Istanbul

SOLIDARITE – A Istanbul, les réfugiées syriennes prennent leur destin en main

Depuis septembre dernier, une poignée de volontaires de l'association Small Projects Istanbul (SPI) offrent leur temps et leurs compétences pour venir en aide à des Syriens réfugiés en Turquie. Des cours de langues (anglais, turc, arabe et allemand) sont dispensés gratuitement, et des ateliers d'activités manuelles sont mis en place.

Au loin, un bourdonnement. En s'approchant d'un petit local estampillé d'un olivier rouge, en plein cœur de Fatih à Istanbul, on est accueilli par une ribambelle d'enfants brandissant pièces de puzzle, xylophones bariolés et autres cordes à sauter;

"Welcome, hoşgeldiniz !" Ici, l'anglais se mêle au turc, à l'arabe et parfois au français et à l'allemand. Ahmed, 37 ans, nous reçoit. Avant la guerre qui a ravagé sa belle ville d'Alep, Ahmed travaillait dans le tourisme, et c'est dans un français excellent qu'il nous fait faire le tour du propriétaire. 

Un chaos ordonné

On pénètre dans une petite pièce exiguë où une trentaine de femmes s'affairent autour de machines à coudre. Le martèlement des aiguilles mécaniques se perd dans un brouhaha convivial, et la chaleur étouffante de cette journée d'avril est accentuée par la cinquantaine de réfugiés et de volontaires brassés dans la pièce.

Photo SPI

"Aujourd'hui comme tous les lundis et vendredis, les femmes se réunissent dans ces ateliers manuels. Elles fabriquent des "tote bags", des pochettes en tissus et des bijoux, qui sont ensuite revendus à leur profit, explique Ahmed. L'artisanat a commencé il y a deux ou trois mois. C'est une activité essentielle pour socialiser entre femmes réfugiées."

Ainsi réunies, SPI offre un havre à ces femmes, qui se sentent en famille et peuvent se rappeler le temps d'avant la guerre, ou partager leurs projets d'avenir. Leurs créations sont vendues sur les marchés, par internet avec leurs partenaires Twelv12et Drop Earrings Not Bombs, au Grand Bazar ou dans certaines boutiques stambouliotes, et les bénéfices sont convertis en coupons alimentaires d'une valeur de 300 liras (100 euros) distribués à chaque famille tous les mois.

Priorité à l'éducation

SPI reçoit régulièrement des dons en nourriture, en vêtements et en matériel pour bébé, et bien que ces dons soient toujours appréciables, ce n'est pas le but premier de l'association, rappelle Ahmed.

Karen Thomas, une Australienne au caractère bien trempé, travaillait dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie jusqu'en 2013, lorsque les combats se sont intensifiés. Comme beaucoup de ses proches, elle est arrivée à Istanbul, où elle a continué son travail, mais cette fois auprès d'anciens compatriotes syriens.

"Lorsque Karen a lancé SPI en août dernier, elle voulait répondre à la demande de proches syriennes pour qui la priorité était de rescolariser leurs enfants, précise Anna Tuson, responsable des projets à SPI. Nous avons donc créé des cours de turc pour que les enfants puissent intégrer les écoles primaires, puis au fur et à mesure des demandes, nous avons développé des cours d'anglais, d'arabe et d'allemand."

Les ateliers manuels se sont développés par la suite. "Ils permettent non seulement à ces femmes de socialiser, mais aussi d'acquérir des compétences comme la couture ou la fabrication de bijoux sophistiqués, renchérit Anna Tuson. Il est également essentiel pour elles de gagner l'argent qu'elles reçoivent chaque mois. Le travail leur redonne une valeur que l'exil leur avait dérobé. Elles contribuent ici à la vie de leur famille."

Victime de son succès

En seulement quelques mois, l'association a doublé de volume. "Aujourd'hui, nous comptons 70 volontaires qui se relaient pour dispenser les cours ou s'occuper des enfants, se réjouit Anna. Et chaque semaine, nous devons refuser des candidatures, malheureusement. Les seules candidatures qui nous manqueraient seraient des personnes capables d'enseigner la musique aux enfants, ou des arabophones?"

Le local est également devenu trop petit pour accueillir autant de volontaires et de réfugiés. La semaine prochaine, toute l'équipe déménagera à quelques centaines de mètres dans un local cinq fois plus grand et mieux adapté aux nouveaux besoins de l'association. L'occasion pour la chorale Istanbul Mozaïc Oriental Choir d'organiser samedi 16 avril un concert au Zübeyde Hanım Kültür Merkezi pour lever des fonds en faveur de SPI. 

Pour en savoir plus sur les créations manuelles, cliquez ici.

Pour faire un don, c'est par ici !

Détails du concert sur leur page facebook

50tl plein tarif / 30tl tarif étudiant

 

Aline Joubert (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 14 avril 2016

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