AMELIA AMAL LAKRAFI - Rapprocher les Français de l'étranger

Olivier Frendo, un Français basé à Johannesburg, est allé à la rencontre d’Amélia Amal Lakrafi, candidate de La République En Marche (LREM), à l’Ile Maurice il y a trois semaines pour lui demander de venir à Johannesburg pour rencontrer les Français d’Afrique du Sud. Après s’être rendue dans les pays du Moyen Orient, à l’Ile Maurice puis à Madagascar, elle a participé à une session de questions – réponses jeudi dernier dans la salle des fêtes du Lycée Jules Verne de Johannesburg.


Pourriez-vous vous présenter ?
J’ai 39 ans et j’ai une fille de 17 ans. Je suis née de parents marocains et suis arrivée en France à 20 mois. J’ai grandi dans l’école de la République, j’ai passé quatre ans dans un internat privé catholique, les meilleures années de ma vie ! Puis j’ai suivi un cursus d’expertise comptable, que je n’ai pas poursuivi jusqu’à la 8e année, car je me suis mariée en 3e année et j’ai eu ma fille en 5e année. J’ai travaillé rapidement, j’ai fait du contrôle de gestion, et suis devenue directeur financier du groupe, j’étais la plus jeune du groupe à 26 ans. Je m’ennuie assez vite et j’ai besoin de m’occuper et d’aider, donc je passe beaucoup de temps en bénévolat. Je m’épanouis là-dedans.

J’ai créé ma première société, Bizinnov, en 2009, spécialisée dans le financement de l’innovation et de la recherche. Puis j’ai rencontré Michel Judde, l’associé de ma 2e boite, un retraité de l’armée de terre qui a sécurisé tout le système d’information du réseau télécom de l’armée de terre, on s’est rapidement entendus. Nous avons créé Azguard une entreprise qui propose des solutions de cyber sécurité, notamment avec un outil d’authentification forte basée sur le rythme de frappe au clavier. Pour obtenir les diplômes adéquats, je me suis orientée vers l’Ecole Militaire, plus précisément l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). J’ai candidaté en 2013 mais n’ai pas été retenue, j’ai redéposé un dossier l’année suivante et ai été prise. Je serais revenue pendant 10 ans s’il le fallait ! J’ai bien fait d’insister car j’ai fini major sur les 45 personnes, dont 4 femmes uniquement. J’ai souvent l’habitude d’être une des seules femmes dans les métiers que je fais. J’interviens d’ailleurs beaucoup en France pour pousser et motiver les femmes à faire carrière. Il n’y a qu’un tiers de femmes chefs d’entreprises, et en innovation on tombe à 3%. J’ai aussi monté des associations qui militent pour la scolarisation des enfants, l’accès aux médicaments et l’accompagnement des jeunes entrepreneurs au Sénégal. Je travaille 20h par jour. J’arrêterai mes activités si je suis élue.

Et votre carrière politique ?
Je fais de la politique depuis trois semaines et demie ! Je ne me suis pas intéressée à la politique auparavant car je sentais que les politiciens ne me représentaient pas et étaient loin de mes préoccupations. J’ai été contactée en décembre dernier par le responsable des Français de l’étranger de LREM car mon profil les intéressait. Je suis depuis deux ans commandant de la réserve citoyenne de la cyber défense. Je suis très impliquée dans la vie citoyenne, je donne du sang tous les trois mois. A Paris, je suis assez visible car j’ai reçu quelques prix : celle de la femme du digital, de la femme du numérique de l’année, de la femme entrepreneur. Je suis aussi en lien avec la CPME, Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, qui me demande de temps en temps d’intervenir comme porte-parole. J’y ai réfléchi et j’ai pris ma décision en mars quand Emmanuel Macron a fait son appel aux femmes. Je trouvais son programme intéressant, et en tant que ministre de l’Economie il a fait des choses intéressantes, notamment il a développé le label French Tech. On m’a appelée la veille de l’annonce officielle. J’ai décidé de relever le défi, j’aime les défis ! Il y a eu 17.000 candidats pour 577 postes de députés, en moyenne une trentaine de candidats par circonscription, et pour la 10e précisément 230 candidats se sont battus pour avoir l’investiture de cette circonscription.

Ou êtes-vous basée ?
J’habite à Paris mais je vis en Afrique entre 5 et 15 jours par mois depuis quelques années, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Tchad essentiellement. Je suis profondément liée à l’Afrique. J’ai préféré choisir la 10e circonscription où je n’ai pas de conflits d’intérêts. Je connais cependant les problématiques des Français de l’étranger de par ma famille qui est expatriée et de par ma situation, je suis notamment familière avec les problèmes des couvertures médicales, les obligations légales et administratives.


Que pouvez-vous apporter et comment envisagez-vous votre rôle ?
Ma ténacité ! Je ne lâche rien. J’ai envie d’amener mes compétences entrepreneuriales et associatives ainsi que ma bonne volonté. J’aimerais, de par mes activités numériques et digitales, rapprocher les Français de l’étranger.

J’ai rencontré beaucoup de gens dans les sept pays que j’ai visités récemment et nous avons échangé, j’ai aussi reçu beaucoup d’emails : il y a de la matière à commencer à travailler sur des projets intéressants. Les gens ont envie de partager leurs idées, de participer et de communiquer.

Des questionnaires ont été envoyés aux personnes inscrites sur le site de LREM - et il y en a beaucoup - pour identifier les problématiques des Français de l’étranger précisément. On est sur les mêmes problématiques quasiment dans les 49 pays de la 10e circonscription avec des niveaux de priorité différents : la scolarisation et l’enseignement du français sont souvent numéro un, la sécurité est un thème qui revient beaucoup, la proximité avec les élus - j’ai rencontré beaucoup de Français dans les pays que j’ai visité qui ne savaient pas qu’il y avait des conseillers consulaires qu’ils pouvaient interroger - l’entreprenariat et la réussite économique quand on veut se lancer dans un pays étranger et la couverture sociale. Ces cinq thématiques reviennent dans tous les pays.

Personnellement, j’aimerais impliquer et intéresser les gens dans les pays de la circonscription, créer des comités citoyens, faire en sorte qu’on puisse remonter les vraies données des pays et des gens, qu’on puisse communiquer sur ce qui va ou ce qui ne va pas. De par mes activités et mes compétences digitales et numériques, j’ai le projet de mettre à disposition une application mobile simple pour communiquer et échanger, poser des questions, me pencher sur les sujets qui intéressent les Français de l’étranger et les rapprocher de la politique, mais aussi des conseillers consulaires, des consulats, des ambassades, et faire en sorte que quand les députés votent des lois qu’ils fassent porter la voix des Français de l’étranger.

J’aimerais aussi me reposer sur les conseillers consulaires, les attachés parlementaires et les députés pour que nous travaillions ensemble pour faire remonter l’information afin de ne pas être déconnecté du terrain.

En quoi est-ce-que la France est concernée par l’entreprenariat des Français à l’étranger ?
La France a tout intérêt à aider les ressortissants français pour contribuer à l’image de la France à l’étranger. Il y a des conseillers dans les ambassades, des agences, des associations, des consulats qui proposent des services aux Français de l’étranger, qui sont d’ailleurs assez débrouillards. Ces derniers ne sont pas au courant de ces dispositifs, j’aimerais mettre à plat l’information afin qu’elle soit disponible à tous. Par exemple, on peut financer l’export, si votre projet rentre dans un dispositif, vous pourrez bénéficier d’un accompagnement. Il existe une multitude de dispositifs pour aider les entrepreneurs en France et à l’étranger. On veut de la simplification et de l’efficacité pour vous informer de ce qui existe et mettre en place un système de guichet unique. Nous aimerions aussi militer pour obtenir le même budget du ministère des affaires étrangères qu’en 2008, depuis il n’a fait que diminuer.

Et les bourses scolaires ?
Dans le programme de LREM, il est prévu de revoir les critères d’attributions des bourses pour prendre en compte le coût de la vie dans le pays, le coût de l’école et les revenus des parents. Au niveau de la circonscription toute l’enveloppe n’est pas dépensée, il y a des familles qui n’ont pas l’information ou qui trouvent le processus trop compliqué. En principe, le conseiller consulaire est censé être là pour aider, ça marche plutôt bien dans certains pays.

Et l’artisanat dans tout ça ?
J’aimerais aussi pousser la coopération décentralisée, par exemple on a des centres de formations automobiles qui veulent se jumeler avec une ville en Afrique, du coup amener la compétence, créer une école et miser sur la formation professionnelle pour former des jeunes garagistes. J’ai envie de pousser ça, j’espère être utile à ça. S’il y a un besoin dans le pays pour lequel la France a une compétence, ce serait intéressant de créer un jumelage et de faire de la coopération décentralisée, et qu’ensuite les gens formés ici puissent aller en France, qu’il y ait un vrai échange et se dire qu’on peut mutuellement s’apporter.

Si vous êtes élue, quand pensez-vous vous rendre sur le terrain ?
Je ne peux pas vous promettre un calendrier définitif mais je compte me rendre en priorité dans les pays où il y a le plus de Français. Sur les 12 mois je pense pouvoir me rendre dans les 49 pays de la circonscription. Pour les pays du top 10 dont l’Afrique du Sud fait partie, je vais essayer d’y aller deux à trois fois par an. J’aimerais aussi faire des permanences virtuelles.

Vos impressions sur les élections législatives
Le 1er tour a été une grande surprise, et tout particulièrement au Liban où LREM a fait 60.08%, le candidat sortant a fait 18% c’est le 2ème. J’étais très étonnée de l’écart, surtout que les votants dans le pays sont traditionnellement de droite et très partisans du parti Les Républicains. C’est la vague Macron, les gens ont envie de lui donner sa chance et ont envie d’y croire.

Quant au 2e tour, il ne faut pas sous-estimer mon concurrent, Alain Marsaud. Même si l’avance est confortable, il faut se dire qu’il y a eu un peu moins de 20% de taux de participation et que si le candidat d’opposition arrive à motiver ses partisans qui ne se sont pas déplacés à voter pour lui, la situation peut changer. Il faut rester mobilisés, il faut que les gens qui veulent donner la majorité à Macron se déplacent.

Il y a une vraie dynamique LREM, les gens ont envie, les gens y croient, les gens ont envie de participer. J’ai même vu des enfants et des jeunes adolescents qui se sont intéressés cette année aux élections. Il y a un souffle de changement et un optimisme particulier qui règne.

(www.lepetitjournal.com/johannesbourg) Jeudi 15 juin 2017 

 

 
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