Les délais ne cessent de s’allonger pour une adoption à l’étranger. Le parcours des futurs parents est souvent douloureux et interminable. L'expatriation est pour certains l'occasion d'entreprendre des démarches individuelles sur place, avec des fortunes diverses

"Le chemin de l'adoption est souvent comparé au parcours du combattant. Mais c'est si vite oublié quand on vous met dans les bras le plus beau bébé du monde, ce petit être que vous n'aviez pas rêvé autrement !" explique Frédérique, l'heureuse maman de 3 enfants adoptés à l'étranger, dont deux alors qu'elle était expatriée. "Cette aventure nous a donné la chance d'apprendre la valeur des choses : la valeur de l'attente et de la patience d'abord, la valeur de la confiance, et la valeur de l'enfant bien sûr".
Adopter, quel que soit le canal choisi, reste en effet un processus long et difficile, qui demande une bonne dose d'optimisme. "Vous n’y parviendrez pas ! Si tu n’as pas d’appui pour faire avancer ton dossier, tu n’y arriveras pas ! Telles ont été les remarques de nos amis français et colombiens, quand nous leur avons dit, résidant alors en Colombie, que nous avions lancé un projet d’adoption", raconte Nathalie, aujourd'hui à Milan.

L’adoption à l’étranger est en effet en crise. En 2005, 4.000 enfants étaient accueillis en France, ils ne sont plus que 1.500 en 2012. Beaucoup de pays ont fermé ou durci les conditions d’adoptions, ce qui diminue le nombre d’enfants adoptables. Aline Moriau, la déléguée régionale de l’Association des parents adoptifs d’enfants colombiens (APAEC) estime qu’“aujourd’hui, il faut 4 à 5 ans pour concrétiser une adoption”. A l’origine de ce phénomène, la convention de La Haye de 1993 ratifiée par de plus en plus de pays, établit qu’un enfant abandonné par ses parents doit être, dans la mesure du possible, gardé par sa famille élargie ou être adopté par un couple dans son pays d’origine. Le changement de culture est en effet considéré comme un éventuel traumatisme supplémentaire pour l’enfant. De plus, les pays d’origine des enfants se développent économiquement et socialement, comme le Brésil ou encore de la Chine. La Chine par exemple exige des conditions d’adoption de plus en plus sévères : il faut être propriétaire, ou avoir un niveau d’études élevé.

Des démarches complexes
L’adoption internationale obéit à des règles strictes – respect de la législation du pays d’origine et du pays d’accueil – qui en garantissent la légalité et la transparence. Il y a un véritable gouffre entre les 25.000 agréments en cours de validité et le nombre réel d'adoptions. Les démarches sont complexes. Pourtant le désir d’enfant est souvent le plus fort.

Dans tous les cas, adopter un enfant nécessite l'obtention d'un agrément en France. L'agrément a pour objectif d'évaluer les capacités familiales, éducatives et psychologiques d'accueil d'un enfant. C'est un passage pas toujours agréable, "une vraie mise à nu, estime Cédric. On se sent 'présumé coupable' de ne pas avoir d'enfant, il faut tout étaler, on est jugé par un tiers pour prouver qu'on a le droit d'avoir un enfant. Il faut être hyper fort". Lorsque l'on réside à l'étranger, obtenir un agrément en France est forcément un peu plus compliqué. Certaines ambassades peuvent mettre à disposition une assistante sociale ou un psychologue, donc quelques rendez-vous peuvent se faire sur place. Mais la plupart des démarches nécessitent de se rendre dans l'Hexagone, et le délai est souvent plus long qu'en France, où l'obtention de ce sésame se fait en général en neuf mois.

L'agrément obtenu, les candidats à l'adoption peuvent effectuer différentes démarches :
• passer par des organismes en France, comme l'AFA (Agence française de l’adoption) ou les OAA (organismes autorisés pour l'adoption).
Les organismes autorisés pour l'adoption (OAA) se chargent de mettre en rapport futurs parents et enfants adoptables ainsi que d'effectuer les démarches. Ils peuvent fournir de précieuses informations. Aujourd'hui, les OAA s'occupent généralement de plusieurs pays. Par exemple, Les amis des enfants du monde sont habilités par le ministère des Affaires étrangères à exercer leur activité en Ethiopie, en Haïti, aux Philippines ou au Cambodge. Une famille qui confie son dossier à cet OAA ne sait donc de quelle nationalité sera son enfant.  Les expatriés qui ont traité avec les OAA ont constaté que leurs dossiers n'étaient pas traités en priorité. Nombreux sont donc les familles qui passent "en direct" en montant un dossier d'adoption sur place.

• L’adoption par démarche individuelle
Chaque pays a ses règles propres concernant l'âge des parents, ou encore la possibilité ou non d'adopter individuellement. Les candidats doivent donc vérifier que les critères du pays désiré s'accordent bien à leurs propres exigences. De plus, la situation est loin d'être stable. Dans un certain nombre de pays, l'adoption n'est pas autorisée. C'est le cas dans plusieurs pays musulmans qui, par référence au Coran, interdisent l'adoption et autorisent seulement une kafala, qui correspond à une simple tutelle en droit français.

A l'étranger, en entrant en contact directement avec les autorités sur place, les futurs parents s'exposent à des difficultés supplémentaires, comme la barrière de la langue, et parfois les lourdeurs de l'administration locale. Mais résidant dans ce pays, ils peuvent suivre l'avancement de leur dossier de près.

Agnès a adopté deux filles lorsqu'elle vivait aux Philippines: "Là-bas, à partir du moment où l'on réside depuis 3 ans sur place et que l'on finalise son dossier, on est traité exactement comme les couples philippins". Si la procédure a été rapide une fois les papiers réunis, la traduction et la légalisation des documents a été très coûteuse : "A 16 euros le coup de tampon pour légaliser les documents à l'époque, on a dépensé des sommes faramineuses. On accumule des quantités incroyables de paperasse".

992 enfants sont arrivés d’Haïti en France suite au séisme du 12 janvier 2010 (photo AFP

Pour Frédérique, "l'adoption internationale requiert, en plus d'une grande force morale, d'avoir des revenus suffisants et un certain niveau d'éducation pour faire face à toutes les démarches… Il a fallu écrire des dizaines de lettres de motivation, et être très patients". Expatriée à Singapour, après 3 ans d’attente, elle désespérait un peu de voir aboutir son projet au Vietnam dans un délai raisonnable, tellement son dossier trainait. Son attente a finalement été comblée. Pour son deuxième enfant, elle était de retour en France et a continué à adopter en direct, le Vietnam autorisant encore les démarches individuelles qui aujourd’hui ne sont plus possibles. Maintenant grâce aux OAA, la procédure peut paraître plus cadrée pour les parents adoptants car l’OAA s’occupe de toutes les démarches. On évite certaines galères même si ce n’est pas forcément plus rapide. "Entre 2001 (1ère adoption) et 2005 (2ème adoption), les modalités d'adoption avaient beaucoup changé, la mise en œuvre était différente. D'ailleurs il n'est plus possible d'adopter en direct au Vietnam aujourd'hui. J'ai trouvé les autorités françaises sur place peu coopératives. Elles ne semblaient pas connaitre la réalité de l'adoption sur place, et ne voulaient pas se mouiller pour suggérer de travailler avec tel ou tel interprète par exemple. C'est le réseau des familles d'adoptants qui apporte le plus d'informations et de soutien."

En Thaïlande, Cédric a constaté un certain manque d'organisation. "Le processus global jusqu'à l'adoption de notre fils aura pris près de 5 ans en comptant les démarches de l’obtention de l’agrément en France. C'est très long. Etre sur place a énormément facilité les choses, mais les enquêtes réalisées par les services sociaux locaux prennent beaucoup de temps. Ils ne sont pas assez nombreux, les dossiers s'accumulent, et on pense, sans en avoir la preuve, que les familles thaïes sont prioritaires sur les 'farangs', les Occidentaux.  De plus, le "matching" entre enfants et parents se fait avec une logique parfois difficile à comprendre au premier abord, car on manque d'explications. Par exemple, le respect de certains critères d'adoption exigés par la mère biologique, qui souhaite confier le bébé à une famille où il y a déjà d'autres enfants, ou à des parents de moins de 40 ans. D'où certains dossier traités alors que d'autres plus anciens ne le sont pas. C'est éprouvant pour les nerfs, cela peut susciter frustration et jalousie chez les couples qui attendent, c'est presque inévitable. En revanche, adopter en Thaïlande ne coûte rien de plus que les frais administratifs et c'est plutôt inhabituel en matière d’adoption internationale. Les dons de soutien des parents adoptants à l'orphelinat ne sont pas forcément bien vus en Thaïlande, les orphelinats ayant pour la plupart déjà de nombreux soutiens financiers. Tout cela évite des malentendus car il n’est jamais bienvenu de sembler échanger de l'argent contre un enfant"

Bonnes surprises
Il y a aussi de bonnes surprises. Nathalie a adopté David en Colombie, et sans appui particulier : "Nous résidions alors à Bogota. En tant que Français résidant dans le pays, nous avons été considérés comme des "locaux". Notre organisme de référence a été l’ICBF : l'Institut Colombien du Bien-Etre Familial, établissement auquel nous nous sommes adressés pour demander un dossier. Nous y avons toujours été extrêmement bien reçus. Je pense que les formalités administratives ont été beaucoup plus rapides que si nous les avions effectuées depuis la France, mais avec autant de sérieux et d’exigences. Entre le moment où nous avons déposé le dossier rempli et le moment où nous avons eu notre enfant, il s’est écoulé exactement 9 mois. Pendant ces 9 mois, nous avons franchi les différentes étapes, avec notamment des réunions de groupes mensuelles obligatoires avec d’autres parents colombiens voulant adopter. Lors de ces réunions, nous avons été largement sollicités pour exprimer notre position/ avis / sentiment/ réactions sur certains thèmes. Il y avait également des séances de formation sur certains sujets pour nous conseiller sur les comportements à adopter après l’adoption, envers les enfants mais aussi l’environnement, les réactions de la famille. Nous parlions espagnol, mais même sans être bilingues, la langue n’a jamais été un obstacle, que ce soit dans les contacts avec l’administration, visite médicale, visite chez un psychologue... Nous avons fourni tous les documents en français que nous avons fait traduire et certifier sur place par un avocat, ceci pour seuls frais de cette démarche d’adoption. Ainsi nous avons obtenu l’agrément. Et quelques temps après la bonne nouvelle ! Beaucoup de connaissances m’avaient largement découragée en me disant que sans appui, nous n’y arriverions jamais. J’ai toujours refusé ces appuis, du genre ‘trouver la personne influente qui va remettre votre dossier en haut de la pile’."
Attention à l'étranger à bien choisir ses interlocuteurs. Il faut être particulièrement prudent en raison du caractère immoral de pratiques mercantiles. Le versement de sommes importantes est susceptible de susciter de la part des intermédiaires des procédés délictueux tels que rapts, offres d’achat aux familles déshéritées, "fabrication" de faux orphelins, etc.

Avoir un enfant adoptable
Tous les enfants qui semblent abandonnés ne sont pas pour autant adoptables. La législation est variable selon les pays. "Aux Philippines, c'est aux ONG de se prononcer sur les dossiers, ils font des papiers pour que les enfants puissent partir. Notre fille ainée, pourtant confiée à l'adoption dès sa naissance, n'était pas adoptable avant un an et demi. Le manque de moyens est préjudiciable pour les enfants."
Il est important pour obtenir l'adoption plénière en France, qui coupe tout lien avec la famille d'origine, qu'un document stipule que les liens de filiation de l'enfant avec ses parents sont rompus de façon définitive, et irrévocable. Deux mots très précis qui n'existent pas toujours dans la langue du pays, il faut donc trouver un équivalent !
Le service de l'état civil du consulat général de France ne fait pas les transcriptions d'actes d'adoption plénière. Ces transcriptions
sont faites par le Service central d'état civil du Ministère des
Affaires étrangères.


Un lien particulier avec le pays de l'enfant
"Le Vietnam est notre deuxième pays, notre pays d'adoption, explique Frédérique. Nous sommes tombés sous le charme de ce si beau pays et de ses habitants. Nous serons toujours très fiers de nos enfants et de leurs origines". Nathalie renchérit : "Cette adoption a forgé beaucoup de liens avec ce pays et les habitants de ce pays. Nous y avons des amis, et les personnels de l’ICBF, par leur professionnalisme, par leur confiance et leurs valeurs humanistes ont largement gagné notre confiance".
MPP (www.lepetitjournal.com) Lundi 12 novembre (article réactualisé)

En savoir plus :

de notre édition de Sao Paulo : Adoption- Récit d'un retour au pays natal
Elisa Frutier, 25 ans, a été adoptée à l’âge d’un an. Vingt quatre ans plus tard, elle retourne sur les lieux de sa naissance où elle décide de s’investir auprès des enfants d’un orphelinat d’Aracaju. Un parcours et une expérience intense que l’étudiante en médico-social retrace dans un livre intitulé Sur les traces des sans visage. Rencontre avec une jeune femme enthousiaste et combative qui cultive aussi un brin d'utopie Lire la suite
L’enquête du Monde : La grande crise de l’adoption à l’étranger
Le Figaro : Adoption - Campagne contre le cliché de l'enfant parfait
Le site du gouvernement : Adoption internationale
de notre partenaire Femmexpat :  Expatriation et Adoption
Adopter à l’étranger par Elizabeth Galland (de l’AFCA-MAE

Journal d’une adoption par Bérangère Prévot


Et les homosexuels ?

A l'heure des débats sur l'ouverture du mariage et l'adoption aux homosexuels, le monde de l'adoption est sceptique. Au vu de la disproportion entre le faible nombre d'enfants adoptables et le nombre considérable de demandes, il semble extrêmement difficile pour les couples homosexuels d'adopter conjointement des enfants, même si la loi l'autorise.
Rares sont les organismes agréés qui acceptent les candidatures de célibataires. De plus en plus de pays les refusent également. Ainsi la Chine a inscrit dans ses critères de sélection qu'il fallait être un couple composé d'un homme et d'une femme.  En Belgique, aucun couple du même sexe n'a accueilli d'enfants nés à l'étranger, malgré l'autorisation en 2006 de l'adoption par des couples homosexuels.
Lire aussi :
Espagne : Mariage et adoption pour les homosexuels définitivement reconnus

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