Kuala Lumpur

PLANTATION DE THE- Tout est-il vraiment beau chez BOH ?

Français et francophones de Malaisie, vous connaissez surement, de réputation au moins, le thé préféré des Malaisiens, BOH. Peut-être même avez vous déjà visité la fabrique de Sungei Palas avant de déguster un thé accompagné de délicieuses pâtisseries avec une vue époustouflante sur les plantations des Cameron Highlands ? Mais, savez-vous tout du thé le plus réputé du pays? Le Petit Journal.com est allé voir les plantations BOH de plus près.

 

L’histoire de BOH
Si les Camerons Highlands sont si connues pour les plantations de thé, c’est que l’altitude et les conditions climatiques de la région sont particulièrement propices à la culture du thé. Les Cameron Highlands comptent quatre plantations, dont trois appartenant à la compagnie BOH (Best Of Highlands). En tout, BOH possède quatre plantations : Boh, Sungei Palas et Fairlie aux Cameron Highlands et Bukit Cheeding dans le Selangor. C’est dans cette dernière que tous les thés sont emballés.

Le propriétaire de BOH est un Ecossais. J.A. Russel est âgé de seulement 7 ans lorsqu’il arrive en Malaisie avec sa famille en 1890. Son père travaille alors pour le gouvernement britannique. J.A. Russel fait ses études en Grande-Bretagne mais retourne ensuite en Malaisie où il apprend le Bahasa malais et 5 dialectes chinois. Il sait flairer les bons coups et devient rapidement un homme d’affaires influent. Ses succès industriels sont nombreux. Dans les années 1910, il possède près du tiers de la ville d’Ipoh. C’est à la toute fin des années 1920 que l’homme d’affaires écossais s’intéresse à la culture du thé dont il devine le considérable potentiel dans les Cameron Highlands.

En compagnie d’A.B. Milne, un planteur de thé du Ceylan, J.A. Russel acquiert un terrain dans les Cameron Highlands. Avec un rouleau compresseur, plusieurs mulets et quelques travailleurs, il transforme la jungle vierge, à flanc de montagne, en plantation de thé. Ce bout de terrain qu’il baptise Boh est la première plantation de thé dans une région montagneuse en Malaisie et donne son nom à la compagnie, BOH. Lorsque J.A. Russel décède en 1933 à l’âge de 50 ans, The Malay Mail écrit : "Sa carrière entière a été un roman d’aventures (commerciales) d’une telle ampleur qu’on ne peut comparer ses réalisations à celles d’aucun autre Européen, passé ou présent, en Malaisie".

 

BOH aujourd’hui
Aujourd’hui, les quatre plantations BOH représentent une surface de 1.200 hectares et 70% de la production de thé du pays. La compagnie est leader sur le marché du thé en Malaisie et la marque préférée des Malaisiens. Les thés BOH s’exportent à Singapour, au Brunei et au Japon mais également aux Etats-Unis et au Moyen-Orient. Il semblerair pourtant que les volumes concernés soient faibles. " il n’y a pas assez de thé même pour nous les Malaisiens" explique Marappan, chauffeur de taxi. Il ajoute en riant  "Ici, "any time is tea time’".  BOH produit environ quatre millions de kilos de thé chaque année soit, l’équivalent de 5,5 millions de tasses par jour ! C’est l’une des rares compagnies à maîtriser la totalité de la chaîne de production ; de la cueillette dans les plantations au marketing en passant par la transformation du thé et l’emballage. Selon la société, c’est cette maîtrise totale du circuit qui fait que BOH parvient à maintenir continuellement ses hauts standards de qualité. La marque remporte d’ailleurs régulièrement de nombreuses récompenses comme le trophée "The Superbrand Excellence" catégorie nourriture et boisson en 2004.

BOH dit jouer un rôle actif dans la communauté, notamment à travers son soutien aux arts de la scène locale malaisienne et sa volonté de préserver l’environnement. La compagnie a d’ailleurs créé, en 2002, une cérémonie de remise de prix : The BOH Cameronian Arts Awards. La marque se présente comme un avocat dévoué à la cause animale et environnementale. Elle mène diverses actions visant à sauvegarder l’environnement et à réveiller les consciences vis à vis de ces enjeux. Elle œuvre par exemple pour la protection des orang-outans, en collaboration avec WWF à travers son projet "New Hope for Orang-utans".

BOH donne ainsi l’impression d’évoluer avec son temps, de s’adapter. La compagnie utilise par exemple des machines qui sont parmi les plus modernes au monde. Les grosses tailleuses qui nécessitent deux hommes permettent de récolter jusqu’à 300 kilos de feuilles par homme et par jour d’après les panneaux explicatifs. Sur les pentes plus raides ; environ 120 kilos peuvent être cueillis au moyen de sécateurs (cisailles). Par ailleurs, la compagnie a fait évolué son logo et conçu un paquet original et difficilement imitable pour contrecarrer les imitations des thés BOH qui ont inondé le marché. Enfin, plus anecdotique, la marque a même créé une édition limitée "Diamond Jubilee Blend" spécialement pour la visite du Prince William et de son épouse Kate Middleton en Malaisie dans le cadre de la célébration des 60 ans de règne d’Elisabeth II.

La vie dans l’une des plantations BOH, Sungei Palas
Pourtant, une chose semble peu évoluer avec le temps dans les plantations BOH ; la vie des hommes et des femmes qui y travaillent au quotidien. Nous nous sommes attardés sur ceux qui vivent 7 jours sur 7 dans la plantation Sungei Palas quand les nombreux touristes y passent une heure tout au plus, le temps de visiter l’usine et de savourer un thé. Nous avons rencontré les cueilleurs, ceux qui se situent en début de chaîne et sans qui rien ne serait possible.

Dans les Cameron Highlands, chacun a un membre de sa famille, un ami qui a un jour travaillé dans les plantations de thé, s’il n’y a pas un jour travaillé lui-même. Aussi, tous ; chauffeurs de taxi, gérants de guesthouse, vendeurs de circuits touristiques, peuvent s’improviser guides pour les touristes avides d’en savoir d’avantage. Des générations de Malaisiens ont grandi avec BOH, tous connaissent son histoire, la façon dont on ramasse les feuilles de thé, dont on fait venir des travailleurs pour faire ce que les Malaisiens refusent désormais de faire… Notre guide du jour s’appelle Marappan, il est chauffeur de taxi d’origine indienne.

Il nous explique qu’aujourd’hui, avec l’augmentation du niveau de vie en Malaisie, les Malaisiens ne veulent plus travailler dans les plantations. Avant, la plupart des cueilleurs étaient d’origine indienne. Aujourd’hui, BOH fait venir des travailleurs d’Indonésie, du Bangladesh ou encore du Népal qu’elle loge dans un petit village aux maisons bleues au cœur de la plantation. Les cueilleurs ont un contrat de trois ans puis repartent chez eux. Ils ont en moyenne entre 25 et 40 ans.

La majorité ne parle pas un mot d’anglais. Marappan, le chauffeur de taxi, se prête au jeu et joue les interprètes pour le Petit Journal. Joy Dab Biswass est Bangladais. Il a 26 ans mais semble en paraître plus. Il est ici depuis 5 ans "parce que le manager l’aime bien" traduit Marappan en riant. Les cueilleurs sont autorisés à faire venir leur famille mais lui n’est pas marié. Il n’est pas mécontent de son salaire qui est largement supérieur à ce qu’il gagnerait au Bangladesh. Il en envoie une partie à sa famille. Le cueilleur concède que le travail est difficile physiquement mais a l’habitude puisque dans son pays,il travaillait dans les rizières. Le jeune homme nous éclaire sur les conditions de travail dans la plantation Sungei Palas : les cueilleurs travaillent 6 jours sur 7, 10 heures par jour (de 7h à 13h puis de 14h à 18h). Ils sont payés au poids : pour un kilo de feuilles ramassé, ils gagnent 20 centimes de ringgits. Grâce aux machines, Joy Dab Biswass  peut récolter jusqu’à 200kg par jour. A ce tarif, il gagne à la fin du mois entre 800 et 1000 ringgits.

Marappan, raconte alors que son grand-père, son père et lui-même ont travaillé dans les plantations. Il y a travaillé jusqu’à ses 30 ans. Aujourd’hui, cela fait 23 ans qu’il est chauffeur de taxi, "c’est moins fatiguant". Il explique qu’à son époque, lorsqu’il travaillait pour BOH, le salaire au kilo de feuilles ramassé était exactement le même, 20 centimes. En plus de 20 ans, rien n’a changé. Pourtant, le coût de la vie en Malaisie a en retour beaucoup augmenté. Pas étonnant que les cueilleurs malaisiens se fassent de plus en plus rares!

Si la majorité des travailleurs sont étrangers, quelques Malaisiens travaillent à Sungei Palas. Ils ne sont pas cueilleurs mais ne gagnent pas davantage d'argent pour autant. Zalieha est Malaisienne, de Kota Bahru. Elle s’occupe des enfants des cueilleurs et est payée 600 ringgits par mois. Son mari, lui, occupe  "un bon poste". A la sécurité, il est payé 1000 ringgits mensuels. Enfin, Juliana travaille comme vendeuse à la boutique de thé, tout comme sa sœur. Elle qui est née ici aux Cameron Highlands a tout juste 20 ans. Elle travaille 8h par jour pour 1.000 ringgits à la fin du mois. Elle explique se sentir bien dans cet emploi et ne voit aucune raison à un changement. Pense-t-elle rester ici toute sa vie ? "Oui" répond-elle simplement.

La plupart des Malaisiens refusent désormais de travailler pour 20 centimes de ringgits le kilo de feuilles. Pour l'instant, BOH peut compter sur les travailleurs étrangers heureux de gagner cette somme. Mais, pour combien de temps ?

Camille Bondu (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 29 Octobre 2012

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