Istanbul

ÉLECTIONS CONSULAIRES – Rencontre avec la liste "Français de Turquie - Citoyens et solidaires"

Le 25 mai prochain se tiendront les élections des conseillers consulaires français de Turquie. Lepetitjournal.com d’Istanbul se propose de vous présenter, tout au long de la semaine, chacune des quatre listes en lice. Rencontre aujourd’hui avec Marie-Rose Koro et Jean-Nicolas Lefilleul, tête de liste et second de la liste de gauche "Français de Turquie - Citoyens et solidaires".

Lepetitjournal.com d’Istanbul : Qui êtes-vous ?

Marie-Rose Koro : Je vis à Istanbul depuis 2006 et j’ai une longue histoire avec la Turquie puisque j’ai été mariée à un citoyen turc pendant 15 ans et que je suis la mère d’un enfant binational. Je suis actuellement directrice pédagogique d’une école d’hôtellerie et de tourisme à Istanbul et je suis engagée dans la vie publique. Je suis la secrétaire de section du Parti socialiste en Turquie. Avant de venir en Turquie, j’ai été conseillère régionale pour deux mandats en Normandie et à ce titre membre du Conseil de l’Europe.

De gauche à droite : Marie-Rose Koro, Jean Nicolas Lefilleul et Ahmet Kiraz (photo SB)

Jean-Nicolas Lefilleul : Je suis arrivé en 1998, de Bulgarie. J’ai travaillé à l’Université Galatasaray comme professeur au département de français pendant 11 ans, puis j’ai eu l’opportunité de travailler pour l’école maternelle Petit Génie dont je suis le directeur depuis 2010. Mon fils a fait toute sa scolarité au collège puis au lycée Pierre Loti, ce qui m’a donné l’occasion de travailler au sein du comité du lycée comme secrétaire puis vice-président. Je suis donc assez au fait de ce qui peut se passer au sein de cet établissement. J’ai été aussi président de l’ADFE (Association démocratique des Français de l’étranger), créée en 1981 et qui travaille pour défendre les idées de la gauche auprès des Français qui résident à l’étranger. Je suis aussi bénévole au sein du comité de sécurité de l’Ambassade de France, comme adjoint au chef d’îlot pour le quartier de Beyoğlu où résident plus de 500 Français. Fort de cette expérience au contact de la communauté française, j’ai accepté de rejoindre la liste de Marie-Rose Koro car j’ai pensé pouvoir y être utile.

Pouvez-vous nous expliquer, avec vos propres mots, à quoi serviront les conseillers consulaires ? Qu’est-ce qu’ils apporteront concrètement aux Français de l’étranger ? D’autant qu’il existe déjà, depuis deux ans, des députés des Français de l’étranger…

MRK : Ils vont apporter ce qui manquait jusqu’à présent, c’est-à-dire une représentation des Français de l’étranger au niveau local. La Turquie va disposer de trois conseillers alors qu’auparavant elle était représentée à l’Assemblée des Français de l’étranger par des élus de la zone Grèce-Turquie-Chypre qui étaient tous localisés à Athènes. Il y aura donc cette fois une véritable relation de proximité avec les citoyens et l’administration française en Turquie. Les Conseillers consulaires seront aussi grands électeurs pour les élections sénatoriales. Les 12 sénateurs des Français de l’étranger n’étaient auparavant élus que par 155 grands électeurs, ce qui était selon moi bien trop peu. Désormais, il y aura 522 grands électeurs dont 423 conseillers consulaires. Les sénateurs seront plus légitimes car le corps électoral qui les aura élus sera plus large, plus représentatif.

Plus concrètement, les conseillers consulaires seront les porte-paroles de leurs compatriotes dans les diverses commissions consulaires : bourses, sécurité, aide sociale, formation professionnelle et pourront intervenir auprès de l’Ambassade sur tous les problèmes que rencontrent au quotidien les Français de Turquie.

JNL : Les conseillers consulaires auront aussi vocation à s’exprimer de manière plus politique – dans notre cas en défendant l’égalité des droits, la solidarité et la justice sociale - auprès des autorités diplomatiques pour gérer les problèmes de la communauté. Ils pourront aussi prendre des initiatives. Par exemple en matière d’enseignement lorsque des enfants n’ont pas accès aux lycées français. Il s’agira de recenser les cas de ce type, d’étudier la possibilité de regrouper ces enfants et de mettre en place des cours permettant de maintenir un lien avec la langue et la culture françaises. Nous avons déjà reçu plusieurs demandes de ce type et nous commençons à les étudier.

Pourquoi avoir choisi de vous présenter, qui plus est comme tête de liste ?

MRK : Je me présente car je crois que les citoyens doivent s’engager. On a la possibilité avec cette élection de faire entendre notre voix, de prendre part à la gestion de dossiers. Je crois que c’est important, en tant que citoyenne, que militante et en tant que femme de gauche, de s’impliquer dans la vie publique. La politique est présente dans tous les gestes de la vie quotidienne. Il y a aussi un côté social, je veux rendre service aux citoyens et me mettre à leur disposition. J’ai par ailleurs été élue par la section locale du Parti socialiste pour me présenter en tant que tête de liste.

Quelle est la sensibilité politique de votre liste ? Etait-il d’ailleurs nécessaire qu’elle en ait une ?

MRK : Nous avons le soutien du Parti socialiste et également d’Europe Écologie Les Verts, ce que je trouve important dans un pays où l’environnement n’est pas encore véritablement un sujet central. Nous envisageons d’ailleurs d’organiser des rencontres sur ce sujet avec les acteurs turcs et français de la société civile comme nous l’avons fait récemment à propos de la situation politique en Turquie.

Nous sommes aussi soutenus par le Mouvement républicain et citoyen et le Parti radical de gauche, et le Parti socialiste européen. Nous avons donc essayé de rassembler le plus largement possible les forces de gauche afin de proposer un choix sans ambigüité aux électeurs.

JNL : Une orientation politique claire – en l’occurrence l’union la plus large à gauche - me paraît nécessaire dans la mesure où les conseillers consulaires seront amenés à élire nos sénateurs, geste par lequel ils vont défendre des idées politiques. Nous disons clairement qui nous sommes et nous ne demandons pas un chèque en blanc aux électeurs que les futurs conseillers consulaires représenteront et au nom de qui ils voteront.

Qui sont les autres membres de votre liste ?

MRK : Il y a Mine Kırıkkanat, native d’Ankara, journaliste et écrivaine très engagée au service de la démocratie en Turquie, Ahmet Kiraz, avocat originaire d’Elbistan, de retour en Turquie depuis quatre ans, Françoise Bilgin, enseignante à la retraite qui vit à Izmir et enfin Jérôme Bastion, correspondant de la presse audiovisuelle française en Turquie et au Moyen-Orient. Tous sont impliqués dans la vie de la communauté française en Turquie et défendent des valeurs de gauche. J’ajouterai que comme moi-même, ils sont parents d’enfants franco-turcs et sont donc très attentifs aux questions d’éducation et de droits des citoyens binationaux.

Quels sont, selon vous, les principaux points à améliorer dans les politiques conduites pour les Français de l’étranger ?

MRK : Il y a incontestablement beaucoup de choses. Au niveau de l’éducation d’abord, il faut pouvoir assurer un enseignement de qualité hors de nos frontières. L’AEFE, l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger, avance à budget constant. Nous sommes même en capacité de créer des écoles dans certains pays du monde. Mais, de toute évidence, les frais de scolarité sont devenus excessifs. La sénatrice Claudine Lepage a été chargée d’une mission sur cette question et nous l’alerterons sur la situation en Turquie. Quant aux bourses, il faut qu’elles bénéficient au plus grand nombre avec une véritable exigence de justice sociale. La réforme de l’année dernière a ouvert les plafonds et c’est une bonne chose. Mais il faut veiller à l’objectivité des critères d’attribution.

JNL : Nous pouvons nous réjouir d’avoir un très bon système d’enseignement du français pour les expatriés et également pour les locaux, partout dans le monde. Mais cet enseignement a un coût. La plupart des établissements sont conventionnés par l’AEFE mais ce sont les établissements qui paient leurs enseignants, d’où des droits de scolarité importants. Le système des bourses a été mis en place pour faire face à ces problèmes mais ne peut apporter des réponses à tous les problèmes. Les conseillers consulaires devront suivre de près ces dossiers en particulier pour accompagner les familles dans la durée. Il y a aussi un problème de capacité d’accueil des établissements.

MKR : Le statut des enseignants est également un point important pour maintenir un enseignement de qualité non seulement dans le système français mais aussi dans les établissements francophones, je pense en particulier à Galatasaray. Nous soutiendrons leurs revendications dans une perspective d’égalité des droits.

Y a-t-il des propositions, des projets particuliers que vous mettrez en avant si vous êtes élu ?

MKR : La première mission des conseillers consulaires sera d’améliorer la diffusion des informations sur les droits des Français de Turquie. Je suis par exemple convaincue que beaucoup de nos compatriotes en situation de précarité ignorent leurs droits en matière d’aide sociale. Il y a également des clarifications à apporter sur la fiscalité. Il faudra faire en sorte d’obtenir des réponses claires des administrations concernées quant aux règles applicables en Turquie et agir face aux menaces de double imposition.

JNL : En Turquie, la sécurité est aussi un sujet important. Le pays est dans une zone instable. La situation intérieure engendre aussi un certain nombre de préoccupations, avec des manifestations considérables et des crises à gérer. Il y a enfin des questions propres à la situation géographique de la Turquie, qui est sur une zone sismique. Il faut être constamment en alerte et pourtant, on parle peu de ce problème et quand on est installé depuis longtemps en Turquie, on a un peu tendance à l’oublier. Ce sera aussi le rôle des conseillers consulaires de rappeler à la population qu’elle doit prendre des précautions par rapport à ce risque majeur. L’Ambassade et le ministère des Affaires étrangères ont des cellules de crises qui s’appuient sur des volontaires répartis en îlots, chargés de faire la liaison entre les résidents et l’administration. En tant qu’adjoint au chef d’îlot de Beyoğlu et que directeur d’école, je suis très attentif aux questions de sécurité.

Les électeurs français à l’étranger sont des “abstentionnistes notoires”. Pour quelles raisons, selon vous ? Et que souhaitez-vous dire pour les mobiliser davantage lors de cette élection ?

MRK : C’est peut-être le cœur du problème des élus français à l’étranger, c’est-à-dire de maintenir un intérêt pour ces élections, à travers un lien avec la mère patrie. Celui qui va voter est celui qui se sent concerné par la gestion de la cité. Plus le lien avec la France, et ce qu’elle fait à l’étranger, est distendu, plus il y a d’abstention. Il faut donc maintenir une proximité avec la France en étant à la disposition des gens, à leur écoute et en les informant sur leurs droits mais aussi sur leurs devoirs. Les conseillers consulaires devront représenter ce lien entre l’administration et la communauté française.

JNL : Les Français de l’étranger auront dorénavant des élus qu’ils pourront clairement identifier. Ce sera, je l’espère, une motivation supplémentaire pour qu’ils aillent voter.

MRK : Nous avons voulu ces représentants des Français à l’étranger, donc c’est maintenant à nous de prendre le pari qu’ils vont être utiles, en rétablissant un lien démocratique. Il s’agit pour nous d’être au service de nos compatriotes, c’est ainsi que nous envisageons le rôle de conseiller.

Propos recueillis par Sarah Baqué (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 6 mai 2014

(RE)LIRE: ÉLECTIONS CONSULAIRES - Qu'est-ce-que c'est ? Comment ça marche?

 

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