Jacques Tournebize a effectué sa première expatriation pour diriger à Athènes la Geniki Bank, la nouvelle filiale acquise par le Groupe Société Générale. Dans son entretien au Petit Journal, il évoque le contexte de l’expatriation, le défi de la direction d’une banque et le marché bancaire grec

Jacques Tournebize (Photo LPJ)


LPJ- Directeur de la banque de détail hors de France, quel rôle avez-vous joué dans la préparation du rachat de la Geniki par la Société Générale ?
Jacques Tournebize.-
J’ai supervisé cette acquisition qui nous permettait de compléter notre réseau dans le Sud Est de l’Europe. La stratégie de la Société Générale est d’acquérir la majorité du capital d’une banque, or seule la Geniki offrait une telle opportunité en Grèce.

LPJ- Quelles étaient vos motivations quand vous avez décidé d’accepter le poste de directeur général de la Geniki Bank ?
Jacques Tournebize.-
D’abord cela m’a été demandé par la Société Générale, ensuite je trouve que la Grèce est un marché bancaire très intéressant. Je pense qu’il y a un très beau challenge à relever sur ce marché porteur.

LPJ- Quelles difficultés présente une expatriation ?
Jacques Tournebize.-
Il est important que l’expatriation soit une réussite pour un couple. Pour la personne qui travaille dans le couple, les occupations professionnelles lui permettent de s’insérer dans la vie locale. Or il faut que l’autre membre du couple puisse aussi exister. Mon épouse a dû quitter son travail pour me suivre, heureusement nous habitons dans le centre et cela lui permet de suivre la riche vie culturelle d’Athènes.

LPJ- Combien de cadres français se sont expatriés en Grèce dans le cadre de cet investissement ?
Jacques Tournebize.- Quinze cadres se sont expatriés. Il y a un responsable des risques, du marketing, des finances, de la formation, de l’inspection de la banque… Dans un premier temps, il faut transformer les méthodes et les esprits. Il faut donc envoyer des gens qui puissent jouer le rôle de formateurs et apporter d’autres pratiques. Ensuite ces cadres rentrent en France ou repartent dans d’autres pays pour faire le même travail et on recrute des locaux pour mener ces activités. En général, les gens s’expatrient dans un pays pour deux ou quatre ans, la durée de l’expatriation du directeur d’une banque étant plus longue.

LPJ- Comment êtes-vous parvenu à définir une stratégie et une tactique
communes avec des cadres grecs de la banque ?

Jacques Tournebize.- Nous sommes venus en Grèce avec un esprit de formateurs et une méthodologie de gestion de projet. La reprise d’une banque c’est une multitude de petits projets. Nous en suivons 87 en parallèle et, pour chacun, il y a un responsable et une équipe composée de cadres grecs. Ils ont un but à atteindre et doivent déterminer des moyens pour y parvenir. L’anglais est malheureusement notre langue de travail car il y a plus de cadres grecs qui parlent anglais que français et puis cela nous permet d’être tous sur un pied d’égalité, la difficulté à travailler dans une langue qui n’est pas la nôtre étant la même pour tous. Les outils de management sont donc en anglais même si pour ce qui concerne les procédures, la banque travaille en grec.

LPJ- Quelles étaient les principales difficultés que vous avez rencontré
lors de la restructuration de la banque ?

 J.T - Nous savions que le portefeuille de prêts de la banque n’était pas bon et que son organisation n’était pas adaptée à une banque modèle. La première difficulté fut d’avoir une bonne connaissance du portefeuille de prêts. L’autre grande difficulté concerne les mentalités, la Grèce étant un pays culturellement partagée entre l’Orient et l’Occident. Cela peut avoir un impact dans le fonctionnement d’une banque car la communication n’est pas la même.
Propos recueillis par Florent Celhay (LPJ Athènes) 27 avril 2006
florent.celhay@lepetitjournal.com
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