TAXIS-KOMBIS – Pourquoi sont-ils toujours pressés sur les routes de Joburg ?!

Une véritable institution à Joburg et dans les grandes villes sud-africaines, les kombis – se prononce kumbis – sont omniprésents sur les routes souvent saturées du Gauteng. Pressés, ils conduisent vite, se faufilent, zigzaguent, dépassent tout le monde, collent au train, ne respectent pas toujours les feux rouges – d’ailleurs ils ont fréquemment des accidents… De plus, ils klaxonnent, se disputent parfois, s’arrêtent n’importe où sur la route, et sourient rarement… Bref ils font grincer les dents des automobilistes et en font même jurer certains ! Dans la mégapole étendue de Joburg, ils sont incontournables et même indispensables. Telle une relation « je t’aime moi non plus », les joburgeois ne peuvent pas vivre sans ou avec eux. Explication…

Pourquoi les habitants de Johannesburg prennent-ils les kombis ?
Dans une ville qui ne cesse de grandir, le manque de transport public efficace constitue un obstacle aux travailleurs qui doivent parcourir de longues distances. Avec une densité résidentielle qui ne coïncide pas avec les zones d’emploi, les gens se déplacent beaucoup et loin. Joburg s’étend sur 100km du nord au sud de Diepsloot à Orange Farm et sur 40 à 50km de l’ouest à l’est de Tshepisong à Tembisa. Les kombis sillonnent sans relâche la villede long en large, jour et nuit avec un service moins régulier cependant. Au contraire des bus et des trains, les patrons de taxis ont su adapter leurs itinéraires à une ville en changement constant en créant de nouvelles lignes adaptées à la demande de leurs passagers. Petit plus, les kombis peuvent s’arrêter partout et à la demande, il suffit d’interpeller le chauffeur et crier « Next robot » (prochain feu). C’est aussi l’un des moyens de transport le moins cher, mais pourtant pour les plus pauvres, le coût des transports peut représenter jusqu’à 50% de leur revenu mensuel. Malgré leur conduite fantaisiste sur les routes, ils sont pratiques et rapides et sont devenus nécessaires dans une ville qui accueille plus de 8 millions d’habitants.


Pourquoi les chauffeurs de kombis sont-ils pressés ?
La majorité d’entre eux ne sont pas à leur compte et travaillent pour les « taxi bosses » qui possèdent jusqu’à plusieurs centaines de taxis. Chaque jour, les chauffeurs doivent payer leur patron un montant allant de R400 à R500, et rendre le véhicule en fin de service avec le plein. Afin de rembourser les redevances quotidiennes et gagner leur vie, ils doivent maximiser les trajets pour décharger leurs clients et en faire monter d’autres à bord. Ils s’arrêtent souvent à la demande, car un siège vide, c’est un autre client potentiel ! De nombreuses heures sur la route à un rythme soutenu les poussent à prendre des excitants qui les rendent parfois impatients voire très nerveux.

-> A noter : quand ils appellent les clients sur la route, le klaxon fait « pit-pit, pit-pit », attention à ne pas confondre avec « p-u-u-u-u-p » pour dire à un autre véhicule de se déplacer hors de leur trajectoire.

La guerre des taxis
Les patrons de taxis sont en concurrence les uns avec les autres. De nombreuses disputes explosent pour déterminer qui aura ses taxis sur telle ou telle route, car certaines routes sont plus fréquentées que d’autres et donc plus rentables. Parfois, ces disputes tournent mal et peuvent donner suite à des violences. Pour se protéger des guerres de taxis, les patrons de kombis forment des alliances qui scellent un accord entre eux sur le partage des routes, ce qu’on appelle une Association de taxi. Certains patrons d’associations de taxis sont très puissants, ils se voient résoudre des conflits entre patrons de taxis, et entre les taxis et la municipalité. Souvent, sur la vitre des taxis tu peux voir le logo de l’association de taxi. Il y en a plusieurs à Johannesburg.

-> Petit clin d’œil ! Observez les autres signes figurant sur les taxis, vous y verrez des signes d’appartenance religieuse (les chauffeurs de kombis sont souvent des adeptes du prophète SHEMBE), des dessins, ou des phrases en zoulou, évoquant l’agressivité, la force comme un molosse qui montre les dents ou un fauve, ou encore des mots comme Siyaya (on y va ! en zoulou).


La ville de Joburg et les taxis – une relation entrecroisée
Durant ces dernières années, la ville a mis en place de nombreuses initiatives afin de réformer l'industrie des taxis et ce pour apporter d’autres options de transport aux joburgeois, plus de confort et de sécurité aux clients des taxis. En 2009, Amos Masondo, le maire de Joburg, a mis en place le Rea Vaya Bus Rapid Transit (BRT), un réseau de lignes de bus rapide, au plus grand mécontentement des patrons de taxis qui ont menacé de rouvrir la guerre des taxis et de bloquer le centre-ville. Finalement, suite à des négociations avec les assocations de taxi, quelques lignes de bus ont été ouvertes et les chauffeurs qui le souhaitaient ont pu se reconvertir en conducteur de bus Rea Vaya. De plus, de nombreux contrôles sur les taxis sont effectués régulièrement, ce qui n’arrange personne, certainement pas les chauffeurs ou les patrons, mais aussi les passagers que les contrôles mettent en retard. Le maire a aussi proposé aux patrons de remplacer leurs vieux taxis par des neufs en leur proposant un prix très bon marché. Récemment le gouvernement s’est penché sur la question de l’environnement et incite les kombis à devenir plus écolo, comme par exemple remplacer progressivement le carburant par du gaz naturel.

Consultez le guide complet du « Taxi Hand Signal User Guide » (http://www.joburg-archive.co.za/2005/pdfs/taxis1.pdf)

Source : Claire Benit-Gbaffou
Crédit photo : Karen Lévy
Illustration : Susan Woolf (www.susanwoolf.co.za)

Rediffusion (www.lepetitjournal.com/johannesbourg) Mardi 1er mars 2016

 

 
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