Traverser au rouge: quand la culture s'en mêle

Des piétons traversent une rue devant la station de métro de Shibuya à Tokyo, le 21 juin 2011

La culture détermine en grande partie notre façon de traverser une rue, confirme chiffres à l'appui une étude publiée mercredi: nombre de Français n'hésitent pas à passer au rouge lorsque les Japonais y sont très peu enclins particulièrement en présence d'autre piétons.

Une équipe française de scientifiques a décortiqué le comportement de piétons à la fois à Strasbourg (en trois endroits) et à Nagoya (en quatre endroits). Soit un total de 5.445 traversées de la chaussée.

Ils ont établi qu'en présence d'autres piétons, 41,9% des Français avaient traversé au rouge contre seulement 2,1% des Japonais.

"C'est vraiment la culture qui est différente, la pression sociale. Ce n'est pas parce que la crainte d'avoir un PV serait plus importante au Japon qu'en France. C'est parce que les gens ont peur de la réaction des autres personnes", déclare à l'AFP Cédric Sueur, biologiste CNRS à l'Université de Strasbourg et co-auteur de l'étude.

En 2013, l'équipe de chercheurs, menée par Marie Pelé, spécialiste du comportement animal et humain, s'était déjà penchée sur la façon de traverser des Français et des Japonais, mais lorsqu'ils se trouvaient seuls au passage piéton. Les infractions étaient encore plus nombreuses: 67% des piétons en France et 6,9% des piétons au Japon traversaient illégalement, selon cette première étude. "En présence d'autres personnes, la pression sociale joue dans les deux pays mais elle est beaucoup plus importante au Japon qu'en France", souligne Cédric Sueur. Les infractions baissent de 70% côté japonais et de 37% seulement côté français.

"Le Français est moins dans le respect des règles. C'est son côté libre. Du coup il décide de traverser quand il en a envie". Quitte à prendre des risques. "En France, on se soucie peu du regard social", ajoute Cédric Sueur.

Dans les deux pays, les hommes prennent plus de risques que les femmes quand il s'agit de traverser et ils se décident plus vite: 40,6% commettent des infractions contre 25,7% de femmes, "plus prudentes et plus respectueuses des règles", selon le biologiste. "Mais la différence entre les genres est nettement plus accentuée en France qu'au Japon", dit Cédric Sueur.

L'étude souligne aussi que "de façon surprenante", le nombre d'accidents de la route impliquant des piétons n'est "pas très différent" en France et au Japon." C'est peut-être parce que les conducteurs français savent qu'ils doivent faire davantage attention, les piétons étant imprévisibles. Au Japon, il y a moins de comportements à risques, du coup ils y sont moins préparés", avance Cédric Sueur.

Penser aux différents comportements sociaux et culturels pourrait aider à renforcer la sécurité routière, relève l'étude. Elle suggère par exemple d'installer des signaux sonores aux carrefours pour rappeler aux piétons que le feu est rouge même si d'autres personnes sont déjà en train de traverser.

© 2017 Agence France-Presse
 
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