Kuala Lumpur

YVAN MAGNANI – Le peintre Vauclusien expose à Kuala Lumpur

 

Yvan Magnani est né en Algérie avant de partir vivre avec sa famille en Bretagne. Sa mère le pousse avant ses 10 ans à dessiner; peut-être projetait-elle alors “ses propres désirs“ songe l’artiste. Mais lorsqu’il entreprend de rentrer aux beaux-arts, ses parents s’y opposent violemment, il devra alors “lutter“ pour suivre son désir. A 18 ans, il quittera finalement sa famille pour Vallauris où il démarrera ses études artistiques. Et viendront Milan, Stockholm, Paris et Saint-Tropez, avant qu’il ne finisse par poser ses pinceaux entre les monts du Vaucluse, les champs de lavande et le chant des cigales, à Apt.

De la France à la Malaisie

Avant son passage à Kuala Lumpur, le peintre du Luberon était en résidence à Langkawi durant dix jours avec neuf autres artistes. Sur place il a continué ses créations, en noir et blanc cette fois; on peut les découvrir pêle-mêle dans une pochette à dessin en parcourant l’exposition Sublime et Infernal que lui a consacré la 69 Fine Art Gallery. L’Asie ce n’est pas la première fois, il a exposé à deux reprises au Vietnam qui le sollicite à nouveau aujourd’hui. Lorsqu’on lui demande quel est son regard sur la différence entre l’art en Malaisie et en Europe, il répond en toute humilité qu’il n’a pas passé suffisamment de temps ici pour en avoir une vision précise, mais que la Malaisie s’intéresse à l’art moderne et contemporain beaucoup plus que la Thaïlande, et pas sous le même angle d’approche que le Vietnam. Il pense qu’il y a ici le désir de “voir des choses nouvelles, d’essayer de comprendre la démarche artistique“.

Le titre de l’exposition vient d’un texte du philosophe Philippe Mengue et du choix que le galeriste Patrice Vallette et lui-même on fait. “Le sublime peut paraître prétentieux mais lorsqu’il est lié à l’infernal on peut décrire des tas de choses“. 

L’interprétation de l’œuvre

Un point commun à tous les artistes peintres explique Yvan Magnani, “c’est d’avoir à la fois une très grande ouverture sur l’extérieur et d’essayer d’avoir une très grande profondeur intérieure. Il faut arriver à jouer à l’unisson avec ces deux perceptions là“. Pour les séries de peinture il y a une idée de départ qui se développe “avec des principes esthétiques plus ou moins élaborés. Une conjugaison de matières et de couleurs qui provoquent un sentiment chez celui qui observe“. L’essentiel c’est justement ce sentiment, c’est “d’émouvoir, ou de faire réfléchir le visiteur. L’art participe à l’évolution de l’humanité. C’est un bien grand mot mais il y a toujours participé, depuis Lascaux. L’art a été très rarement rétrograde“.

Et une fois ce sentiment réveillé, qu’il séduise, qu’il dérange, qu’il intrigue, il y a presque toujours une volonté, un besoin d’expliquer ce qui s’expose sur le canevas. Entre l’interprétation du spectateur et la volonté de l’artiste, on se demande s’il y a parfois comme un défaut d’interprétation. N’y projette t-on pas nos propres codes et perceptions en galvaudant le propos initial? Ainsi au sujet du peintre, Philippe Mengue a un jour écrit “depuis de nombreuses années (depuis toujours ?), Yvan Magnani ne peint qu’une chose : la terre, ses plis, ses failles, ses poussées profondes… Immense amour de la Terre “. La première question qui se dessine alors est de s’interroger sur cette approche mono-sujet. Est-ce bien là la démarche dans laquelle se cantonne Yvan Magnani ? Il cite alors l’une de ses séries, Pensée violente, “cela n’a rien à voir avec un phénomène terrien; d’autres tableaux sont liés aux tectoniques“, certes il y a la Terre, mais la thématique n’est pas une donnée récurrente dans ses créations.

Jusqu'à il y a quelques années, il peignait aussi des fresques, la plupart du temps pour des particuliers. “La fresque doit être étudiée car son support est un mur, elle est donc condamnée à rester à vie à l’endroit où elle a pris vie. Elle doit être en symbiose avec ce qui l’entoure“.

Du rien à l’œuvre

Le processus de création est parfois long. Le peintre explique qu’il commence une toile pour la finir parfois trois plus tard. Il peut y avoir “un blocage“, et il “l’oubli“ alors tout simplement, pour la reprendre bien après. Mais dans “la majorité des cas, je crée d’une seule traite“. Et puis il y a aussi des toiles inachevées, qu’il ne finira jamais “car elles sont irrattrapables“. 

Quant à l’inspiration, il parle de formes et de couleurs qui murissent. “Je peux très bien me promener et quelque chose s’installe, ensuite j’essaye de concrétiser cela par des croquis“. Et puis parfois l’inspiration vient spontanément “devant la toile blanche, et un déclic se fait tout à coup“.

Dans sa palette il y a des couleurs que l’on retrouve rarement, comme le bleu. Pourtant l’artiste dit qu’il adore cette couleur mais qu’il a du mal à l’utiliser, “comme le vert“ du reste.

Yvan Magnani crée ses propres peintures, se sert parfois aussi de poudre de cuivre pour un rendu particulier, de sable pour donner de la matière, comme celui provenant des Canaries qu’il a utilisé pour créer Arotaba el Bulollo. Un sable qu’il décrit comme “extraordinaire“, un sable volcanique noir et scintillant. Pinceaux, couteau, aérographe, il expérimente autant les outils que les pigments et utilise plus souvent de l’acrylique, car “avec des pigments on arrive à donner un fini presque aussi subtil que la peinture à l’huile“ dit-il.

Sublime et Infernal

Pensée violente est la première toile qui nous interpelle. Comme un drapé aux sombres courbes, entaché d’un rouge sang. Ces “toiles sont une étude psychologique, un essai créé afin de concrétiser l’esprit de la violence“. La violence n’est cependant pas un terme récurrent, on sent comme une recherche dans l’interprétation artistique de cette émotion, “c’est en étudiant la violence que l’on peut devenir non violent“ confie Yvan Magnani. Mais qu’elle est cette vision et cette perception ? “J’imagine que cela est similaire pour un peu tout le monde. Lorsque l’on est dans un état d’agressivité, de révolte, d’injustice, je pense qu’il y a une énorme confusion dans l’esprit de celui qui vit cela qui se traduit par le rouge et le blanc. Le blanc vient en antagonisme avec le rouge, il y a une lutte entre les deux couleurs. Le rouge tout seul n’a pas la même force, les deux en duel cela devient alors terrible“ explique t-il.

Dans Une nuit parmi les Etoiles, on retrouve “un paysage onirique, un vague ciel en haut. C’est un état d’esprit mélangé à un paysage“.

Vespa et ses lignes irrégulières de rouge, de jaune et d’un orange presque rouille au milieu de noir. Vespa est né d’une guêpe, posée sur une table, l’artiste a alors observé ses couleurs qu’il a reproduit sous les “traits d’un paysage“.

Il y a aussi cette œuvre, presque figurative, on peut penser que le “personnage est un homme du passé, dépassé et empêtré dans ses contradictions. Il y a des symboles, chose que je n’utilise pas d’habitude, comme cette chose sur sa tête qui fait penser à un chapeau et qui représente une coiffe artistique. Il le garde mais en fait il tient à peine, l’homme qui se trouve dessous est complètement disloqué“.

Yvan Magnani envisage aujourd’hui de travailler sur “l’enfermement. D’étudier le comportement humain. De la même façon que l’on a parlé de la violence, des ressentis que l’on enferme. J’ai déjà fait quelques essais sur ce thème il y a longtemps. C’est en étudiant ces problèmes que l’on arrive à s’en sortir. Il est nécessaire de bien observer son ennemi afin de réussir à le vaincre“ achève t-il.

  

Alexandra Le Vaillant (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) jeudi 29 mai 2014

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Sublime et Infernal, une exposition organisée par la 69 Fine Art Gallery dans le cadre du French Art and Film Festival

Jusqu'au 14 juin 2014 

22 Jalan Bruas, Damansara Heights, Kuala Lumpur

Horaires d'ouverture : sur rendez-vous uniquement

Contact : 019 301 2569 - Email : info@69fineart.com

 

 
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