Istanbul

DÉCOUVERTE – Connaissez-vous le cirit, jeu traditionnel turc ?

Le cirit, jeu équestre traditionnel originaire d’Anatolie,est présenté lors de mariages, parfois aussi lors de fêtes de circoncision. Amené d’Asie Centrale par les ancêtres, il a souvent été décrit comme un jeu de guerre tels les combats de joute qui avaient lieu au Moyen-Âge alors qu’en fait, il s'agit d'un jeu de paix dont le fondement principal est le pardon.

A Kağıthane, arrondissement d'Istanbul peu connu et peu fréquenté du grand public et des touristes, le cirit est une tradition bien ancrée depuis l’Empire ottoman jusqu’au début du 20ème siècle. Le palais du sultan abritait des équipes qui s’exhibaient selon la saison, soit à Kağıthane sur les lieux de promenade et de loisirs situés le long de la rivière, en l'occurrence le secteur de Hasbahçe, ou dans le quartier voisin de Bahariye. Parfois, des délégations étrangères participaient aux tournois officiels. Les lieux les plus importants d’Istanbul pour la présentation de tournois de cirit étaient la place de l’Hippodrome à Sultanahmet et Kağıthane.

A partir du 20ème siècle, le jeu n’a plus cours à Istanbul et tombe dans l’oubli. En Anatolie, il est encore présenté jusque dans les années 1960 lors de mariages, puis de plus en plus oublié aussi, les cavaliers ayant pour la plupart quitté la campagne. Dans quelques villes telle Erzurum, des clubs sportifs équestres ont néanmoins continué à faire vivre ce jeu.

Photos NR

Grâce à la volonté et aux efforts de Hüseyin Irmak, ancien journaliste, photographe, écrivain et historien devenu responsable de presse à la mairie de Kağıthane qui a de suite soutenu le projet, la première représentation de cirit a eu lieu en 1995. Le désir est important, tant de la part du prénommé que de la municipalité, de redonner vie à ces lieux chargés d'histoire que sont les secteurs de Sadabad et Hasbahçe.

Règles du jeu

A partir de la première présentation, tous les ans, quatre équipes de différentes villes anatoliennes viennent à la demande de la mairie de Kağıthane. Le nombre d’équipes souhaitant participer augmente au fil des années et la mairie décide, à partir de 2006, d’inviter les quatre premières équipes du Championnat annuel organisé par la Fédération des Sports Traditionnels.

Ainsi, le 14 mai 2017 - avec un mois d'avance sur le calendrier habituel en raison du mois du Ramadan - des équipes d’Erzurum, Manisa, Uşak et Sivas, composées chacune de sept cavaliers,  sont venues à Istanbul pour la présentation annuelle. Il existe des équipes féminines (notamment à Uşak) et certaines ont déjà participé à cette traditionnelle rencontre à Istanbul.

Le javelot, en bois de sapin, de charme ou de chêne, mesure 110 cm. Pour ne pas constituer de danger, la partie avant est plus épaisse (3,5 cm de diamètre) que l’arrière (2 cm de diamètre) et équipée d'un embout en plastique afin de ne pas blesser l'adversaire.

La partie est composée de deux mi-temps de 40 minutes et comme dans les autres jeux ou sports d'équipe, on inverse les places après la pause. A tour de rôle, un joueur de chaque camp sort de son aire d'attente appelée “but” et se dirige vers la partie adverse où il choisit celui sur qui il va lancer son javelot. Aussitôt fait, un cavalier de l’autre camp sort et se met à la poursuite de l’adversaire venu de son côté pour à son tour lancer le javelot sur lui ou essayer d'atteindre un autre rival.

L’objectif est de marquer le plus de points. Le lanceur qui touche l’adversaire marque 4 points ; si l'adversaire est épargné – considéré comme un pardon - par le joueur, ce dernier gagne aussi 4 points. Si la partie adverse attrape le bâton au vol ou à terre, elle marque 2 points.

L'adresse consiste ainsi à éviter le javelot, à poursuivre le rival, à arrêter son cheval au galop, ou à se baisser assez sans quitter la selle pour ramasser le javelot à terre ou l'attraper au vol, prouesse chaudement applaudie par le public.

Des points peuvent être retirés par exemple si un second cavalier rentre en même temps sur le terrain. Si le lanceur dépasse 40 secondes pour traverser la piste, il doit retourner à sa place et laisser la place à un autre joueur. Il existe ainsi toute une liste de points et de sanctions selon les résultats ou les erreurs commises.

Cirit noir

Les chevaux atteignent 70 à 80 km/h en vitesse de pointe et sont mis à contribution de façon impressionnante, tout comme les cavaliers d'ailleurs. Les présentations ont lieu au son du tambour et du zurna, sorte de clarinette traditionnelle comme lors des combats de lutte à l'huile, également une discipline ancienne présentée tous les ans à Kağıthane depuis 1993.        

Lorsque les matchs sont terminés, on tire au sort quelles sont les deux équipes qui vont se rencontrer lors du cirit noir - kara cirit -, le jeu le plus plaisant car il ne comporte pas de règles. Dimanche passé à Kağıthane, ce sont plusieurs cavaliers des quatre équipes qui ont clôturé la présentation en occupant l'espace et fait voler les javelots... ainsi que le sable.

Selahattin Altay d'Erzurum et Rıza Altınova d'Erzincan étaient les deux arbitres du jour. Lors des compétitions officielles au sein de la Fédération, ils sont au nombre de sept (l'arbitre principal, l'adjoint et les juges de touche) afin de pouvoir suivre de près sur le terrain les cavaliers. Mais là, s'agissant d'une présentation sans enjeu si ce n'est le plaisir de jouer, deux suffisaient.

Selahattin est un ancien joueur professionnel de football mais n'a jamais pratiqué le cirit. Il a contribué à la création d'un club sportif équestre et y travaille depuis une vingtaine d'années. Il a été élu Président du Comité de la Fédération. Riza, Président-Adjoint, a, quant à lui, commencé le cirit à l'âge de 18 ans et l'a pratiqué durant 45 années, inspiré par son grand-père qui en faisait. C'est le goût de faire perdurer les traditions ancestrales qui les ont tous deux poussés à se rapprocher de cette pratique, chacun à sa manière.

La Fédération turque a été créée en 1991 et est devenue officielle en 1996 avec, comme il se doit, l'instauration de règles, l’instauration et la formation d'arbitres. Auparavant, rien de tout cela n’existait, c'était le peuple qui décidait. Il existe aujourd'hui 105 clubs à travers le pays, plus de 4.000 chevaux et plus de 5.000 cavaliers dans 21 provinces sur les 81 que compte la Turquie.

Tradition familiale

Nurettin Ceylan fait partie des 7 joueurs venus d'Uşak à Kağıthane. Agé de 25 ans, il virevolte de façon impressionnante sur son cheval avec qui il forme équipe depuis trois ans. Il a commencé à monter à cheval à 11 ans et est licencié comme joueur de cirit depuis l'âge de 15 ans. Il fait également partie de l'équipe nationale de Turquie de cirit qui évolue souvent lors de festivals. Dans sa ville située à mi-chemin entre İzmir et Ankara, il n'y a pas moins de 25 clubs de cirit comprenant certains 12 à 15 membres et l'on recense entre 500 et 600 chevaux à Uşak.

Ce duo homme-animal, dont la fougue est la même, mène une danse extraordinaire où le cheval a appris à connaître le tempérament de son cavalier et vice-versa. Comme pour Riza, le grand-père de Nurettin pratiquait le cirit et a transmis sa passion à son fils et à ses petits-fils, tous joueurs. Le jeune homme souhaite aussi faire perdurer cette tradition ancestrale et, comme les autres membres des clubs, continuer à palpiter et à faire vibrer ceux qui les regarde.

L'objectif de la Fédération est de pouvoir créer des Olympiades. Comme de nos jours, ce jeu n'existe nulle part ailleurs qu'en Turquie, des équipes ont été formées en Ouzbékistan, au Kirghizstan, au Kazakhstan et en Iran et cet art traditionnel qu'est le cirit leur est enseigné. ll reste encore de multiples obstacles à surmonter au niveau de la bureaucratie pour que ce  jeu traditionnel puisse devenir un sport reconnu en tant que tel.

 



Nathalie Ritzmann (http://lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 17 mai 2017

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