LE CHIFFRE DE LA SEMAINE – 4 millions d’électeurs (Rediffusion)

Mmusi Maimane a été élu dimanche dernier à la tête du premier parti d’opposition, l’Alliance Démocratique (DA), jusque là mené par la gouverneur de la province du Cap-Occidental, Helen Zille. Cet événement, qualifié par certains d’historique, sera t-il suffisant pour que l’Afrique du Sud marque un tournant politique ?

Il y a quelques semaines, Helen Zille, l’avait annoncé : elle ne serait pas candidate à sa réélection lors du congrès national de son parti le Democratic Alliance. A 64 ans, cette ancienne journaliste et activiste de la lutte contre l’apartheid mène pourtant une brillante carrière politique. Elue meilleure maire du monde en 2008, pour sa gouvernance de la ville du Cap, cette sud-africaine née de parents allemands se veut avant tout efficace. D’une intégrité à toute épreuve, elle n’a eu de cesse de jouer son rôle d’opposante, en pointant les faiblesses et les incohérences des politiques au pouvoir, ne laissant personne se reposer sur ses lauriers – et surtout pas elle. Helen Zille a néanmoins un handicap, selon son propre avis. Elle n’est pas noire. Plaçant l’intérêt de son parti avant ses ambitions personnelles, elle a souhaité ouvertement passer la main à un représentant dont la couleur de peau ressemble plus à celle de l’électorat moyen.

Dans sa précipitation (sans doute) à trouver l’alter égo, Zille avait subi une cuisante déception avant les élections générales de 2014. Zille avait courtisé Mamphela Ramphele (une figure intellectuelle noire de la lutte contre l’apartheid, aujourd’hui une des femmes les plus influentes du continent selon le magazine Forbes), qui venait de lancer son parti indépendant, et l’avait convaincue de rejoindre le DA en lui en promettant la présidence. Mais Zille s’était vue éconduite par Ramphele, qui a renié ce rapprochement 5 jours après son annonce publique. Dimanche 10 mai, il n’y a eu aucune fausse note. Le rendez-vous a été mené avec transparence et fair-play et a vu le jeune Mmusi Maimane battre son rival James Wilmot, un vétéran du parti.
Bien que toujours à la tête de la province du Cap Occidental, seule province où le DA est majoritaire, la carrière de Helen Zille atteint un plafond de verre qu’elle s’est elle-même imposé. Son départ laisse un goût amer d’exclusion, reflétant un sentiment largement partagé à travers le pays : les noirs, exclus économiques, après avoir été si longtemps sous-privilégiés, les blancs, exclus de leur propre pays, écartés de nombreux postes par l’action affirmative.

Maimane, le ‘mâle’ nécessaire.

Malgré les valeurs de diversité et d’égalité des chances qui sont les leurs, le parti du Democratic Alliance est considéré par l’électorat comme le parti de l’élite (blanche). Cette réputation, encouragée par ses détracteurs, est un frein énorme dans la progression du parti: selon leurs propres études, un électeur noir sur deux pense que si le DA était élu, il remettrait en place l’apartheid !

Dirigé depuis ses origines par des ‘Blancs’ se voulant alternatif à l’ANC (il représentait moins de 2% des voix en 1994, face à l’ANC de Mandela), le parti s’est repositionné en grand parti pour tous les Sud-Africains, avec l’ambition de conquérir le pouvoir suprême. Déjà un pas vers le populisme? « Il suffit de jeter un coup d’œil à cette assemblée pour voir que Helen a atteint son objectif. Son engagement résolu à diversifier le parti, ses dirigeants, ses membres et son électorat a permis de passer de 1,9 à 4 millions d’électeurs (soit 22% des voix) dans les 8 ans où elle a été à la tête du parti», déclare son successeur, animé sans doute par une ambition de faire encore mieux!

L’élection de Maimane, premier leader noir du parti, marque certainement un tournant pour l’Alliance Démocratique. Surnommé le Barak Obama de Soweto où il a grandi, ce brillant orateur marque les esprits. Accompagné de sa femme blanche (un atout ou un obstacle ?), le couple mixte est séduisant au niveau médiatique et sur la scène internationale pour renvoyer l’image d’une nouvelle Afrique du Sud, plus rêvée que réelle pour l’instant. Maimane est âgé de seulement 34 ans – tout comme le leader du troisième parti, les Economic Freedom Fighters (EFF) de Julius Malema. «Déçu par l’ANC», Maimane s’est tourné vers le DA il y a quelques années. Il est chef de l’opposition à l’assemblée depuis 2014. Père de deux enfants, il prêche le dimanche dans sa paroisse évangéliste. Jeune, élégant, fédérateur, Maimane a aussi l’avantage d’être …un homme. Dans un pays où il est commun d’épouser plusieurs femmes dès lors qu’on en a les moyens, on imagine mal ceux-ci voter allègrement pour une femme comme s’ils avaient été biberonnés en Scandinavie.

Un nouveau paysage de la politique sud-africaine.

L’Alliance Démocratique prépare ses pions pour les prochaines élections : les municipales de 2016. En ligne de mire, la ville de Port Elizabeth où le congrès s’est tenu, perdue de peu aux dernières élections, et sa municipalité au nom symbolique la «Nelson Mandela Bay». Maimane, déjà tête de liste pour les élections de 2011, se présentera sans doute pour la municipalité de Johannesburg, fort de sa nouvelle notoriété. A Johannesburg, Pretoria et à Port Elizabeth les intentions de vote en faveur du DA sont autour de 40%. A l’horizon d’un an, gagner ces villes en 2016 n’est pas impossible. Si l’Alliance Démocratique obtient ces municipalités stratégiques, le parti devra s’investir ensuite sur le terrain nettement plus difficile et archi-conquis par l’ANC des provinces très peuplées du Limpopo, du Mpumalanga, et du Kwazulu-Natal.

A la tête du pays depuis 20ans, et empêtré dans des affaires de corruption impliquant jusqu’au chef de l’Etat, l’ANC peine à rendre des comptes à ses électeurs. La montée d’un parti d’opposition, et à terme, l’alternance au pouvoir, sont seules garantes du bon fonctionnement de la démocratie.

Mais, le véritable tournant politique pour l’Afrique du Sud, serait que la nation qu’on appelle arc-en-ciel, s’identifie enfin comme telle. Espérons qu’un jour, pour attirer les votes, la couleur de peau du candidat soit moins déterminante que les couleurs qu’il ou elle défend.

Lisa Binet (www.lepetitjournal.com/lecap.html) mercredi 13 mai 2015

Lisa Binet et consultante et coach (www.shiftingbehaviour.com)

Crédit photo : http://www.flickr.com/photos/democraticalliance/5567861166/

 
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