INDILA – "Si on me proposait de faire l’Eurovision, je refuserais"

En mars dernier, le single Dernière danse a propulsé son album Mini World au sommet des charts. Quatre mois et 261.051 albums vendus plus tard, la secrète Adila Sedraïa, plus connue sous le pseudonyme d’Indila, fait partie de ces artistes qui comptent au sein de la nouvelle scène française. Lepetitjournal.com l’a rencontrée lors du Orange RockCorps à Paris, un concert réunissant un public de bénévoles ayant accordé quatre heures de leur temps à des associations.

Lepetitjournal.com - Voir tous ces jeunes faire la queue devant le Trianon pour venir vous voir chanter, cela doit vous sembler un peu fou, non ?
Indila - Ce projet Orange RockCorps est tout simplement magnifique. On ne peut tarir d’éloges sur ces gens qui participent à cet événement. Le concept est né aux États-Unis et c’est ingénieux d’arriver à faire faire du bénévolat aux jeunes avec la musique. C’est un vrai succès.

Un succès que vous avez connu de manière fulgurante il y a quatre mois. Mais, malgré cela, on ne connaît rien de vous, si ce n’est que vous vous qualifiez d’enfants du monde avec des origines algériennes, cambodgiennes, égyptiennes et indiennes…
Je me dis "enfant du monde" car je veux me présenter autrement que la façon classique de dire : "voilà, je m’appelle Indila, j’ai tel âge, je viens de tel endroit, j’aime telle couleur et tel plat…". J’ai préféré plutôt venir en présentant ma musique, mon message, en présentant ce que je sais mieux faire. En essayant de briser les mœurs, en tout cas dans mon petit monde à moi. Je porte haut et fort cette expression symbolique "enfant du monde" car nous sommes tous les mêmes en réalité, tous des enfants de ce monde. Après, je précise que je suis né à Paris car il faut bien commencer quelque part ! Tout le reste est tellement facultatif et tellement précieux pour moi en même temps.

C’est frustrant pour ceux qui aiment votre musique. Vous comprenez bien qu’ils aimeraient en savoir plus sur vous ?
Je comprends tout à fait la frustration, c’est humain de vouloir en savoir plus. Nous sommes tous un peu gourmands, moi la première. Mais j’ai envie que les rôles ne se confondent pas. C’est une histoire de rappel, en toute humilité bien sûr. J’ai envie de briser tout ce qui a attrait à une éventuelle personnification. Car c’est mon retour vers la musique que je veux donner. C’est pour cela que dans ce que je communique, je parle toujours de musique. Vous me parlez de parcours, de ce qui m’inspire… Sans aucune hésitation, je réponds car il s’agit de musique. Cela peut paraître abstrait, un peu gnangnan…



Pas vraiment gnangnan, non, mais trop secret oui. Comme le fait de ne pas donner votre date de naissance. C’est si confidentiel que ça l’âge pour vous ?
L’âge me définit. L’origine aussi. Mais j’ai cette volonté de m’effacer et d’essayer de faire en sorte de ne pas ressortir, de me mettre trop en avant par rapport à la musique. Je veux paraître la plus transparente, absente possible, et de faire cet album. Ma musique est mon message, c’est lui que j’ai envie de partager.


                        "La France, c’est le luxe, la classe, la distinction."


Cette stratégie fonctionne en tout cas. Vous avez réussi à détrôner le phénomène Stromae… Impressionnant pour une inconnue et finalement paradoxal, non ?
C’est un peu paradoxal avec ce que je véhicule, oui. Il s’est passé l’inverse de ce que je pensais : je croyais pouvoir passer à travers les rideaux et en fait cela a attiré l’attention davantage sur moi. Mais je ne suis finalement pas plus triste que cet album ait fonctionné et plu aux gens. Car pour moi, c’est la musique qui a rayonné. Ce n’est pas moi qui côtoie les gens, mais ma musique. Lorsque l’on écoute une chanson, nul besoin de se rappeler de l’artiste, ce que l’on écoute, ce sont des émotions, des mélodies. Et mon album, c’est d’abord ça.

Mais les gens viennent pour vous aussi !
Oui, bien sûr, il faut un support qui les honore et j’espère bien le faire. J’espère qu’elle vienne en pensant un minimum à moi, mais je dis bien "un minimum".



Vous avez beaucoup voyagé pour vos concerts, quels pays vous ont le plus marqué ?
Heureusement ou malheureusement, je m’attache énormément aux gens, aux endroits, aux pays, aux cultures. J’ai découvert la Grèce récemment, j’en suis tombée amoureuse. Même chose pour la Turquie il y a quelques jours aussi, un coup de foudre ! J’ai beaucoup aimé la Pologne. Sans oublier les pays voisins de la France comme la Belgique et la Suisse. D’autres m’attendent comme le Canada et le Liban. En fait, je suis tout simplement ravie de découvrir tous ces endroits, il me laisse tous quelque chose d’exceptionnel.

Comment êtes-vous perçue là-bas ?
Comme une Française mais les locaux ajoutent cette notion d’enfant du monde qui n’est pas pour me déplaire ! C’est magnifique de voir comment les gens saluent ma démarche. Il est rassurant de voir que l’on peut arriver sans grande prétention et porter un message universel.

Quid de l’image de la France ?
Elle est franchement bien classée dans l’esprit des étrangers. La France est synonyme de luxe, de classe, de distinction.

Lorsque l’on voit ce que vous faites, votre voix, votre succès, l’on se demande pourquoi vous ne faites pas l’Eurovision. La France aurait une vraie chance de gagner !
C’est flatteur, merci ! Et c’est vrai que j’ai vu une recrudescence de l’Eurovision à mon égard récemment. J’étais très surprise car c’est comme une exclusivité pour moi. Je ne pensais pas avoir l’étoffe d’une artiste pouvant représenter la France. J’étais donc très contente. Mais je pense que je refuserais une belle demande comme ça car c’est beaucoup de pression, de responsabilité, et je ne voudrais pas décevoir la France. Et puis cela n’arrangerait pas les choses au niveau de la médiatisation !

Pour terminer, que pensez de cette ressemblance que l’on vous prête avec Mylène Farmer, avec toujours en toile de fond ce côté "artiste secret" ?
Les comparaisons sont très françaises. Mais je pense que toute comparaison est agréable, vraiment. Et ce n’est pas la seule que l’on ait faite pour moi, j’en ai peut-être encore dix autres ! C’est sympathique. Mais je rappelle que je ne suis qu’une toute petite artiste qui vient d’arriver dans le paysage, qu’une artiste comme Mylène a fait bien plus que ses preuves. Jamais je n’oserais confirmer une quelconque analogie avec elle, ce serait trop énorme d’oser cela. Mais je remercie ceux qui le font !

Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) vendredi 11 juillet 2014

 
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