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SUD-SINAI – Les petits hôteliers crient misère

 

Si Charm el-Sheik parvient à rester animée grâce à sa bonne exposition à l’étranger, le sort des hôtels et camps plus modestes entre Taba et Dahab est moins enviable, avec une fréquentation proche du zéro. Reportage

60 km séparent Nuweiba de à Tabah, dans le Sud-Sinaï. 60km de mer bleue turquoise. Presque 60km de plages. Et un alignement sans fin d'hôtels désaffectés. Pas de béton à outrance, mais plutôt l'engouement d'égyptiens modestes, ouvrant campings et bungalows pour profiter de l'essor du tourisme dans la région, entre 1990 et 2010. Aujourd'hui, tout cela est vide. Les parasols sont rouillés et les fresques aux murs sont ternes.

En 2009, le secteur du tourisme représentait 11% du PIB en Égypte. Mais depuis la révolution de 2011, les touristes se font bien rares dans le Sud-Sinaï. "Ceux qui ont pu se maintenir, ce sont les complexes des grandes chaînes hôtelières" qui s'alignent à quelques kilomètres de la frontière israélienne, explique Warid, un habitant Taba. La raison ? "Ces groupes ont les moyens, et ils sont bien visibles à l'international".

En effet, entre les bungalows qui s'effilochent au vent, émerge parfois un grand hôtel, avec ses palmiers et ses pelouses vertes. Mais aussi avec ses nombreuses fenêtres fermées. Car si ces chaînes dont parlent Warid, ont les moyens de maintenir leur hôtels, le taux de remplissage est faible, et l'avenir est aussi incertain.

Du coup, quand la nuit tombe, cette partie du littoral égyptien s’éteint doucement. Alors que la voisine Eilat, en Israël, s'éveille. De l'autre coté de la frontière, aucun problème de remplissage. Les touristes viennent de toute l'Europe profiter de la ville la plus au Sud d'Israël. Quelques kilomètres de côte qui ne dorment pas beaucoup. C'est bien cette partie de l’Égypte, bien seule, qui est aujourd’hui en mal de touristes.

(Photo JG)

Quelques couples qui errent

Plus au Sud, le problème est le même. Pas d'hôtel tout le long du littoral, mais quelques grandes villes, qui font face à l'Arabie Saoudite. Le trio Nuweiba – Dahab - Sharm-el-Sheik propose . Beaucoup d'infrastructures mais peu de touristes. A Dahab, la nuit, l'ambiance est festive. Le littoral est haut en couleur, les basses résonnent de loin.

Mais les terrasses sont vides. Peu de touristes pour en profiter: seulement quelques couples qui errent, et une poignée de vacanciers qui jouent au billard. A l'Eldorado, DJ Tex désertent ces platines peu après minuit, faute de clients... "Pourquoi n'y a-t-il personne ?" s'étonnent deux amis russes.

Seule Sharm el-Sheik sort la tête de l'eau. Plus grande des trois villes, c'est aussi la plus connue. Mais, même là, le tourisme est en baisse. "Les séjours sont plus courts, les gens dépensent moins", constate Fouad, au volant de son 4x4. Son métier : emmener des touristes dans le désert. "Mais là où les gens partaient 3, 4 jours, parfois une semaine, maintenant ils demandent à faire l'aller-retour dans la journée".

Pour lui, la révolution de 2011 n’est pas la raison de cet affaiblissement du tourisme dans la région. Il faut la chercher ailleurs : du côté de "l'image que donne les médias internationaux de l’Égypte".

Il ne faut pas s'y tromper : le littoral de la mer rouge reste lucratif, mais pas pour tous. La baisse de la fréquentation a entraîné beaucoup de fermetures et l'avenir est incertain. D'autant que beaucoup déconseillent de se rendre dans la Sinaï, en raison des tribus bédouines, qui, pour protester de leur marginalisation, ont enlevé plusieurs touristes au premier semestre 2012.

(Photo JG)

Aujourd'hui, si l'armée s'est déployée pour contrôler les déplacements humains et prévenir ce risque, elle n’a pas supprimée la crainte de l’enlèvement.

En 2012, de nombreux touristes ont choisi de bouder les eaux turquoises du golfe d'Aqaba. Fouad et ceux qui vivent du tourisme n'espèrent qu'une chose: que 2013 voit leur retour.

Julien Giry (www.lepetitjournal.com/le-caire.html) jeudi 23 août 2012 (réédition)

 
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