Kuala Lumpur

MA PETITE ENTREPRISE – Les aventures créatives de Gadis Manis

Connaissez vous Gadis Manis ? Cette marque française se veut ambassadrice de la culture malaisienne ou plus exactement de sa diversité à travers ses sacs, vêtements et autres accessoires. Ses réalisations mêlent influence française et malaisienne ainsi que modernité et tradition. La créatrice, Florence Lambert, est arrivée en Malaisie il y a près de 20 ans et a notamment travaillé au Dow Jones avant de lancer Gadis Manis. Rencontre avec cette Française passionnée et passionnante dans sa boutique-atelier loin de l’agitation du centre de KL.

 

Une bretonne adoptée par la Malaisie

Florence Lambert, bretonne d’origine, fait ses études de commerce international à Paris. C’est dans le cadre de ces dernières qu’elle part pour la première fois en Malaisie puis en Indonésie pour y faire des stages en 1993. Une fois son diplôme en poche, la téméraire Française fuit la crise et décide de retourner en Malaisie se donnant trois mois pour trouver du travail. Rapidement, la chance lui sourit et elle embauchée dans une entreprise locale où elle gère la publicité. C’est à cette période que la Française a "appris à aimer la Malaisie et au-delà même toute l’Asie"  Une opportunité se présente pour elle au Dow Jones ; elle la saisit et devient directeur des ventes pour la Malaisie puis presque toute l’Asie du Sud-Est. Sept ans durant, elle occupe ce poste, jusqu’en 2001. Florence subit les effets indirects des attentats du 11 septembre. Le Dow Jones, qui a perdu beaucoup de clients, réduit ses effectifs et ferme des petits bureaux, dont celui où travaille la Française.

Durant ces années, la Malaisie est véritablement devenue son pays d’adoption ; elle y rencontre d’ailleurs son futur mari. Après son licenciement économique, elle devient "maman à temps plein" mais déjà, un nouveau projet germe doucement dans son esprit. Elle en assez de l’"aspect grande corporation" et des incompréhensions qui vont de pair. La vision à court-terme des Américains ne l’attire plus ; "c’est bon pour les jeunes ". Florence souhaite se trouver une autre occupation, rester à la maison ce n’est pas pour elle. Et puis, elle veut "montrer l’exemple", pour que ses enfants "connaissent la valeur du travail".

 

Célébrer la diversité malaisienne

Depuis un petit moment, Florence réfléchit à ce qu’elle pourrait faire. Elle estime qu’il n’y a pas vraiment de souvenirs de Malaisie, faits en Malaisie. "C’est le grand écart entre les objets en étain du Royal Selangor et ceux de Central Market faits partout sauf en Malaisie ; il n’y a pas d’entre deux" explique-t-elle. C’est décidé, l'entrepreneuse fera des souvenirs. Mais attention, "pas des ramasse-poussières !" déclare cette accueillante bretonne qui ne mâche pas ses mots. Elle veut créer des objets utiles qui rappelleront à ceux qui les utilisent la Malaisie. Elle s’est alors demandé: "qu’est-ce qu’adorent les femmes ?". Elle qui n’est pourtant "ni shopping, ni mode" a décidé qu’elle dessinerait des sacs, des vêtements, des accessoires.

Une image l’a marquée lors d’un voyage au Japon ; une geisha à la silhouette simple, épurée, en kimono sur des skis. Cette image a joué un rôle dans sa réflexion sur le concept de Gadis Manis (qui signifie "fille sucrée" en malais). Elle créera des objets modernes empreints de tradition. Elle souhaite prendre des imaginaires traditionnels, les épurer, en enlever les fioritures pour fabriquer des objets modernes et utiles. D’ailleurs, l’une de ses grandes inspirations pour lancer Gadis Manis a été le magasin de luxe Shanghai Tang qui mêle justement design contemporain et éléments inspirés de la Chine classique dans ses vêtements et articles pour la maison. Elle avoue que l’un de ses rêves serait de devenir "le Shanghai Tang de la Malaisie" . Elle aimerait " être au même niveau esthétique" et pouvoir représenter et vendre une Malaisie ‘’vintage’’ comme Shanghai Tang vend la Chine. Lorsque Florence crée, elle a toujours en tête les kampung, les femmes en sari, les maisons en bois sur pilotis, ou encore P. Ramlee.

Reste à trouver quoi représenter sur ces accessoires et vêtements pour qu’en un clin d’œil, ils évoquent la Malaisie. La réponse est tombée sous le sens : la diversité culturelle. La Française en a fait le concept de Gadis Manis. Avant de se lancer, elle entreprend de nombreuses recherches ; sur l’architecture, les vêtements, l’esthétique… Ses réflexions et son travail aboutissent à la création de trois petits personnages qui portent le nom de femmes malaisiennes qui ont compté pour Florence : Yati la Malaise, Ah Chik la Chinoise et Gowry l’Indienne.

 

Du commerce international à la création artisanale

Une question nous taraude : Comment dessiner et créer des vêtements et des sacs lorsqu’on a un diplôme de commerce international et qu’on n’a jamais pris un seul cours de dessin ou de stylisme ? Florence a toujours beaucoup dessiné et peint mais a laissé cette passion inexploitée. Aujourd’hui, elle passe beaucoup de temps dans l’arrière-boutique de son magasin transformée en atelier. Seule, elle a "développé ses propres techniques". Elle se munit de papier calque, d’un projecteur et passe beaucoup de temps à dessiner. Et pour les sacs ? Devant notre air étonné, Florence tient à nous montrer ses patrons. Elle sort l’un de ses prochains modèles ; des morceaux de cuir tout simplement agrafés. "Lorsque je vais voir mon fabricant avec ça, il comprend tout de suite ce que je veux" s’exclame-t-elle. "C’est la preuve que quand on a la volonté, on trouve tous les moyens pour y arriver, même sans les connaissances".

Du temps, la bretonne d’origine en a également consacré beaucoup à la recherche de fournisseurs. En Malaisie, on trouve peu de matériaux qui ne soient importés, il n’est donc pas facile de trouver des fournisseurs locaux. Mais l'entrepreneuse tient absolument à ce que chaque composant de ses objets soit made in Malaysia, alors elle fait avec ce qu’elle a trouvé.

Aujourd’hui, elle dessine, crée et vend sacs, polos, t-shirts, tuniques, carnets ou encore housses pour i-pad, bijoux et même une maison de poupées. La Malaisie est un pays qui met nos sens en éveil, et notamment l’odorat. La française  a voulu représenter le pays également par les odeurs. Elle a alors demandé au Tropical Spice Garden de Penang de créer trois parfums à l’image des trois ethnies qui composent la Malaisie. Elle souhaitait que l’odeur des parfums rappelle aux personnes qui les portent leur enfance.Elle en a fait de l’encens, des savons et des huiles. Une partie des bénéfices est reversé à des associations d’aide aux enfants atteints du cancer.

 

La reconnaissance d’un travail de qualité en marche

Vous l’aurez sûrement compris, la Française privilégie la qualité à la quantité. Elle pense avoir "un œil pour certaines esthétiques". Trouver les bonnes combinaisons de couleurs et travailler le style de ses produits la passionne. Si la marque n’est pas encore très connue, beaucoup ont déjà remarqué l’élégance de ses vêtements et de ses sacs et l’originalité du concept. Gadis Manis a séduit plusieurs entreprises qui ont sollicité Florence pour créer des cadeaux corporate. C’est le cas entre autres de Bank Negara, du forum des CEE (Conseillers du Commerce Extérieurs) ou de Rosmah Mansor, la femme du Premier ministre Najib. A l’occasion du premier sommet des épouses de chefs d’Etat qui s’est tenu en Malaisie en 2010, elle lui a demandé de créer 40 sacs uniques pour 40 premières dames ainsi que 1500 sacs de conférence. Bientôt, c’est Christine Lagarde qui se verra remettre un cadeau Gadis Manis.

S’il n’y a à ce jour qu’une seule et unique boutique Gadis Manis au Solaris Dutamas, la marque possède un réseau de distribution qui compte une vingtaine de points de vente. Les produits Gadis Manis sont vendus dans les plus beaux hôtels du pays : Le Datai et le Bon Ton à Langkawi ; le Ritz-Carlton Hotel à KL, l’Eastern and Oriental à Penang, le Shangri La au Sabah… Ils sont également disponibles sur le site Internet de vente en ligne Zalora.

 

De beaux rêves plein la tête

En 2008, lorsqu’elle a lancé Gadis Manis, Florence Lambert y a investi toutes ses économies. Elle s’est autofinancée grâce aux indemnités de licenciement obtenues du Dow Jones. Pour que son aventure se transforme en réussite financière, il faut du temps ; les obstacles à surmonter sont nombreux. Pourtant, cela ne l’empêche pas de rêver dans son atelier. Des rêves, elle en a plein la tête. Elle pense avoir un important potentiel de croissance, notamment en France. Son ambition, elle l’avoue, serait de faire grandir jusqu’à devenir un "Gadis Manis World". Elle aimerait représenter la diversité mondiale. Dans ses rêves, elle voit un magasin dans chaque aéroport avec ses personnages vêtus de vêtements traditionnels de chaque pays. Un beau rêve auquel on ne peut qu’adhérer…

L’autre ambition secrète de Florence, pour l’instant bien au chaud dans un petit coin de sa tête, serait de créer un dessin animé sur l’Asie du Sud-Est et plus particulièrement sur la Malaisie. "Il y a eu Mulan sur la Chine. L’Asie du Sud-Est est tellement riche, diverse, pourquoi Disney ne fait pas un dessin animé dessus ?. Entre la jungle, l’eau, la faune, la flore, les arbres énormes, les couleurs, l’architecture, il y aurait de quoi faire!" s’exclame-t-elle. La Française aimerait faire connaître de l’autre côté de la terre ce pays qui l’a accueillie. Elle a même déjà écrit un petit livre contant l’histoire de 3 princesses, vous l’aurez deviné, une Chinoise, une Malaise et une Indienne dans le Royaume de Malacca du 14e siècle. Ce récit raconte l’arrivée des trois ethnies qui composent aujourd’hui la Malaisie. Ce petit livret, qui sommeille dans son ordinateur, devient dans ses rêves un dessin animé Disney…

En savoir plus sur Gadis Manis

Camille Bondu  (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Lundi 19 novembre 2012

Kuala Lumpur

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