Kuala Lumpur

CONFLIT TERRITORIAL - Spratleys, les îles de la discorde

Connaissez-vous les îles Spratleys ? Sans doute pas... Et pourtant, ces centaines d’îles minuscules recèlent de trésors et font l’objet de toutes les convoitises. Pas moins de six pays asiatiques se disputent les mêmes bancs de sable et récifs coralliens. A l'heure où le conflit diplomatique s'envenime dans la région, lepetitjournal.com a enquêté.


Alors que trouve-t-on aux ïles Spartley pour menacer la paix en Asie ? Ces îlots dont la superficie totale est d’environ 5km2 constituent en fait une immense réserve de poissons, de gaz mais aussi et surtout de pétrole. Selon la Chine, les réserves en pétrole de l’archipel pourraient être supérieures à celles du Koweït. Un vrai pactole !  De plus, les Spratleys occupent une position géographique très stratégique : l’archipel constitue le lieu de passage du  tiers des échanges maritimes mondiaux et est survolé par la plupart des voies aériennes régionales. Tous ces avantages incontestables font des Spratleys les îlots les plus disputés de la planète.

 

L’archipel le plus revendiqué de la planète

Depuis le début du siècle dernier,  avec la première revendication de l’archipel par la Chine en 1909, de vives et continuelles tensions se sont installées entre les voisins des îles Spratleys. Ces îles minuscules, inhabitées, parfois submergées par les marées, se retrouvent aujourd'hui au cœur d’un différend diplomatique majeur en mer de Chine méridionale. Elles sont revendiquées par pas moins de six pays : la Chine, Taïwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. Tous invoquent des motifs historiques (découverte d’îles, annexion ou encore occupation), géographiques (proximité) ou encore juridiques (proclamation de la souveraineté à une certaine date). Les nationalismes et la perspective de ressources importantes rendent les accrochages fréquents dans la région. Si bien qu’en 1998, l’ONU, a listé l’archipel parmi les huit points chauds du globe sujets au risque de conflit armé.

 

Un risque de dégénérer en conflit armé ?

Ce contentieux fait partie des conflits territoriaux les plus complexes, s’il n’est le plus complexe. L’intérêt représenté par les Spratleys a été renforcé en 1982 avec l’évolution du Droit de la Mer qui a entériné à 12 milles marins la largeur des eaux territoriales et introduit le concept de zone économique exclusive. Si l’archipel n’est situé dans les eaux territoriales d’aucun des pays, certains Etats ont pu alors revendiquer des îles qui se trouveraient dans leur ZEE. C'est le cas de la Malaisie et Brunei qui ont de fait rejoint la liste des prétendants à la souveraineté sur les Spratleys.

Pourtant, ce n'est qu'à partir du début des années 1980 que les pays impliqués ont véritablement mené une politique ambitieuse et offensive. Le meilleur moyen d’obtenir gain de cause étant d’occuper les îles, chaque pays a envoyé sur place des militaires et déployé dans les environs de l’archipel des forces navales et aériennes. La Malaisie a ainsi pris possession d’une dizaine d’îles depuis les années 1980. Seule Brunei n’occupe aujourd'hui aucun territoire dans l'archipel.

 

La Chine en première ligne

Depuis la fin des années 1980, l'Empire du milieu occupe une place prépondérante dans le conflit territorial. Malgré une volonté de régler ce différend de manière pacifique, les Chinois ne cessent de clamer leur souveraineté et constituent un obstacle important à des engagements concrets. Ils bloquent par exemple les négociations lors des réunions de l’ASEAN. C’était déjà face à une menace potentielle représentée par la Chine que les autres pays  avaient choisi de moderniser leurs instruments militaires dans les années 1980-1990. La Malaisie avait par exemple fait l’acquisition de sous-marins.

 

La recherche d’une issue pacifique ?

Parallèlement aux accrochages réguliers, l’ASEAN tente de trouver des solutions pacifiques au conflit. Son but ultime affiché au cours des années 1990 était d’aboutir à une démilitarisation de l’archipel pour en faire une zone de paix, et à terme, peut-être même d’exploitation commune. Plus d’une décennie plus tard, une gestion pacifique de la Mer méridionale de Chine ressemble plus à une douce utopie qu’à un futur proche. L'année 2012 semble même marquer une certaine recrudescence des tensions dans la zone. L’institut Lowy for International Policy juge de plus en plus préoccupant le déploiement grandissant de forces aériennes et navales, parmi lesquelles figurent des américaines !

 

L’insertion américaine dans le contentieux

Décidés à contrebalancer les ambitions chinoises croissantes et à renforcer leur présence dans cette région du monde, les Etats-Unis se mêlent à présent du contentieux. Avec comme alliés les Philippines et le Vietnam, ils ont déjà envoyé quelques milliers de soldats à une poignée de milles des îles Spratleys en avril dernier.

Au début du mois, Hillary Clinton s’est même rendue à Vladivostok, pour le Forum Asie Pacifique. Durant ce dernier, les négociations économiques se sont heurtées, une fois de plus au problème. La secrétaire d’Etat a alors appelé les parties prenantes à résoudre leurs différends de manière diplomatique et recommandé la création d’un code de conduite. Cette dernière idée n’est malheureusement pas nouvelle: elle a déjà été lancée sans véritable succès. En 2002, le sommet Chine-ASEAN s’était conclu par la signature d’une déclaration similaire. Cela n'a pas empêché dix ans plus tard le retour des tensions à mesure que l'impasse politique se dessinait.

Ce différend majeur constitue un défi de taille pour la diplomatie et la sécurité en Asie du Sud-Est. Malgré le nombre de pays impliqués, son issue dépendra surtout de l’attitude chinoise, force en présence la plus puissante. Espérons que les frictions n'entâchent pas les transactions dans la prometteuse zone de libre-échange ASEAN + 3 qui comporte les six nations conquérantes !

 

Camille Bondu (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 11 septembre 2012

 
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