coimbra, le sommet culturel du royaume, Descartes, Gassendi et Newton étaient toujoursconsidérés en 1743 inutiles pour l'étude des sciences majeures.

Les rues et même le Terreiro do Paço étaient sales d'ordure, faute d'entretien, le Sénat de la ville n'ayant pas d'argent. Les auberges étaient de "vrais coupe-gorges" et, en général, il n'y avait pas de vitres aux fenêtres des habitations.

Le tremblement de terre
1er  novembre 1755 à 9 heures du matin, 4 secousses, 9 minutes au total.  8,7 sur l'échelle de Richter, un incendie qui dure 5 à 6 jours et que l'on peut apercevoir jusqu'à Santarem (70km au nord de Lisbonne). Agadir, Rabat et Cadiz seront aussi durement touchées. Le tremblement de terre sera senti dans une grande partie de l'Europe (Nord de l'Italie-plaine du Po, Catalogne, Suisse, Bohème), aux Açores, sur les côtes du Brésil et aux Antilles. Au Portugal, surtout l'Algarve déjà éprouvé en 1722 ainsi que Coimbra, Setúbal et Santarem subiront des dégâts.

La journée ensoleillée du 1er novembre s´est retrouvée avec un ciel obscurci par des vapeurs sulfureuses que la terre dégageait et la chute des édifices va provoquer une poussière irrespirable. Des crevasses gigantesques lézardent les rues. Au Terreiro do Paço, ceux qui s'y réfugient sont emportés par un raz de marée constitué par une vague de 5 à 6 mètres de hauteur, le Tage s'étant d'abord éloigné d'une centaine de mètres du rivage comme une immense marée basse pour revenir avec une force destructive. C'est cependant le feu qui causa la plus grande partie du désastre, car les églises avaient tous les cierges allumés avant la messe de la Toussaint, ainsi que les illuminations des habitations, puisque nous étions encore en début de journée. Pendant plus de 24 heures la terre ne cessera de s'agiter, les jours suivants aussi, ce qui créa une ambiance de terreur collective au moins jusqu'en septembre 1756. On aura compté environ 500 secousses entre le 1er Novembre 1755 et janvier 1756.

La partie entre la Place de Rossio et le Tage sera complètement détruite, essentiellement par l'incendie, le quartier d'Alfama, entre la cathédrale et le château São Jorge, une partie de la Mouraria, une partie de la colline de Graça jusqu'à Nossa Senhora do Monte et, du côté de Bairro Alto,  l'église de São Paulo et le couvent de São Pedro de Alcântara. En somme, les quartiers les plus peuplés de la ville ont été les plus durement touchés.

Des 40 églises que comptait la ville, 35 seront détruites (16 écroulées et brûlées, 19 en ruines) les 5 restantes endommagées. Celle du Carmo est restée encore de nos jours à l'état de ruine. Le palais de l'Inquisition, l'église et le couvent  des Dominicains, comme l'hôpital de Todos os Santos, situés au Rossio, disparaissent sous les décombres. Vers le Terreiro do Paço, les boutiques chics de la rua Nova ont disparu, tout comme le Palais da Ribeira contenant la Casa da India et tous ses produits précieux. L'opéra  construit quelques mois avant n'existe plus, la -cathédrale- est sérieusement endommagée, surtout sur son côté droit orientée vers le fleuve. Les palais de 33 des grandes familles du royaume ont disparu, dont ceux des Bragance et d'Ericeira, qui possédait une bibliothèque renommée. Le trésor de la Bibliothèque royale, avec ses 70 000 volumes, n'est plus que cendre. Des 20 000 maisons de la ville seules 3000 seront habitables après l'incendie. Ce seront surtout les étrangers de Lisbonne qui perderont le plus d'argent.  D'abord les Anglais (argent et marchandises), quatre fois plus que les Italiens , Hollandais, Français,  Danois ou Suédois.

L´intervention du Marquis de Pombal
Pour Sebastião José de Carvalho e Mello, futur Marquis de Pombal le séisme de 1755 constituera la chance de sa vie. Secrétaire d'Etat aux affaires du Royaume à partir de 1756, il devient le principal chargé d'affaires de la reconstruction, le roi Dom Joseph I n'étant pas disposé à en prendre les responsabilités. Il préfère aller se réfugier dans un bâtiment de Ajuda et  ne reviendra dans le centre-ville que 20 ans plus tard pour inaugurer sa statue en bronze de 38 tonnes,  au centre de ce qui s'appelle dès lors la Praça do Comércio. (Photo : M.J. Sobral)

Trois tâches en premier, pour le marquis de Pombal : distribuer des vivres aux survivants, porter des secours aux blessés et imposer l'ordre militaire. La tradition attribue cette phrase au Marquis: "donner sépulture aux morts et prendre soins des vivants...". Il empêcha la fuite des gens vers les campagnes, une justice sommaire fut instaurée contre les pillards (34 dont 23 étrangers furent exécutés jusqu'à la fin novembre) et les prix des aliments, salaires et loyers furent fixés selon les cours d'avant le désastre pour éviter toute spéculation.

Le tracé de la Baixa pombaline: 550 m dans le sens Nord-Sud sur 380 Est-Ouest, ce qui correspond à 0,2km carrés articulé entre deux grandes places fonctionnelles c´est à dire, selon le marquis "l’utilité publique de la régularité et de la beauté de la capitale contre les intérêts particuliers". Des rues tracées au cordeau : 8 orientées Nord-Sud  avec des noms de corporations et de métiers (cordonniers, selliers, doreurs...) et 9 Est-Ouest d'inspiration religieuse (Julião, Conceição ou Nicolau). La rua Augusta sera destinée aux marchands de tissus de laine et de soie et la Rua Aurea aux orfèvres (ourives). Ceci se maintient jusqu'à nos jours. Rarement les rues de Lisbonne reçurent des noms de personnages, mais plutôt ce que l'on pouvait y trouver, c´est à dire  une spécificité artisanale, attitude médiévale caractéristique et pour Pombal une affaire de logique, voire de discipline.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) vendredi 17 février

 
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