Kuala Lumpur

KICKATOMIC - Laboratoire graphique pour Malaisiens dans le vent

Ambitieux et créatifs, Jaemy et Tsu rêvaient de créer leur propre entreprise, de briser les codes. C’est  désormais chose faite avec Kickatomic, un laboratoire graphique innovant. Rencontre explosive avec cette nouvelle génération de Malaisiens qui n’a pas froid aux yeux.

 

Un duo qui fait des étincelles
Jaemy, le garçon et Tsu, la fille, étaient amis avant de créer leur agence de graphisme. Complices, ils complètent mutuellement leurs phrases dans une parfaite harmonie. L’un tend un marteau rose tandis que l’autre poste une photo sur Instagram. Ce marteau rose est leur emblème, une manière de se démarquer sur la toile. A 27 ans, ils sont accros aux réseaux sociaux comme beaucoup de jeunes de leur âge. Tsu explique leur démarche: "Plein de gens sont doués. Il faut sortir du lot" , tandis que Jeamy renchérit: "Si vous ne vous mettez pas en valeur, qui va le faire pour vous ? ".

Les deux amis se sont rencontrés sur les bancs de l’université et sont rapidement devenus inséparables, unis par la même passion pour le graphisme et le design. Ayant grandis à Kuala Lumpur, Jaemy et Tsu sont comme des frères et sœurs que tout opposerait. Le jeune homme, un peu timide, aime ses moments solitaires avec pour compagnie les livres et les séries. La jeune fille est pétillante et expressive. Elle a toujours des copains à voir, des sorties à faire. Avec des vies différentes, les deux entrepreneurs se rejoignent sur l’essentiel : une même vision, une même idée du design. Autour d’eux, ils ne connaissent aucun duo garçon-fille dans les affaires. C’est peut-être là le secret de la créativité de Kickatomic : la complémentarité des deux associés.

Une histoire explosive
A leur sortie d’école, pendant quatre ans, les deux amis se sont retrouvés à travailler ensemble pour la chaîne télévisée 8TV. Tsu était productrice tandis que Jaemy officiait en tant que directeur artistique. C’est là qu'une idée folle est née : unir leurs forces. Jaemy se souvient avoir ressenti cette envie irrépressible de construire quelque chose. Tsu hoche la tête : "On voulait plus de temps pour expérimenter. C’était maintenant ou jamais ! On ne voulait rien regretter quand on serait vieux".

Kickatomic, leur laboratoire graphique voit le jour début 2011. Le nom à lui seul évoque toute la philosophie de ses jeunes Malaisiens dynamiques. Un mélange entre "Kick Ass" (ça déchire!), et l'adjectif "atomique". Ils souhaitaient cette agence à leur image : explosive et à la créativité détonante. Tsu s’en enthousiasme encore: "Quand on entend "Kickatomic", on imagine quelque chose de rigolo, d’original. C’était exactement ce qu’on voulait !". Admiratif des phénomènes de la nature qui ravagent tout sur leur passage, le duo se rappelle avoir pensé à "Tsunami" pour le nom de leur entreprise mais avec les drames dans la région, les clients auraient pu ne pas comprendre.

Au moment de la création de leur agence de graphisme, les deux amis n’avaient que 25 ans. N’est-ce pas un peu de la folie ? Tsu et Jaemy se veulent surs d’eux et déterminés. Ils décrivent une réalité pour les jeunes entrepreneurs en Malaisie bien différente de la France. Ils racontent ne pas faire figure d’ exception et avoir beaucoup d’amis qui ont lancé aussi leur affaire. Tsu affirme même que c’est plutôt les clients étrangers qui peuvent se sentir gênés par leur âge : "Un Français nous a dit une fois qu’on était trop jeunes. Je lui ai répondu qu’on était surtout très doués". Et puis, le duo a disposé d’un modèle de choix. Leur supérieur à  8TV était le plus jeune PDG de la télé malaisienne et leur disait régulièrement: "Si à 30 ans, vous n’avez pas gagné votre premier million, vous n’avez pas essayé assez". Il vient souvent taquiner le duo de graphistes : "Dis donc, déjà 27 ans? L'heure tourne".

Tsu explique que les Malaisiens sont très critiques, qu’il est rare d’entendre un proche complimenter leur travail. D'ailleurs, Ni Jaemy, ni elle ne se souviennent avoir entendu les mots "Je suis fier de toi". Cela ne veut pas bien entendu dire que leurs amis, leurs familles et leurs collègues ne le sont pas !

Un laboratoire pour expérimenter
Comment se passe une journée type pour Kickatomic ? Au sein de l'agence, les rôles des deux Malaisiens sont répartis comme chez 8TV à l’époque de leurs débuts. Chacun s'occupe de ce en quoi il est bon. Jaemy s’occupe de la création et Tsu du marketing et de la communication. L’agence est spécialisée dans le graphisme mais à vrai dire, ces deux jeunes infatigables touchent à tous les supports. Spot publicitaire, objet, charte graphique, logo, campagne d’affichage, la patte de Kickatomic peut se retrouver partout. Tsu explique : "Dès qu’on connait le design et le graphisme, on peut l’utiliser sur beaucoup de supports ".

Cette envie de tout expérimenter, c’est exactement la raison pour laquelle Kickatomic n’est pas présenté comme une agence mais un véritable "laboratoire graphique". Tels des savants, le duo se veut en perpétuelle recherche, en continuelle ébullition :  "On s’inspire de tout. On veut que les Malaisiens découvrent ce qui se passe ailleurs. On veut aller toujours plus loin". Si les deux Malaisiens sont toujours sur internet, c'est pour le conquérir et en ressortir le meilleur, le plus créatif.

Parfois, le monde de la publicité en Malaisie est trop lent pour ces jeunes pleins de vie. Ils le comparent à New York ou Singapour où selon Tsu, les campagnes vont à la même vitesse que les passants : très vite. La jeune femme regrette :"On attend longtemps avant d’être payés. Deux mois parfois même six. On a encore des contrats impayés. C’est difficile de demander de l’argent aux clients. D’autant qu’on est pas vraiment protégés par la loi malaisienne même si on dispose d'un contrat. Ah ça, personne ne brise les règles, elles sont purement et simplement contournées. Il nous faut sans doute des gros bras ".

Acharnés, Tsu et Jeamy travaillent jour et nuit et même les weekends. Ils en plaisantent: "La publicité, c’est notre vie. Il faut se lancer vraiment ou ne rien faire ". Tsu tempère en admettant que leur emploi du temps est plus ou moins chargé selon les périodes de l'année. Jaemy explique mettre tout son coeur dans cette aventure: "On travaille dur car on le fait pour nous. Cette entreprise c’est comme notre bébé, on veut le meilleur pour lui ". Tsu renchérit en riant: "Et on espère qu’il prendra soin de nous en retour".

Détonner en Malaisie ?
Selon le duo, le design connait un succès grandissant en Malaisie mais n’est pas encore vraiment populaire. Tout le monde se connait dans ce petit secteur. Les talents sont nombreux mais ils abandonnent souvent pour payer leurs factures. Tsu déplore un certain manque de considération : "Les designers sont considérés comme des simples exécutants alors que les entreprises devraient les encourager à être plus créatifs. Elles ne s’intéressent pas assez aux qualités artistiques. La créativité devrait être appréciée à sa juste valeur. Les clients ne respectent pas le procédé de création. Ils ne savent pas tout le temps nécessaire derrière un simple logo".

Jaemy, son copilote, partage les même regrets mais estime aussi que Kickatomic pourrait avoir un rôle à jouer : '"Les Malaisiens ont besoin d’être éduqués à la créativité. Ils restent souvent dans leur zone de confort, copient ce qui a marché avant .D’où le fait qu'on veuille exploser les murs en osant pour eux".

A l’image de Tsu et Jeamy, directeurs à 27 ans, Kickatomic saura surement prendre des risques. Les deux jeunes Malaisiens rêvent déjà d’aller plus loin, de s’inspirer de la France, de l’ASEAN, de l’Asie. "On adore l’esprit fou des Japonais et les publicités sur-dramatisées des Thailandais". Et pourquoi pas collaborer avec d’autres arts : des grafeurs, des musiciens, des peintres ? Les deux Malaisiens ne reculent devant rien et ne voient pas de limites à l'expression artistique !

Un dernier message ? "On veut travailler avec les Français et surtout aller en France". Avis à tous ceux qui partagent le même rêve que Jaemy et Tsu: repousser les barrières de la création ! Qui sait à force de mélanges, Kickatomic pourrait bien parvenir à créer de véritables explosions dans le monde fermé du graphisme !

 

Site web de Kickatomic

 

Marion Le Texier  (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 22 octobre 2012

 
Kuala Lumpur

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