#FEESMUSTFALLRELOADED… Malaise dans les universités sud-africaines

Le mouvement étudiant #feesmustfall qui revendique un enseignement gratuit continue à secouer les universités dans le pays un an plus tard. La semaine dernière plusieurs facultés ont annoncé la reprise des cours prochainement. Bénédicte Champenois Rousseau, une de nos lectrices, nous éclaire sur la situation et partage son point de vue sur la crise universitaire en Afrique du Sud sur son blog Ngisafunda, qui signifie « je lis/j’apprends encore » en zoulou. Lisez un extrait.


Le second semestre de l’année 2016-2017 dans les universités sud-africaines promet d’être aussi agité que celui de l’an dernier. Ce qui a mis le feu aux poudres? L’annonce du ministre de l’éducation Blade Nizimande que c’était aux universités de proposer leur politique d’augmentation des frais de scolarité pour l’année 2017-2018, que celle-ci néanmoins ne pourrait excéder 8%, mais que le gouvernement s’engageait à compenser pour les plus démunis cette hausse et faisait aussi un geste vers les classes moyennes les moins favorisées. Peuvent désormais prétendre à un prêt NFSAS les étudiants venant de familles percevant un revenu annuel de moins de 600 000 rands ce qui fait en gros 40 000 euros, ce qui correspond à un salaire de fonctionnaire de police, d’enseignant ou d’infirmière.

Ces propositions n’ont pas satisfait les étudiants des syndicats “fallist” (donc pour la gratuité de la scolarité) qui ont donc entamé une série de manifestations plus ou moins contrôlées pour forcer les universités à renoncer à demander des droits de scolarité. Les étudiants de Wits sont descendus manifester dans les rues de Braamfontein, autour du campus. Une caractéristique des manifestations étudiantes, ici comme ailleurs est la violence qui leur est attachée, dont on a du mal à savoir quelle est la part due aux interventions brutales de la police et des équipes de sécurité privée sécurisant les universités. Des photos circulent sur les réseau sociaux représentant des étudiants blessés suite à des confrontations plutôt rudes avec les forces de l’ordre (publiques ou privées). La vidéo qui a circulé en ligne ce 28 septembre sur la confrontation entre des jeunes et des policiers autour de l’université de Rhodes montre la violence des échanges. On comprend que les étudiants aient peur, et l’on voit des policiers peu sereins et semblant peu formés à la gestion de ce type de crise. Des passants semblent interloqués et s’interposent. Et une femme policier finit par dire à l’une d’elles qu’elle est là pour la protéger, elle et ses biens et éviter que sa voiture ne finisse criblée de pierres. Il faut dire que les actions des étudiants des semaines passées ont aussi endommagé des biens collectifs au sein des universités, une bibliothèque à l’université du Kwazulu Natal, des voitures et des salles de cours ailleurs, endommagé des locaux, et causé la mort d’une agente de maintenance dans une résidence pour étudiants de Wits.

Les campus de quatre universités sont désormais fermés: l’université de Cape Town (UCT), Wits University, l’université du Free State et l’université du Limpopo. L’université de Prétoria n’est pas techniquement fermée mais a décidé d’obliger les étudiants à prendre maintenant les vacances prévues en octobre… Le secrétaire général de l’ANC Gwede Mantashe a laissé paraître son agacement vis à vis des étudiants manifestant, les traitant d’enfants gâtés et proposant qu’on ferme les universités pendant 18 mois pour leur apprendre. Dans une tribune reprise par le Mail & Guardian, Achille Mbembe, professeur à Wits a rappelé les précédents africains de ce genre d’attitude et comment ils ont abouti en Afrique centrale à une destruction des universités publiques pour le plus grand profit d’universités privées que les étudiants les plus pauvres n’ont pas les moyens de s’offrir. Dans un pays dont le coefficient de Gini a augmenté depuis l’avènement de la démocratie, ce ne serait pas une bonne nouvelle.

En tant que française, ayant biberonné au mythe de l’égalité républicaine, il m’est toujours difficile de concevoir que dans un pays comportant de telles inégalités on puisse demander des frais de scolarité aussi élevés à des étudiants. Les frais de scolarité pour une année scolaire (sans logement ni bouquins ni nourriture) sont autour de 50 000 rands ce qui est hors de portée de beaucoup de gens. Le gouvernement finance les frais des plus pauvres et propose des emprunts NFSAS à une partie des autres (les bénéficiaires de ces exemptions/prêts NFSAS seraient 600 000 l’an prochain) ce qui n’est pas négligeable à première vue. Cependant, il faut ajouter aux frais de scolarité les frais de logement et les frais d’entretien (repas) ainsi que l’acquisition d’un ordinateur et de livres de cours. Ce qui double pratiquement la facture. Pour les étudiants ne pouvant vraiment pas se permettre la location d’une chambre dans une résidence près du campus, les frais de transports sont un poste important, les villes sud-africaines n’ayant pas fait le choix de systèmes de transport public sûrs et abordables. Par ailleurs, l’urbanisation qui n’a pas été fondamentalement redessinée depuis la fin de l’apartheid fait que ces étudiants habitent en grande périphérie ce qui augmente le temps et le coût du transport. Et in fine peut avoir un impact sur la réussite de leurs études.

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www.lepetitjournal.com/johannesbourg Lundi 17 octobre 2016

Crédit photo : By Discott (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons

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