LE CHIFFRE DE LA SEMAINE - 51% du capital aux travailleurs. (Rediffusion)

Après une intervention à Oxford en Angleterre, Julius Malema commandant en chef de l’EFF revient en Afrique du Sud gonflé à bloc par l’attention internationale qu’il a reçue. Il exhorte les dirigeants sud-africains à redistribuer les richesses et promet d’exécuter sa menace d’occupation des banques dès janvier 2016. Péripéties de l’homme au béret rouge.


Y-a-t-il un révolutionnaire pour transformer le pays ? Attention, représentants du pouvoir politique, économique et financier, vous n’échapperez pas aux cris du « baby monster » - ainsi surnommé par le président Zuma alors que Malema présidait la ligue de jeunesse de l’ANC. L’ogre charismatique prêt à dévorer l’oligarchie établie est lâché. En cette fin d’année, son agenda est chargé. Le 27 octobre, il marchait de la place Marie Fitzgerald à Newton jusqu’à la Johannesburg Stock Exchange (Bourse) à Sandton, suivi de 50.000 manifestants. Sur son parcours, le cortège s’arrête devant la Chambre des Mines et la Banque Centrale, pour y déposer une liste de demandes, allant de la hausse du salaire minimum (R12.500 mensuel pour les mineurs, et un plancher à R4.500 quelque soit l’activité), à la nationalisation des mines (à hauteur de 60% pour l’état).

Tandis que le prince Harry visitait l’Afrique du Sud, « Juju », de son surnom, visitait le Royaume-Uni, où il était reçu par l’association des étudiants d’Oxford. Devant le parterre des entreprises sud-africaines représentées et des investisseurs en Afrique du Sud, Malema a discouru sur ses revendications habituelles : la redistribution des richesses. Mardi 1er décembre, il était interrogé sur la BBC. « Vous exigez 51% pour les travailleurs, sans aucune compensation pour les actionnaires? » s’insurge la journaliste. « Sans compensation, car les employés n’ont évidemment pas de quoi payer. », répond Malema ; il reprend « Si les détenteurs des capitaux sont prêts à donner des parts de leurs entreprises à une élite noire connectée au monde politique » - tel que l’exigent les règles du Black Economic Empowerment de l’ANC - « pourquoi ne donneraient-il pas plutôt leurs actions aux travailleurs qui font la force de leur entreprise ? »

De retour en Afrique du Sud, le relais médiatique local se détourne des demandes de l’EFF et porte son attention sur le manque d’allégeance à l’héritage de Mandela dont Julius Malema aurait fait preuve dans une déclaration à Oxford. « Mandela parlait de nationalisation alors qu’il était en prison. Quand il est arrivé au pouvoir, a-t-il nationalisé ? La réponse est non ». Iconoclaste, Malema fulmine contre ce qu’il appelle la « religion Mandela » de l’Afrique du Sud. Selon lui, Madiba n’a pas été fidèle à la Charte de la Liberté écrite en 1955 avec la participation du peuple qui avait été sollicité. Charte qu’il qualifie sans ironie, de « bible de la révolution sud-africaine ». En acceptant une constitution qui s’abstient de toute demande de nationalisation de l’industrie ou de redistribution des terres, Mandela s’est compromis selon lui. « Nous devons reprendre la lutte là où Mandela l’a laissée ».

Dans une conférence de presse mercredi, les bérets rouges préviennent qu’ils occuperont les agences ABSA en janvier 2016 – sans préciser quel jour avant le matin même. « Les banques sont toutes mauvaises, mais il fallait en choisir une », déclare Malema. ABSA est retenue pour ses liens historiques avec les intérêts des Afrikaners. Pour le fondateur de l’EFF, l’ANC perpétue la croyance selon laquelle les « Blancs » sud-africains sont intouchables. Et son parti entend prouver le contraire. « Le monopole blanc est averti que nous venons pour les combattre. L’ANC devra nous tuer pour les protéger, comme il l’a fait à Marikana (où la police a tiré sur des mineurs grévistes) ». Malema assure vouloir manifester de façon pacifique et persuasive, en engageant le dialogue. « Allez-vous utiliser la force si vos demandes ne sont pas accordées ? La désobéissance civile ? », insiste la journaliste de la BBC. « Non », répond l’intéressé, « seulement au moment où le peuple est retranché dans ses limites ».

Les récentes révoltes contre le gouvernement, venues du monde étudiant et des organisations syndicales, profitent-elles à l’EFF? A l’horizon de Malema, les élections municipales de 2016 constituent un tournant décisif pour la notoriété de son parti sur le terrain face à l’omniprésence de l’ANC. A défaut de mener la guerre contre le capitalisme, le combat électoral aura certainement lieu.


Lisa Binet (www.lepetitjournal.com/Johannesbourg) 4 décembre 2015.


Qui est Julius Malema ?

Admiré par certains qui voient en lui un futur président, craint par d’autres qui l’estiment populiste, Julius Malema est un personnage controversé et haut en couleurs, dont la détermination et l’énergie forcent le respect.

D’origine Pedi, Julius Malema est né il y a 34 ans dans le Limpopo, d’une mère célibataire employée domestique. Entré en politique aux côtés de l’ANC dès son plus jeune âge, « Juju » devient président de la ligue de jeunesse de l’ANC en 2008. (argh, c’était pour éloigner les deux dates qui se suivent mais tant pis). En 2012, il est destitué de son poste et expulsé du parti après plusieurs avertissements disciplinaires : il frappe un journaliste de la BBC qui s’étonne qu’il habite à Sandton, il chante "Dubula iBhunu" (tuer les boers), une incitation à la haine raciale selon un jugement de la cour. En juin 2013, il fonde le parti des EFF (Economic Freedom Fighters, ou Combattants pour la Liberté Economique). Aux élections générales (présidentielles ?Non, c’est bien générales, car on vote pour un parti et sa représentation au Parlement, par pour un homme) de mai 2014, il obtient plus de 6% des voix. L’EFF prend la place de troisième parti politique du pays et obtient 25 sièges des 400 sièges au Parlement.


Crédit photo : Réunion du parti Economic Freedom Fighters le 11 septembre 2013/www.effighters.org.za

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