SERGI LÓPEZ - "Les Français m´ont adopté"

Par Adélaide Russel, psychologue du réseau Tele-psy
L'expatriation en famille n’est pas sans conséquence sur la question des origines. Je suis français mais je vis en Chine, je parle chinois, je mange chinois, mes amis sont chinois. Alors qui suis-je ?
L’enfant expatrié jongle bien souvent entre sa culture d’origine et une culture d’adoption pour se construire
L’enfance du petit expatrié est forcément différente de celle de ses parents. Aux évolutions inexorables de la société s’ajoute un quotidien autre que celui qu’ils ont connu dans leur propre enfance. Pourtant ce style de vie expatrié ou nomade exige des références culturelles fortes. Exposé à différentes cultures et pratiques de langues, l’enfant a besoin de fondations solides sur lesquelles il va pouvoir se poser pour se construire. Ces repères sont transmis par ses parents. Et plus son contexte de vie est multiculturel (par exemple dans le cas d’un couple mixte qui vit dans un pays tiers) plus l’enfant a besoin d’intégrer des références culturelles familiales claires.
Une part de créativité dans la transmissionDésormais éducation ne rime plus avec transmission rigoureuse et disciplinée des valeurs de sa famille d’origine. La mission des parents contemporains consiste davantage à amener l’enfant à une réalisation de sa vie personnelle en développant au mieux ses capacités. C’est un processus plus individuel et créatif. Le sujet est libre, au regard de son enfance et de son adolescence, de se reconstruire de façon indépendante et de faire le choix de sa vie adulte. L’appropriation subjective de sa vie passe par l’intégration ou le rejet de certains aspects qui fondent sa culture d’origine associés à des valeurs familiales, liées à son éducation dans un pays étranger.
L’enfant se construit au travers d’échanges. Avec son parent qui "se raconte" et lui parle de sa propre enfance, de la culture et de l’ambiance familiale, des diverses traditions, des personnalités marquantes… En partageant des activités : la confection d’une recette de cuisine typique, un jeu de société, des livres et des films dans la langue du parent. Avec ses grands-parents, dont les liens, même à distance, sont de vrais trésors affectifs pour l’enfant. Tous ces échanges contribuent à enrichir sa vie intérieure en le sécurisant sur ses origines et en l’inscrivant dans une histoire familiale, avec des ancêtres, des lieux, des coutumes…
Les voyages dans le pays d’origine du parent sont aussi d’importants marqueurs culturels. Ces moments de partage authentiques rendent l’enfant sensible aux différences de culture familiale entre ses deux parents, quelles soient évidentes dans le cas d’un couple mixte ou plus subtiles dans le cas d’un couple issu de la même culture. Tous ces éléments sur son origine, intégrés comme des points d’appui, entrent ensuite en interrelation avec le quotidien de l’enfant expatrié exposé à des univers culturels variés. Il jonglera avec eux pour se recréer la vie qui ait le plus de sens pour lui.
N’oublions pas ce dicton africain qui dit "il est plus facile de savoir où l’on va si l’on sait d’où l’on vient…"
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