Istanbul

MUNICIPALES 2014 – Premier candidat ouvertement homosexuel, Can Çavuşoğlu estime que “la Turquie est prête”

Can Çavuşoğlu, 43 ans, est en campagne pour devenir le premier maire ouvertement homosexuel de Turquie. Candidat indépendant dans une petite ville de la mer Noire, Bulancak (province de Giresun), il espère être élu en mars 2014. Lepetitjournal.com d'Istanbul l'a joint aux Etats-Unis, où il vit depuis trois ans et demi.

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Vous êtes le premier en Turquie à vous présenter à une élection tout en revendiquant votre homosexualité. La décision a-t-elle été difficile à prendre ?

Can Çavuşoğlu (photo personnelle): Non car je n'ai jamais caché mon homosexualité. A partir du moment où j'ai officialisé ma candidature sur les réseaux sociaux, j'ai reçu énormément de messages et j'ai vu qu'on parlait de moi dans tous les médias, sur Twitter, sur Facebook. Afficher mon homosexualité, c'est une façon d'être transparent, honnête. Je ne suis lié à aucun parti politique, à aucune communauté, je me présente tel que je suis. L'important, pour moi, n'est pas d'être élu ou pas. Je suis déjà comblé par le nombre de réactions positives que j'ai reçues de Van, d'Erzurum, de Diyarbakır, d'Antalya, de Konya, d'Istanbul, des Pays-Bas, de France, des Etats-Unis, du Canada... jusqu'au Venezuela ! Cela me donne une motivation incroyable.

Il faut tout de même du courage pour être candidat et ouvertement homosexuel, non ?

Je pense que ce que je fais est important pour la Turquie. Cela peut être moi ou un autre, peu importe. Mais je crois que la Turquie est prête pour ce genre de candidature. L'intérêt des médias le prouve, les félicitations que je reçois... Je ne dis pas que je ne reçois pas de critiques, ni de menaces. Certains m'ont clairement déconseillé de mettre un pied à Giresun... Mais ce qui compte, c'est que la société turque en débatte. C'est ma plus grande victoire. Certes, je suis loin, c'est un avantage. Mais j'ai quand même dû affronter un tsunami de réactions, de menaces et de haine. J'espère que ces gens ont déversé leur haine et que si d'autres homosexuels se présentent après moi, ils n'auront pas à revivre la même chose.

Vous comptez rentrer en Turquie pour faire campagne ?

J'envisage de venir en janvier mais ce n'est pas encore sûr. Ma stratégie, c'est de procéder étape par étape.

Et en cas de retour, vous ne craignez pas ces réactions négatives que, jusqu'à aujourd'hui, vous n'avez eu à gérer que de loin ?

Je mentirais si je disais que je n'ai pas peur. Je suis inquiet mais je me suis lancé en connaissance de cause. Et je pense que ceux qui me sont réticents changeront d'avis après m'avoir serré la main.

Vous vivez aux Etats-Unis, vous travaillez dans l'importation de bijoux en argent. Pourquoi vous présenter à une élection municipale en Turquie et pourquoi Bulancak ?

J'ai beaucoup voyagé dans ma vie professionnelle. Bulancak est un endroit que j'aime, où je connais beaucoup de monde. Un endroit où je me vois vivre. Je suis donc membre sur Facebook de plusieurs groupes en rapport avec la ville et la région. Ces derniers mois, j'ai vu sur Facebook que des personnes se portaient candidates à la mairie de Bulancak. Je me suis dit : “Pourquoi pas moi ?” Légalement, rien ne m'en empêche. Et si cela ne fonctionne pas cette fois, je me représenterai dans quatre ans. Pourquoi Bulancak plutôt qu'une ville de la province d'Izmir ou d'Antalya? J'aime les défis et j'ai confiance en moi.

Vous pensez avoir des chances de gagner ?

Je suis sûr qu'à Bulancak, je suis capable de rassembler entre 3 et 5% des voix. Evidemment, cela ne suffit pas pour être élu. Mais encore une fois, ce n'est pas ce qui compte. Ce qui compte, c'est que je suis candidat et que je suis sûr que des gens voteront pour moi.

Vous promettez de faire de Bulancak un “petit Miami”. Que voulez-vous dire ?

C'est une sorte de défi lancé à mes rivaux. Leurs stratégies de campagne sont tellement simplistes... Ils promettent des routes, des arbres... Bulancak est une ville de 60.000 habitants dont l'économie repose à 80% sur la noisette. Les noisettes de Giresun sont les meilleures du monde mais cette dépendance est très risquée. Il suffit d'une saison de gel pour que 80% des revenus soient anéantis. Les 20% qui restent reposent sur l'élevage, qui ne se porte pas très bien. Nous avons besoin de développer des ressources alternatives et de développer le tourisme. Je veux aussi parler d'agriculture écologique, d'énergie éolienne, de recyclage des déchets, de l'ouverture d'un foyer pour femmes battues, d'une centre éducatif pour les enfants autistes, du développement d'une vie culturelle et artistique...

Comptez-vous aussi défendre en particulier les droits des LBGT (lesbiennes, bisexuels, gays et trans)en Turquie ?

Bien sûr. Je déplore d'ailleurs que le paquet de démocratisation récemment dévoilé par le Premier ministre, et qui prévoit des sanctions plus lourdes contre les discriminations et les crimes de haine, ne comporte rien sur l'orientation sexuelle. Il y a un vide juridique sur les LGBT en Turquie. Des homosexuels perdent encore leur emploi en toute impunité, y compris dans le secteur public, parce qu'ils sont homosexuels. Je défendrai les droits des LGBT comme je défendrai les droits de tous, les droits de l'Homme. Je pense qu'il faut investir de gros efforts dans l'éducation des gens. Pourquoi ne pas organiser dans toutes les provinces des séminaires contre l'homophobie ? Que je le veuille ou non, par ma candidature et cette médiatisation, je me dois d'être un porte-parole de tous ceux dont les droits sont bafoués.

Propos recueillis par Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 25 octobre 2013

 

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