POLITIQUE – En parler pour s’entendre !

Lisa Binet est formatrice en management, et ancienne collaboratrice lepetitjournal.com à Sao Paulo et à Johannesburg. De retour en France en pleine période électorale, elle écoute ses compatriotes… rechercher de l’écoute !

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui expriment leur opinion politique. En période électorale, quoi de plus normal ! Mais faute de temps et d’espace, les propos vite écrits génèrent des malentendus. On s’empresse d’occuper le terrain. Les désaccords naissent sans qu’on ait vraiment entendu les arguments de chacun. Nous pointons les erreurs chez nos interlocuteurs s’il s’agit de défendre un candidat que nous soutenons. Nous sommes persuadés que c’est pour le bien de nos « amis » et pour le bien de la collectivité. Nous nous montrons indignés face à des candidats dont nous ne voulons pour rien au monde.

Dans le modèle des types de personnalités appelé la Process Communication, on explique ces comportements comme une manifestation de stress, provoqué par le manque de satisfaction d’un besoin humain universel. Nous éprouvons tous, à des degrés divers de sensibilité, le besoin d’être reconnu pour nos opinions.

Comment nourrir ce besoin psychologique essentiel à notre bien être ? Que faire, d’après le modèle, pour aider son interlocuteur à apaiser son stress ? Ecouter et prendre note, en le laissant parler jusqu’au bout. Ce qui est loin d’être facile sur les réseaux sociaux, et aussi sur les pages Internet qui nous invitent à exprimer nos « réactions ». Nous entretenons l’illusion d’être entendu tout le temps, et de voter par un « like ». Mais avons-nous réellement été compris ? Quelle contribution apporte notre intervention ? Le stress menace ! Mon sentiment est que nous sommes nombreux à souffrir de ne pas être écoutés, ce qui génère une frustration qui nous affecte, tout comme le chômage, les difficultés économiques nous touchent.

Quand je résidais en Afrique du Sud et au Brésil j’ai assisté aux élections présidentielles dans ces deux pays sans y participer. Même si les élections elles-mêmes se sont déroulées sans trop de tricherie, et avec l’enthousiasme des foules qui font la queue pour voter, ces jeunes démocraties sont fragilisées par des problèmes de corruption, d’éducation, et globalement de pauvreté sévère. Voilà ce que j’en retiens : voter une fois de temps en temps ne suffit pas à assurer que le peuple soit gouverné par le peuple, et pour le bien du peuple. Pour ne pas être ignoré, il doit exiger de la transparence.

De retour en France en cette année de scrutins, j’étais joyeuse à l’idée de retrouver mon pays, avec un haut niveau d’alphabétisation, une conscience politique traditionnellement élevée, une puissance économique forte, une large palette de médias de qualité. Pourtant, ces élections me laissent un arrière-gout de « pas assez ». Aussi compétents que soient nos candidats, la gestion de nos biens communs n’est pas l’affaire d’un seul homme, ni celle d’une « classe dirigeante » de fonctionnaires professionnels. Où et comment participer au débat ?

Les élections par suffrage universel définissent la République. Depuis ses débuts, le vote est l’acte solennel d’expression politique des citoyens. Ainsi élus, les représentants du peuple débattent entre eux dans une Assemblée dont la forme et le rôle varient avec les constitutions. Mais la France d’aujourd’hui est radicalement différente de celle d’il y a 200 ans, et même de celle de 1958, date de la dernière constitution. La population est plus nombreuse, plus éduquée, avec beaucoup plus de temps libre. Elle est sans doute plus complexe, moins homogène dans ses aspirations. Nos moyens techniques et ceux de communication sont totalement différents aujourd’hui. Nous avons tant de souplesse pour communiquer que la plupart de nos réunions se font à distance et nos décisions se prennent en temps réel.

Depuis les Lumières, la France joue un rôle au niveau international, par l’exemple qu’elle donne. Je crois qu’elle a la responsabilité de continuer à faire évoluer les rouages de la démocratie. En ce début de quinquennat je me demande comment nous pouvons mieux gouverner par le peuple et pour le peuple. Avec le numérique nous pourrions communiquer, sonder, et participer directement aux décisions qui nous concernent. Il ne s’agit pas nécessairement d’interroger tout le monde sur tous les sujets, mais d’instituer l’intégration systématique d’un débat de citoyens. Nous profiterions ainsi des bienfaits psychologiques d’avoir été entendus.

Je vous remercie de m’avoir lue, et je reste à votre écoute.

Crédit photo : Lisa Binet / Extrait du Grand Débat sur TF1 avec les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle le 20 mars sur TF1.

Lisa Binet www.lepetitjournal.com/johannesbourg Lundi 15 mai 2017

 

 
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