Kuala Lumpur

UNSUNG HEROINES – Un message d'espoir pour les femmes

Unsung Heroines célèbre du 13 au 16 avril les femmes pour leur courage et leur détermination. C'est l'opportunité de discuter du rôle des femmes dans la société et également de découvrir leurs réalisations au travers de l'artisanat, de débats, de la gastronomie et également de l'art. 

L'ONG Tenaganita et la coopérative de commerce équitable Tanma ont fondé cet évènement en étroite collaboration avec les réfugiées birmanes, les bénévoles comme Ophélie Grasset, coordinatrice du projet Tanma, et Jihane Ferrah, consultante en art.

Nous revenons avec ces femmes sur la genèse de ce projet et les défis rencontrés.

Lepetitjournal.com Kuala Lumpur : Pourquoi avoir choisi d’appeler ce projet Unusung Heroines  ? 

Ophélie Grasset et Jihane Ferrah : Unsung heroines signifie “héroïnes ignorées“. Tanma est une fédération de femmes birmanes réfugiées organisée pour les femmes et gérée par les femmes elles mêmes. Ce dont nous nous rendons compte, c'est qu'en Malaisie ainsi que dans le monde entier les femmes accomplissent des choses extraordinaires au niveau de la société, mais que c'est très rare de les voir valorisées ou remerciées pour les exploits qu'elles réalisent. C'est pour cette raison que l'on parle d'héroïnes ignorées, parce qu'elles sont réellement des héroïnes : elles soutiennent leurs familles, leurs communautés, l'économie du pays et malheureusement leur rôle est parfois minimisé. Les héroïnes que l'on mentionne sont aussi toutes les autres femmes de Malaisie : qu'elles soient réfugiées, businesswomen, politiciennes, travailleuses sociales, artistes. Leur donner pour l'espace de quatre jours une scène, un endroit prestigieux comme la « black box » consacrée à la valorisation de leur travail, voilà ce qui nous importe.  

Pourquoi avoir souhaité défendre la cause des femmes dans la société ? 

En temps normal, Tanma organise chaque année pour la journée de la femme un évènement de levée de fonds pour mettre en lumière ces femmes de la communauté birmane. Cette année, il a été décalé au mois d'avril pour s'inscrire dans un festival plus important qu'est le « map festival ». Celui-ci dure un mois et met en valeur : la culture, l'environnement, le commerce équitable. Les femmes représentent un être humain sur deux, et quand on regarde la visibilité que l'on a dans les médias, dans la politique, dans les entreprises, on se rend compte qu'elle est très réduite. Les femmes ont des actions très concrètes, mais sont rarement mises en valeur. Pour rétablir cela, nous voulons mettre en lumière tout ce qu'elles font parce qu'il y a un vrai manquement à ce niveau-là. 

L’art comme vecteur d’un tel message, pourquoi ?

C'est un peu une tradition Tanma. L'année dernière l'évènement qui a été organisé s'appelait « The ladies » et c'était une exposition de photographies avec des femmes birmanes vêtues d'habits traditionnels. Cette année ce que l'on veut c'est voir un peu plus grand. On passe d'une seule soirée à quatre jours. Nous voulons amener les gens à s'intéresser aux causes sociales. Leurs faire comprendre que l'art est aussi un comportement militant. Nous souhaitons que l'art serve la cause activiste et que la cause activiste serve également la cause de l'art. 

Quel est le programme de l’événement ? 

Le jeudi soir sera lancée l'ouverture officielle suivie d’un vernissage qui débutera à 19h, il sera réellement en lien avec l'exposition : présenter les œuvres ainsi que les artistes qui seront là pour expliquer leur travail. Par ailleurs on retrouvera la présentation du film de Tanma. L'exposition d'art s’étendra jusqu'au dimanche soir. Nous sommes en train d'organiser un concert pour les femmes fait par des femmes. Pour montrer que la scène musicale en Malaisie, notamment à Kuala Lumpur, est très vivante. En parallèle nous accueillerons un « talk » : une conférence où de nombreuses femmes ont été conviées : une politicienne, une directrice d'ONG, une représentante de la cause réfugiée birmane, et nous projetons d’inviter une femme entrepreneur. Un bazar se déroulera sur deux jours : le samedi et le dimanche. Le dernier jour se tiendra un atelier d'artisanat mené par les femmes birmanes. Les visiteurs retrouveront notamment une initiation à la cuisine birmane, des produits de beauté composés d'huiles essentielles naturelles, ou encore des notebooks et des marque-pages confectionnés à partir de tissus traditionnels birman et malaisien. 

Puisque Tanma ne fonctionne que grâce à des dons d'une année sur l'autre, il est nécessaire de générer des fonds pour les 12 mois à venir. 

Quel public souhaitez-vous toucher ? 

Nous essayons de toucher les communautés expatriées qui ont un regard extérieur et qui aident énormément Tanma. Mais nous voulons aussi amener des Malaisiens. Notre idée ? Montrer que l'on peut être ensemble, que l'on soit des femmes anglaises, birmanes, françaises ou encore malaisiennes. Nous voulons également toucher les collectionneurs d'art puisque toutes les œuvres exposées seront en vente au profit d’une œuvre caritative. Pourquoi s'intéresser aux femmes birmanes ? 

Suite à l'indépendance de la Birmanie, il y a eu d'énormes mouvements de réfugiés en Asie. À la fin du 20ème siècle, énormément de Birmans sont arrivés en Malaisie, mais ils n'ont pas été reconnus comme étant des réfugiés. Les communautées se sont débrouillées comme elles pouvaient avec l'aide des Nations-Unies. Ils n'ont pas de statut, donc on se retrouve avec une population qui participe à l'économie et à la vie de la société, mais pourtant, on renie tout ses droits humains (santé, éducation, protection). C'est pour cela que Tanma a été fondée, afin de soutenir les femmes qui se sont lancées dans l'artisanat. Aujourd'hui la situation a un peu évolué, la cause des Birmans est en train de s'étioler, mais il y a toujours un énorme besoin donc il est important de continuer à les soutenir. Les maris ont souvent un travail qui les oblige à s’absenter toute la semaine pour travailler. Les femmes restent donc seules chez elles avec leurs enfants, donc c'est véritablement un groupe de femmes. 

Quelles sont ces discriminations faites à ces femmes auxquelles vous faites référence au travers d’Unsung Heroïnes ? 

Il y a des discriminations au niveau des salaires, de l'accès à l'emploi et au logement. Certaines vivent dans des appartements insalubres. La peur d'être renvoyé dans leur pays les pousse à accepter ces situations. Elles ont peur de faire des choses puisqu'elles ont peur d'aller en prison ou de devoir retourner en Birmanie. Certaines femmes sont battues, voire violées par leur mari, mais elles ne peuvent rien faire. Elles ne peuvent pas aller voir la police au risque d’être renvoyées dans leur pays. Elles n'ont aucune protection. Tanma représente un espace de sécurité et d'échange sur les problèmes auxquels elles font face. 

Pensez-vous que la situation de la femme dans la société est en train d'évoluer ? 

Oui, et l'on veut mettre cela en lumière durant ces quatre jours. C'est un message d'espoir pour ces femmes, mais aussi pour ces petites filles qui pourront s'identifier à un modèle fort.  

 

Manon Cariou (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) vendredi 17 mars 2017

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