Istanbul

TURQUIE - Peut-on encore venir y passer des vacances ?

Les professionnels de l’industrie touristique turque, secteur auparavant en plein essor, ne veulent pas revivre une année noire comme 2016 : froid diplomatique avec la Russie, attentats à répétition et tentative de coup d’Etat… Autant de facteurs qui ont découragé de nombreux touristes à voyager en Turquie. En dehors de certaines zones pourtant, le quai d’Orsay ne déconseille pas de séjourner dans le pays. Certains touristes d’ailleurs, ont déjà réservé leurs vacances…

Les bateaux de croisière P&O cruises ne feront pas escale en Turquie en 2017. A l’instar de cette compagnie, d’autres grands noms du secteur, tels que Royal Caribbean, Princess ou encore Uniworld, ont retiré la Turquie de tous leurs itinéraires pour "raisons de sécurité". Un nouveau coup dur pour l’industrie touristique, qui a déjà beaucoup souffert en 2016. En cause, la série d’attentats qui a touché le pays, la tentative de coup d’Etat du 15 juillet dernier ou encore le froid diplomatique avec la Russie, qui a privé pendant de longs mois les stations balnéaires turques de leurs touristes russes. Résultats ? Une baisse de 29,7% des recettes touristiques de la Turquie en 2016, selon les derniers chiffres officiels de l’Institut turc des statistiques (TÜIK). Un bilan en chute libre auquel les touristes français ont contribué : la Turquie a enregistré une baisse de 62 % des départs cumulés de passagers français entre janvier et novembre 2016, comparé à la même période de 2015, d’après le baromètre Les Entreprises du Voyage/Atout France.

Retour des touristes russes

Cette situation catastrophique a frappé de plein fouet les professionnels du secteur, comme Ilhan Uçak, membre du comité administratif de la Fondation des agences de voyage de Turquie (TURSAV) et directeur d’une agence de voyage. "L’année 2016 a été quasi nulle… Mon seul espoir pour 2017 est que nous vivions quelques mois tranquilles et que les touristes reviennent pour la deuxième partie de l’année. Le tourisme est un phénomène de mode, les gens cessent de voyager dans tel ou tel endroit puis y reviennent", explique Ilhan Uçak, surtout inquiet pour le marché des touristes européens. "Les touristes de la péninsule arabique continuent de venir et les touristes russes font leur retour", poursuit-il. Quelque 40.124 Russes se sont en effet rendus en Turquie en janvier 2017, soit une augmentation de 81,5% de touristes russes par rapport à janvier 2016, selon les chiffres publiés par le ministère du Tourisme en février. L’année dernière, le nombre de touristes russes en visite en Turquie a connu une baisse de 76,2%, avant de repartir à la hausse avec la normalisation des relations turco-russes entreprise à la fin du mois de juin 2016.

Face à ce tableau noir, les professionnels du tourisme doivent s’adapter. Beaucoup d’agences de voyage ne proposent plus de séjours à Istanbul, une destination beaucoup moins prisée des touristes et même classée comme la pire destination européenne en janvier dernier, en termes de chute des recettes hôtelières. "Les grandes villes font peur à cause du terrorisme mais les trois quarts du pays sont tranquilles, continue Ilhan Uçak. Ce ne sont pas les endroits à découvrir qui manquent en Turquie ! Un de mes clients est venu en Turquie neuf fois, et a déjà fait neuf circuits différents. L’essentiel est d’être entouré de guides compétents. L’an dernier, j’ai conduit un groupe dans l’Est de la Turquie pendant 15 jours, au moment même où les affrontements étaient quotidiens dans cette région et tout s’est très bien passé. Les touristes ont été ravis de leur voyage."

Direction Antalya

En Turquie, seule la frange frontalière avec la Syrie et le sud-est, classés zones rouges par le ministère des Affaires étrangères français, sont déconseillés aux voyageurs sauf raisons impératives. Dans le reste du pays, "le niveau de vigilance renforcé (jaune) ne doit pas être compris, comme cela est bien indiqué sur le site du ministère des Affaires étrangères, comme un conseil de ne pas se rendre en Turquie", nous rappelait en décembre dernier le consul général de France à Istanbul, Bertrand Buchwalter. Les voyageurs sont appelés à une prudence accrue et à prendre des mesures de précaution, comme c’est le cas dans de nombreuses autres destinations dans le monde aujourd’hui, comme au Brésil ou en Thaïlande.

Si la Turquie n’a plus la cote aux yeux des touristes français, d’autres destinations tirent leur épingle du jeu, à l’instar des Canaries. Mais à une destination tendance, Peggy et Sylvain Bossard, eux, ont préféré une destination de cœur. Avec leur fils Sacha, cet été, ils retourneront pour la troisième fois en Turquie à la découverte, cette fois, de la région d’Antalya : "Nous sommes venus une première fois à Bodrum il y a quatre ans, nous avons eu un véritable coup de cœur pour le pays et pour l’hospitalité de la population, explique Peggy. Au printemps dernier, nous avons visité Istanbul et malgré la présence policière et militaire renforcée, nous ne nous sommes pas sentis plus en insécurité qu’ailleurs. Nous aurions pu être au Bataclan ou à Nice lors des attentats…"

En août, la famille séjournera deux semaines dans un hôtel étoile cinq étoiles. Une formule "tout compris", dénichée dans une agence de voyage belge : "Nous avions d’abord prospecté dans les agences de voyage françaises, mais les offres étaient beaucoup plus chères. C’est dommage car ces prix élevés n’incitent pas les Français à partir, or la Turquie a besoin de touristes dans cette période difficile", regrette-t-elle. Avant d’ajouter : "C’est important de continuer à faire vivre le tourisme et j’espère que d’autres touristes réagissent comme nous. Nous étions déjà partis en Tunisie quelques jours après l’attentat du Bardo. Ces choix inquiètent plus notre entourage que nous. On ne peut pas dire qu'on ne pense pas aux risques à 100%, mais notre intérêt pour la Turquie est plus fort que tout le reste."

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 15 mars 2017

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