Istanbul

ÖZGECAN - Le viol et le meurtre d'une étudiante bouleversent la Turquie

Le viol d’une étudiante, suivi de son meurtre brutal, a ému la Turquie en fin de semaine. Disparue depuis mercredi, le corps de la jeune femme de 20 ans a été retrouvé brûlé vendredi. Une découverte macabre qui relance le débat sur les violences subies par les femmes en Turquie.

Ce vendredi 13 février, le corps d’Özgecan Aslan a été retrouvé en partie brûlé, deux jours après le signalement de sa disparition, le mercredi 11 février. L’étudiante en psychologie, âgée de 20 ans et originaire de Mersin, dans le sud-est de la Turquie, aurait été battue à mort alors qu’elle se défendait du viol dont elle était victime.

Le principal suspect S.A., 26 ans, est le chauffeur du minibus qui devait la ramener chez elle, après une après-midi de shopping avec une amie. Selon les déclarations du suspect récoltées en garde à vue et publiées par la presse turque, alors qu’Özgecan Aslan était la dernière passagère du minibus, le chauffeur aurait dévié de sa route avant de s’arrêter pour la violer dans un endroit reculé. La jeune femme se serait débattue et aurait sorti de son sac un spray de gaz lacrymogène. L’agresseur aurait alors saisi un couteau, poignardant sa victime avant de la frapper à la tête avec un pied-de-biche, à plusieurs reprises.

Le père du chauffeur ainsi qu’un ami sont suspectés de complicité. Ils auraient conseillé au meurtrier de brûler le corps pour se débarrasser des preuves. Au cours de son audition, S.A. a également raconté avoir coupé les deux mains de la jeune femme “pour ne pas laisser de traces ADN”. La jeune femme, dans sa lutte contre son agresseur, l’aurait en effet griffé au visage.

Le corps - difficilement identifiable - a été retrouvé sur les indications de S.A. L’amie d'Özgecan Aslan, qui avait passé la journée avec elle, n’a pu l’identifier mais aurait reconnu les vêtements que cette dernière portait le jour de sa disparition.

Une vague d’émotion nationale

L’annonce de ce drame a déclenché une vague d’émotion et d’indignation en Turquie, de la rue aux plus hautes instances de la République, en passant par les réseaux sociaux qui ont vu apparaître ce week-end le hashtag #ÖzgecanAslan, repris plus de deux millions de fois, selon le site d’analyse Topsy. Le président, Recep Tayyip Erdoğan, et sa femme ont appelé la famille de la victime pour leur présenter leurs condoléances et condamner le meurtre. Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a également joint la famille par téléphone et leur a promis que “tout serait fait pour punir de manière appropriée les meurtriers de cette attaque haineuse” avant d’annoncer, au cours d’un congrès de l’AKP (Parti de la Justice et du Développement, au pouvoir) à Antalya, “une mobilisation totale pour éradiquer la violence contre les femmes”, rapporte le quotidien Radikal. La ministre de la Famille et des Politiques sociales, Ayşenur İslam, s'est rendue dimanche à Mersin auprès de la famille d'Özgecan, avant d'être huée par une partie de la foule, qui criait "Nous voulons la peine de mort".

Selon le quotidien Daily Sabah, des célébrités turques parmi lesquelles Demet Akalın, Gökhan Özen, et des acteurs et actrices turques incluant Nejat İşler, Beren Saat, Pınar Altuğ, Oya Aydoğan et Sedef Avcı ont aussi réagi sur les réseaux sociaux et apporté leur soutien à la famille. Les joueurs d’une équipe de football locale, Mersin İdman Yurdu, ont porté, lors d’un match joué ce dimanche, des photos d’Özgecan Aslan ainsi que des messages de soutien sur leurs t-shirts.

Forte mobilisation des femmes

Samedi, jour des funérailles, alors que l’imam avait demandé aux femmes de rester en recul, ces dernières l’ont défié en portant le cercueil d’Özgecan Aslan avant et après la prière et en restant aux premiers rangs au cours de cette dernière, rapporte le quotidien Hürriyet Daily News.

Dans les rues, des milliers de femmes se sont mobilisées ce week-end à Istanbul, Ankara et à Mersin, entre autres villes. A Istanbul, Gülsüm Kav, de la plateforme “Nous mettrons fin aux meurtres des femmes” (Kadın Cinayetlerini Durduracağız), a réclamé un accroissement des peines pour les violences faites aux femmes. “Le meurtre des femmes n’est pas un désastre naturel” a-t-elle déclaré au cours de la manifestation, avant d’ajouter que “les politiciens devraient condamner les meurtres et les punitions devraient être renforcées. Ce ne sont pas des choses difficiles à faire mais elles n’ont pas été faites depuis des années”.

Sur Twitter, une campagne virale portée par le mot-clé #sendeanlat (“raconte toi aussi”) encourage les femmes à raconter les humiliations et violences qu’elles ont subies parce que femmes.

L’émotion laisse place à la colère

Tandis que les avocats du barreau de Mersin ont annoncé qu’aucun d’entre eux ne s’occuperait de la défense des suspects, colère et incompréhension ont dominé les funérailles de la jeune étudiante. “Je veux que ceux qui ont tué une fille innocente subissent un sort pire que celui subi par ma fille” a réclamé la mère de la victime avant d’ajouter “qu’ils devraient être exécutés, ils devraient être torturés. Özgecan avait un grand cœur, elle travaillait dur, aidait tout le monde. Je ne peux pas accepter qu’elle ait été massacrée alors qu’elle prenait un bus pour rentrer à la maison. Est-ce que la seule erreur de ma fille a été de monter dans un minibus pour rentrer à la maison ?”, rapporte le quotidien Hürriyet Daily News.

Face aux élans de colère et d’émotion, le ministre de l’Economie, Nihat Zeybekçi, a réclamé sur son compte Twitter le retour de la peine de mort (abolie en 2002) et une pétition sur Change.org a déjà réuni près 570.000 signatures afin que soit appliqué “la plus lourde peine pour les monstres qui ont violé et brûlé Özgecan Aslan”.

La violence à l’encontre des femmes est un problème chronique en Turquie. A l’occasion des manifestations, la photo d’Özgecan Aslan était entourée de photos d’autres femmes mortes sous les coups. Selon un décompte associatif, 294 femmes sont mortes suite à des violences en 2014, contre 228 l’année précédente. Une commission parlementaire est actuellement à l’œuvre pour proposer des moyens de lutte contre ce fléau. Elle devra rendre son rapport d’ici trois mois.

Dorine Goth (www.lepetitjournal.com/istanbul) dimanche 15 février 2015

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