DIPLOMATIE - Que faire des réfugiés birmans qui arrivent en Malaisie?

Les Rohingyas, membres d'une ethnie essentiellement musulmane de Birmanie, sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays devant les exactions subies. Alors que des centaines de réfugiés fuient vers la Malaisie, les drames en mer se multiplient. Avec en mémoire les boat people vietnamiens, le sujet commence à inquiéter sérieusement la communauté internationale.

Le Bangladesh ne veut plus accueillir de réfugiés
Depuis plus de trente ans, le Bangladesh a été une terre de bienvenue pour les Rohyingyas mais aujourd’hui Dacca déclare avoir atteint sa capacité d’accueil maximum avec plus de 300.000 réfugiés sur son territoire. La Malaisie, pays musulman, s’impose comme une destination privilégiée mais la traversée du Golf du Bengale n’est pas sans risques. En dix jours, deux périples de boat people ont coûté la vie à des dizaines de réfugiés birmans. A ces derniers, il faut également rajouter des Bangladais qui viennent chercher du travail en Malaisie. Abu Bakar, 24 ans, survivant du premier naufrage se souvient  : "Tout le monde pleurait et invoquait Allah alors que le bateau tanguait fort, avant qu'il ne coule rapidement".

Les Rohyngyas, un peuple persécuté
Pour mémoire, les affrontements entre les Rohingyas et l’ethnie rakhine bouddhiste ont fait près de 200 morts et plus de 100.000 déplacés au mois d’octobre. Si les exactions contre ce peuple durent depuis plusieurs siècles, un regain de violence a été constaté en 2012. Le vent de libéralisation de la société birmane, symbolisé par l’élection au parlement d’Aung San Suu Kyi, a paradoxalement relancé l’animosité entre les Rohingyas et le reste du pays.

S’ils sont 800.000 à vivre encore aujourd’hui en Birmanie, l’exil pourrait s’intensifier au regard des derniers évènements, comme l’explique Matthew Smith de Human Rights  Watch, "il est probable que nous assistions à une augmentation massive du nombre de Rohingyas qui prendront la mer cette année".

La Malaisie, terre d’asile…pour le moment
A ce titre, la Malaisie pourrait assez vite vouloir stopper ce flux d’immigrés. Samata Reynolds de Refugee International prévient "La Malaisie et l’OIC (Organisation de la Conférence islamique) seront peut-être bienveillants pour les premiers milliers, mais les gouvernements et les habitants vont très vite se lasser et avoir peur de cet exode massif". Une situation de détresse et d’incertitude qui ne fait donc que commencer.

D’autant que la Malaisie n’a pas ratifié la convention de l’ONU sur les réfugiés. A ce sujet, Anifah Aman, ministre des Affaires étrangères a indiqué: "La Malaisie n’a pas ratifié la convention car cela voudrait dire que nous devrions mieux traiter les réfugiés que notre propre peuple". En outre, sur la question des Rohingya, il rappelle que la Malaisie ne les a "jamais renvoyés chez eux" et appelle la Birmanie à s’engager "sur le chemin de la démocratie". Il lance enfin une question sous forme de conseil : "Comment pouvons-nous vous aider afin que nous ayons la paix dans l’Etat d’Arakan pour obtenir la coexistence, dans la tolérance et l’acceptation des différentes confessions et ethnies ?".

A l’image de l’investissement malaisien pour régler la crise entre la fraction islamiste indépendantiste et le gouvernement aux Philippines, la Malaisie semble vouloir s'offrir un autre coup de projecteur sur sa diplomatie.

Renaud Voisin  (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Vendredi 16 novembre 2012

 
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