AFRIQUE DU SUD - Une semaine politique sans queue ni tête…

Jacob Zuma n’a pas attendu le jour des fous pour jouer une farce qui laisse les sud-africains pantois. La semaine politique a été folle et chargée pour la nation Arc-En-Ciel, prélude au premier avril ? Bénédicte Champenois-Rousseau, notre sociologue « lost in Johannesburg », passe en revue les événements de la semaine dernière, qui ont aboutis hier à la réévaluation à la baisse de la note du pays par l’agence de notation Standard & Poor’s, en terminant avec une petite touche finale positive.


En résumé accéléré, en début de semaine, le rusé Jacob (lire aussi Le rêve de Jacob) rappelle au pays son ministre des finances Pravin Gordan et le second de celui-ci Mcebisi Jonas, partis faire une tournée en Grande Bretagne et aux Etats-Unis pour rencontrer des investisseurs et les convaincre de la solidité de l’économie sud-africaine et de l’intérêt pour eux d’investir dans le pays. Les raisons du rappel sont confuses, on a évoqué tout d’abord le fait que “le président n’aurait pas donné son accord à ce voyage”.

On a supposé un lien avec les intérêts de la famille Gupta (lire aussi eish state capture) alors que s’ouvre, à Johannesburg, le procès que ces amis du président (aussi surnommés le “Saxonwold Shebeen”) intentent au ministère des finances suite aux décisions, il y a quelques mois, de toutes les banques sud-africaines auxquelles ils avaient affaire de cesser de traiter avec eux et de fermer les comptes de leurs entreprises. Enfin, après que le président a procédé nuitamment à une démission brutale des deux rappelés sans consultation préalable du NEC (National Executive Committee) de l’ANC comme c’est l’usage, on a laissé entendre que le président Zuma aurait eu un rapport d’espions (appelé ici intelligence report) faisant mention d’un (improbable) complot de Gordhan et Jonas, partis en Grande Bretagne et aux Etats-Unis pour négocier le renversement de l’Etat sud-africain.

Cette semaine a aussi été marquée par le décès d’une des figures emblématiques de l’ANC, Ahmed Kathrada, affectueusement surnommé “Uncle Kathy”, ancien compagnon de Mandela, jugé comme lui lors du procès de Rivonia, et enfermé aussi pendant 27 ans à Robben Island. Uncle “Kathy’, personnage charismatique et plein de sagesse, avait, il y a un an appelé à la démission de Jacob Zuma, devant le nombre d’affaires qui entachaient sa présidence voir ici https://ngisafunda.wordpress.com/2016/11/28/jz783/. La disparition d’oncle Kathy d’une malencontreuse pneumonie, a quelque peu bouleversé les plans de Zuma qui a attendu la fin des funérailles de ce dernier pour annoncer son remaniement ministériel, et la démission des deux principaux responsables du ministère des finances.

La veuve de Kathrada, Barbara Hogan, ancienne ministre, a demandé expressément au président de ne pas assister aux obsèques, exposant les failles qui traversent l’ANC. Des cérémonies d’hommage à Uncle Kathy se déroulent dans tout le pays dont certaines se sont transformées en manifestations anti-Zuma. Vendredi le parti communiste sud-africain, le SACP a demandé à Zuma de démissionner.

Bref les conjectures vont bon train. Twitter s’affole. Le rand, dont le cours s’était raffermi ces dernières semaines s’est de nouveau dévalorisé, plongeant le monde économique dans l’inquiétude. Mais la probabilité que le rusé Jacob renonce de lui-même à son poste et à la possibilité de mettre à profit les derniers mois de sa présidence pour maximiser à la fois son “indemnité de départ” et minimiser les risques qu’il soit poursuivi pour les diverses malversations dont il est soupçonné est à peu près aussi élevée que celle que l’engagement d’une équipe de pingouins culs-de-jatte sur le Tour de France…

Finalement, la seule bonne nouvelle de la semaine en Afrique du Sud vient peut-être de la province du Cap Oriental où les membres de la communauté rasta vient de gagner la première manche dans une bataille juridique pour obtenir le droit de cultiver et de consommer chez eux leur propre marijuana, appelée ici Dagga, chez eux. Les usagers voulaient être traités de la même façon que les consommateurs d’alcool ou de tabac. Il y a une vingtaine d’années, le Dagga Party of South Africa avait plaidé (sans succès) que les dispositions du “Drugs and Trafficking Act” entravaient la pratique de la religion rasta. Hier, la Haute Cour a déclaré inconstitutionnelle l’interdiction du Dagga. La décision prise par la Haute Cour n’est pas encore définitive, mais c’est, selon le leader du DPSA, un pas encourageant. Ce progrès est également la conséquence des démarches engagées pour l’autorisation de l’utilisation médicinale de la marijuana, qui est en train d’être examinée et pour laquelle un circuit légal de production et de distribution est mis en place par l’industrie pharmaceutique à travers la “Medical Innovation Bill”. Reste à convaincre le Parlement d’amender le “Drugs and Trafficking Act”.

Bénédicte Champenois-Rousseau (www.lepetitjournal.com/johannesbourg) Mardi 4 avril 2017

A propos de Bénédicte Champenois Rousseau

Installée en Afrique du Sud depuis octobre 2015, Bénédicte est sociologue et a enseigné la sociologie en France notamment à Sciences Po Paris tout en effectuant des missions de recherche pour des organismes de recherché publics ou des organisations non gouvernementales. Ses sujets de predilection: la santé publique, l’éducation et le “women empowerment”. Elle a créé à Johannesburg le réseau professionnel de femmes francophones Work In The City JHB et met en œuvre son goût pour l’écriture sur son blog ngisafunda.wordpress.com et le blog d’Enko Education 

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Crédit photo : Jacob Zuma, par Copyright World Economic Forum www.weforum.org / Eric Miller emiller@iafrica.com (Jacob Zuma - World Economic Forum on Africa 2009) [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

 
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