Istanbul

FRANCOPHONIE - Au cœur des échanges entre la Turquie et l’Afrique

Rencontres et échanges étaient au rendez-vous, vendredi, pour le premier événement "Afrique/Turquie - Francophonie" organisé par lepetitjournal.com d’Istanbul à l’occasion de la Fête de la Francophonie.

Turquie, Afrique, Francophonie : c'était le thème de la soirée organisée par lepetitjournal.com d'Istanbul, avec le soutien du Secrétariat d'État chargé du développement et de la Francophonie, vendredi, et à laquelle de nombreux participants ont répondu présent. Une première rencontre réunissant acteurs économiques turcs et africains et une nouvelle façon de fêter la francophonie, dont c'est la journée internationale aujourd'hui.

L’occasion, aussi, de rappeler le potentiel économique des échanges entre la Turquie et le continent : "A la fin de l’année 2015, le volume des échanges entre la Turquie et l'Afrique représentait environ 20 milliards de dollars. Notre objectif est de le porter à 100 milliards d'ici 2023", explique Ali Sezen, président du conseil de travail de DEIK (Conseil pour les relations économiques extérieures de Turquie), pour l’Afrique de l’Ouest et la Guinée équatoriale. Avant d’ajouter : "Dans les 25 prochaines années, nous prévoyons que l'Afrique devienne le centre mondial des profits. La contribution actuelle des États-Unis au commerce mondial est de 16.000 milliards de dollars, mais nous prévoyons qu'en 2050, la contribution de l'Afrique représentera 49.000 milliards de dollars. L'Afrique est dotée d'un potentiel incroyable malgré les difficultés."

La francophonie, ciment des échanges

La visite du président Recep Tayyip Erdoğan en Afrique de l’Est, en janvier dernier, est d’ailleurs venue rappeler l’expansion des relations économiques entre la Turquie et le continent, notamment dans le domaine de la construction. Domaine dans lequel "les entrepreneurs turcs sont au deuxième rang mondial après les Chinois, poursuit Ali Sezen. Les Turcs sont à l'offensive en Afrique, ils mènent des projets pour 55 milliards de dollars. Ils ont mené à ce jour 1.152 projets sur le continent. Dans les 20 prochaines années, la valeur totale des projets de construction en Afrique représentera 40.000 milliards de dollars."

Ciment de ce développement frappant entre la Turquie et l’Afrique, la francophonie est un véritable vecteur d’échanges économiques et commerciaux. Mais peut aussi constituer une pièce manquante à la charpente : "Dans n'importe quelle entreprise turque, au département international, il est facile de trouver des anglophones mais les francophones sont quasiment absents, constate Chehou Oussoumanou, représentant du groupe hospitalier Acıbadem en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest. C’est pourquoi les africains francophones, qui maîtrisent le terrain africain, le français mais aussi la langue turque, sont les ambassadeurs numéro un pour la Turquie."

L'Association Franco-Turque d'Ingénieurs (AFTI) est aussi prête à créer des ponts entre la Turquie et l’Afrique, en s’efforçant de rassembler les ingénieurs francophones de Turquie : "Nous avons un grand potentiel d'ingénieurs et nous sommes prêts à collaborer avec les sociétés turques et françaises qui cherchent des éléments pour des travaux en Afrique, explique Mustafa Cansağlar, son président. L'Afrique a des minéraux, des ressources énergétiques, mais il lui manque le potentiel d'ingénierie. Je crois qu’à l'avenir, ces pays africains prendront la place qu’ils méritent dans la vie économique mondiale."

Le nombre d’ambassades turques en Afrique a triplé en trois ans

Le développement des pays africains est indissociable de leurs services de santé, selon Chehou Oussoumanou, : "C’est un secteur que l'on risque de négliger. Imaginez un pays comme le Cameroun, où la transplantation rénale n'existe même pas… Pendant que d'autres pensent à construire des immeubles, à apporter des véhicules ou construire des ports, nous disons qu'il faut développer le secteur se la santé." Acıbadem, la holding turque pour lequel Chehou Oussoumanou travaille, est désormais présente dans de nombreux pays africains : "Nous faisons venir en Turquie des patients africains qui ne sont pas susceptibles d’être soignés en Afrique, pour de la neurochirurgie, une greffe de moelle osseuse ou une transplantation d’organes, par exemple… Ces spécialités n’existent pas encore en Afrique. Nous proposons aussi des formations aux médecins locaux." Le groupe a également pour projet de développer un système ambulancier d'urgence semblable au système turc au Cameroun, avant la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019.

Emmanuel Ngaha, un étudiant camerounais installé en Turquie depuis 2012, se veut témoin de ce développement entre son continent d’origine et son pays d’adoption, grâce à sa plate-forme Mandjibo : "Je l’ai appelée ainsi, du nom du village de mon grand-père au Cameroun, qui me disait que pour observer quelqu'un il faut aller à côté de lui, explique-t-il. C’est un blog sur lequel j'écris des nouvelles sur le business entre l'Afrique et la Turquie, où je publie des interviews avec des entrepreneurs africains en Turquie. J’écris des reportages et articles. En fait, j'essaye de donner l’information utile à l'entrepreneur africain qui vient en Turquie et à l'entrepreneur turc qui vient en Afrique." Emmanuel Ngaha prépare aussi un livre sur la pénétration du marché africain par les entreprises turques.

Reflet des échanges en expansion : la Turquie ne comptait que 12 ambassades en 2008 sur le contient, contre 39 aujourd’hui. Les ambassades africaines, elles, sont au nombre de 32 en Turquie.

De son côté, lepetitjournal.com d'Istanbul s'est engagé à organiser de nouvelles occasions de prolonger cette première rencontre, afin que la francophonie prenne toute sa place dans le développement des échanges économiques et commerciaux entre l’Afrique et la Turquie.

Istanbul (http://lepetitjournal.com/istanbul) lundi 20 mars 2017

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