Istanbul

BONNE ACTION - "Beaucoup de gens en Turquie veulent aider, mais peu savent comment faire"

Depuis tout juste quatre mois, Sandrine Ramboux a mis au point la plate-forme Carma. Un site internet d'un nouveau genre en Turquie destiné à promouvoir les dons et le volontariat. Rencontre à Istanbul.

Lepetitjournal.com d’Istanbul: Pouvez-vous vous présenter ? Comment êtes-vous arrivée à Istanbul ?

Sandrine Ramboux (photo JB): Je suis belge. On est arrivé il y a sept ans. Mon mari avait reçu une proposition pour venir travailler ici. A l'époque, je travaillais pour une banque qui est chez ING, on avait un petit bureau de représentation en Turquie. Je leur ai demandé s’il était possible de me transférer et ils ont accepté. On est donc parti tous les deux. J'ai fait ça pendant six ans, c'était intéressant. Mais j'aime bien changer, construire des projets. Les possibilités pour moi étaient un peu limitées et je me suis dit : "j'ai 42 ans, je dois encore travailler jusqu'à mes 65 ans, est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire toute ma vie ?". Nous sommes dans un pays où il y a beaucoup de choses qui changent, c'est l'occasion d'essayer autre chose, de me donner deux années sabbatiques pour essayer de lancer un projet.

Pouvez-vous expliquer ce qu'est le site Carma ?

La plate-forme permet de mettre ensemble des ONG et de faire marcher un échange entre les ONG et les individus. À travers la plate-forme, les individus peuvent soutenir les ONG soit en donnant de l'argent, soit en faisant du volontariat. Ce qu'on essaye de faire, c'est vraiment d’aider les ONG en faisant du volontariat basé sur les compétences. Ce n'est pas de les aider spécialement dans leurs activités, mais de les aider dans leur fonctionnement de manière à améliorer leur efficacité ou à leur faire économiser du temps.

C'est comme ça qu'on a commencé avec quelques opportunités. Par exemple pour Tüsev, qui est une des grandes ONG turques, on a trouvé un consultant stratégique qui les aide à élaborer leurs stratégies pour les trois prochaines années. Ils font énormément de choses, mais ils n'ont pas beaucoup de ressources.

Pour participer, il ne faut pas forcément beaucoup de temps et ça peut se faire de la maison, tout en ayant beaucoup d'impact. Il faut aussi savoir qu'il y a beaucoup d'opportunités qui ne nécessitent pas forcément de savoir parler turc.

L'avantage pour les sociétés, c'est qu'on leur donne un moyen d'engager leurs employés. On leur donne aussi un outil qui leur permet de suivre ce qu'elles font. Parce qu'il y a beaucoup de sociétés qui font du volontariat ou des donations, mais qui ne sont pas capables de fournir les informations ensuite. Nous, nous sommes capables de leur sortir un tableau de bord tous les mois.

Comment est née l'idée du site ?

À plusieurs reprises en travaillant ici, je me suis rendue compte que beaucoup de gens veulent aider, mais que peu savent comment le faire. La donation n'est pas très rependue. Les gens sont très généreux, ils donnent à leurs amis, mais pas à des organisations comme les ONG. De l'autre côté, les ONG ont du mal parfois à accueillir les volontaires, ne savent pas très bien quoi faire avec eux, il y a eu de mauvaises expériences...

J'ai commencé à faire des études de marché. J'ai d'abord interviewé les gens, presque 130 personnes en tout. Je leur ai demandé à quelles conditions ils voudraient faire du volontariat, à quelles conditions ils pourraient donner de l'agent. Puis je suis allée voir les entreprises, je leur ai demandé ce qu'était leur programme de CSR (ndlr : RSE en français, responsabilité sociétale des entreprises). Il y en a une dizaine en Turquie qui sont très poussées, mais il y en a beaucoup au milieu qui ont envie de faire quelque chose, qui ont des budgets, mais qui n'ont pas le temps de s'en occuper. Après ça je suis allée voir les ONG et je leur ai dit : "je suis une étrangère, je suis une ancienne banquière, qu'est-ce que vous pensez de mon idée. Ils ont trouvé ça super sympa."

C'est comme ça que j'ai commencé à travailler sur le projet. Je me suis alors mise à l'informatique. S'il y a bien deux choses qu'une banquière ne sait pas faire, c'est l'informatique et la communication. Les débuts ont été un peu mouvementés, mais pour finir en mars nous avons lancé la plate-forme. Avec moi, il y a ma cousine Julie, qui travaille depuis la Belgique et qui s'occupe de tout l'aspect graphique, de la coordination informatique, ce genre de choses.

Je ne me suis pas inspirée d'autres sites parce qu’au départ, ce que je voulais, c'était pouvoir fournir aux gens différentes opportunités pour aider. Donc je voulais qu'on puisse donner de l'argent, prêter de l'argent via par exemple les micro-financements, qu'on puisse investir dans l’entrepreneuriat social via par exemple le financement participatif, les crowdfunding et puis faire du volontariat. Je me suis rendue compte que pour le micro-financement, il n'y avait quasiment rien en Turquie, le crowdfunding démarre très lentement en Turquie, la donation ne marche pas trop. Des quatre projets, je me suis retrouvée avec le volontariat. Il y a des plates-formes de volontariat qui existent dans le monde, mais il y en a peu qui se spécialisent dans le service aux entreprises et c'est ce que j'ai envie de faire.

Comment fonctionne le site ? Quelles sont les étapes, du dépôt de projet à la remise des fonds ?

Après quatre mois, on travaille déjà avec 20 ONG en Turquie et on a eu environ 30 opportunités de volontariat.  On construit d'abord un profil, parce qu’il est très important que tout soit transparent. Sur le profil, elles indiquent quel est l'impact qu'elles souhaitent avoir, d'où viennent les fonds qu'elles ont, qui est à leur conseil d'administration... De manière à ce que les gens puissent juger par eux mêmes. Ensuite, on discute, on voit ce dont elles ont besoin, on définit le projet. On est essaye de cibler et de définir au maximum leurs besoins. Une fois qu'il est défini, on envoie le projet à notre auditeur externe, Mazars Denge, qui est une collaboration franco-turque. Je le mets sur la plate-forme, sur Facebook et sur différents endroits où les gens peuvent alors postuler.

Pour la donation, c'est pareil même si en Turquie, la donation ce n'est pas facile. En effet, pour pouvoir faire appel à la donation, les ONG doivent avoir une autorisation spéciale que très peu ont. En plus de cela, les gens en Turquie n'ont pas l'habitude de donner de petits montants. La donation ne fonctionne donc pas très bien, même si tout est en place pour.

Tous les projets sont audités par notre auditeur. Une fois que l'argent a été déboursé, l'auditeur va alors vérifier qu'il est allé au bon endroit du projet. L'argent va directement aux ONG, il ne passe pas par moi, je ne prends aucune commission. Une fois le projet terminé et l'argent utilisé, l'ONG va devoir remettre différents documents à l'auditeur, par exemple la preuve qu'ils ont reçu tout l'argent. Une fois que l'auditeur a tout revu et accepté, on le signale avec la mention "accepted by the auditor". Après cela, on explique aux gens ce qui a été fait avec leur argent et tous les trimestres, on leur envoie deux ou trois lignes sur ce qu'on a fait.

Est-ce que les Turcs sont réceptifs au principe de C@rma ?

Pour l'instant, parmi les volontaires, il y a beaucoup d'étrangers et beaucoup de Turcs qui ont habité à l'étranger ou qui ont été éduqués à l'étranger, et beaucoup d'étudiants. Ce sont des gens assez ouverts d'esprit et qui ont envie d'aider les gens. Je crois aussi que c'est une question de confiance : les gens ne savent pas encore trop ce que c'est. Ils ont besoin d'entendre que quelqu'un l'a fait et de voir que ça marche pour se lancer.

Il n'y a pas vraiment de sites du même genre en Turquie mais il y a des sites qui fonctionnent un peu avec la même idée. Il y a par exemple Zumbara, un site basé sur l'échange. C'est une très chouette idée, avec des gens très motivés derrière. On peut faire des échanges de compétences.

Est-ce que vous vous rémunérez avec ce site ?

Pour le moment, non. L'objectif final, c'est qu'à terme les entreprises puissent avoir une adhésion. Elles payeraient un certain montant et leurs employés auraient accès à la plate-forme. Pour le moment, tout le monde peut voir ce qu'il y a sur la plate-forme, il suffit juste de s'enregistrer. Tout le monde peut s'enregistrer, mais l'objectif est que seuls les employés travaillant pour les sociétés qui auront payé un droit d'entrée accèdent aux opportunités de volontariat ou de donation.

Quelle est la prochaine étape pour Carma ?

Pour le moment, c'est vraiment augmenter le trafic. Les visiteurs c'est bien, mais le plus important c'est qu'ils s'enregistrent, parce qu'à partir de ce moment, je peux voir leurs compétences et je peux les contacter. Je voudrais aussi avoir le plus possible d'ONG, avec le plus possible de projets. Cela me permet d'approcher les entreprises, d'avoir les parrainages et de pouvoir alors grandir un peu plus. C'est une entreprise sociale, donc le but n'est pas de se faire de l'argent. Pour le moment, nous sommes basés à Istanbul mais à terme, on aimerait implanter quelqu'un dans l'est de la Turquie, de manière à générer des projets qui soient plus lointains. Peut-être faire des franchises à l'international... Il y a des tas de choses à faire, c'est ça qui est passionnant !

Propos recueillis par Julia Baron (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 17 juin 2014

La plate-forme Carma

Pour plus d'informations : info@4carma.com

 

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