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Mardi 21 Mai 2013

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MALACCA - Saudade du détroit


Le Portuguese settlement, comme on l'appelle ici, à Malacca, est implanté sur quelques hectares en bord du fameux détroit du même nom. A une poignée de ringgits en taxi du centre-ville, les descendants des colons portugais qui posèrent pied dans la ville en 1511 y vivent en communauté dans un petit village où le temps ne semble pas couler au même rythme qu'ailleurs. La raison d'être de cette poignée de Portugais: vivre en bonne harmonie avec les autres communautés et préserver un héritage et une histoire vieille de 500 ans

Overee, le conservateur du musée présente les reliques de l'occupation portugaise

Il est 13h30 lorsque le taxi dans lequel nous sommes installés passe l'arche décorée des couleurs lusitaniennes qui marque l'entrée dans le Portuguese settlement. Dans une atmosphère de pueblo endormi, nous descendons du taxi sur la place centrale du village, et jetons un regard autour de nous: une scène en béton est installée au milieu de cet espace. Un homme dort allongé sur la scène, à l'abri du soleil. Quelques fillettes en uniforme d'écolière traînent autour du convent qui délimite un des côtés de la place. Le lieu est désert. Nous avons rendez-vous avec M. Gomes, actuel regedor (représentant) de la communauté auprès du gouvernement de l'Etat de Malacca.


Overee parmi les souvenirs du musée

A la poursuite du regedor Gomez
"Mister Gomes is not here, sorry", nous apprend un petit garçon qui est allé taper à sa porte. Il dort, probablement, comme la plupart des habitants à cette heure brûlante de la journée. Tant pis, on nous indique au Restoran de Lisbon que nous pouvons parler à Monsieur Overee, qui s'occupe du minuscule musée consacré à l'histoire de la communauté. "Je suis une personne très bavarde", nous prévient -il en nous faisant asseoir à son bureau à l'entrée du musée. "J'aime faire durer le suspens", ajoute-t-il aussitôt en levant la main pour arrêter nos questions trop pressées. Silence. Overee déroule l'histoire, son histoire: celle des premiers colons portugais arrivés à Malacca; celle du capitaine De Albuquerque, des liens formés avec les "gens des îles"; celle de la prise de pouvoir des Hollandais, 130 ans plus tard, et des alliances formées entre portugais et nouveaux arrivants; celle de la création du settlement dans sa forme actuelle enfin, en 1911, à l'initiative de deux prêtres inquiets de voir les chrétiens de Malacca disparaître par assimilation à d'autres populations. "Que peut-t-il bien encore y avoir de portugais en vous?" demandons-nous au conservateur fier d'arborer un drapeau lusitanien dans son musée, après 500 ans d'histoire où l'on ne compte plus les mariages entre communautés. "Je suis un portugais d'origine Birmane", nous répond-t-il avec un regard malicieux, ses yeux étonnamment bleus contrastant avec le teint mat de son visage. "Un de mes aïeux était birman. Les Portugais avaient besoin de jeunes hommes. Il les prirent au Sri Lanka, à Ceylan, à Goa, en Birmanie". Alors, comment expliquer qu'une communauté aussi métissée ait perduré et conservé des traditions particulières ? Le même regard, et la réponse, nette et précise: "Il y a trois principes fondamentaux dans cette communauté: le premier est la religion, le second est l'héritage, le troisième la langue". Le musée, une seule pièce dont les murs sont tapissés de vieilles photos, est l'occasion pour Overee de montrer quelques objets dont il est fier, dont un boulet de canon "portugais" retrouvé sur une épave: "Les Portugais étaient des pirates. C'est étrange, dit-il en riant, ça veut dire que j'en suis un aussi".

Il est 19h passées et le village commence à s'éveiller, les restaurants à ouvrir, lorsque M. Gomes arrive enfin et s'assoit avec nous à la table d'un des cafés du village.

Gomes, le fameux regedor

"Notre gouvernement nous traite très bien"
Actuel regedor de la communauté, Monsieur Gomes se décrit comme un "pont entre les besoins du village et le gouvernement". Ce village et ses traditions, il les décrit comme un "héritage vivant", un héritage qui n'est pas dans les bâtiments ou les musées. A la question de la possible "folklorisation" de leur culture et de leurs festivals, il admet que la nécessité de survivre n'est pas étrangère à une certaine ouverture au tourisme, mais note tout de même avec fierté que "tous les Portugais-Malaisiens ou de Singapour reviennent ici à l'occasion des festivals de San Juan et de San Pedro". Et puis la religion bien sûr, cette religion catholique qui cimente, peut-être plus que tout autre chose, la petite communauté : "Nous existons parce que l'église est forte", ajoute M. Gomes. Les festivals, religieux avant tout, sont là pour le rappeler. Quand on aborde la question des relations avec les autres communautés à Malacca, M. Gomes tranche tout de suite: "Ils viennent à nos fêtes, on va aux leurs: nouvel an chinois, fin du ramadan, fêtes indiennes. Les festivals sont aussi là pour atteindre les autres et nous faire connaître, pour sortir de notre coquille". Quant à savoir si les Portugais de Malacca se sentent aidés dans la préservation de leur culture par les autorités: "Notre gouvernement nous traite très bien, ils ne veulent pas notre extinction. Nous, on essaye d'être apolitiques. Nous sommes trop peu nombreux de toute façon. Numériquement, on est rien, alors on suit la tendance. On est jamais dans l'opposition".

 

"Vous verrez, nous avait dit Overee, au moment du coucher du soleil, et lorsque la nuit est tombée, tout le monde se retrouve le long de la mer pour discuter. C'est tranquille ici, tranquille et paisible". Effectivement, alors que nous prenons congé de Gomes, des petits groupes éparpillés discutent dans la fraîcheur du soir. Des accents de malais, d'anglais, de chinois, et de ce portugais du 16è siècle sont portés jusqu'à nos oreilles par la brise. De jeunes enfants enfourchent leur "cabalho de fer" - leur cheval de fer, leur vélo, comme ils le désignent dans ce portugais ancien – alors que nous franchissons les portes du portuguese settlement en notant bien les crucifix consciencieusement accrochés à l'entrée de chaque maison, et les petits autels illuminés en l'honneur de la vierge marie.

 

Les portuguais de Malacca méritaient bien une deuxième visite pour parler musique et jeunesse. Retrouvez dans deux semaines d'autres membres de la communauté !


Texte et photos d'André Julliard avec la participation de Marion Le Texier (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 4 novembre. Rediffusion du  lundi 2 avril 2012

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