De l'importance d'être constant: Patrick Deville, écrivain voyageur, a été sacré lundi par le Femina pour "Peste & Choléra", après avoir creusé son sillon dans le paysage littéraire jusqu'à cette année 2012 qui le voit fêté par les lecteurs et les jurés de plusieurs prix.

Pressenti aussi pour le Médicis et le Goncourt, Patrick Deville a été élu par les dames du Femina au premier tour, par 10 voix, contre 2 à Anne Serre pour "Petite table soit mise" (Verdier). Jérôme Ferrari, également en lice pour le Goncourt, et Bruno Le Maire figuraient aussi dans la liste du Femina.

"Peste & Choléra" (Seuil) est une épopée sur le destin d'un homme d'exception, Alexandre Yersin, explorateur en blouse blanche parti au bout du monde découvrir le redoutable bacille de la peste.

"Ce prix, c'est magnifique ! On écrit toujours pour avoir le plus de lecteurs possible. On me reproche parfois d'écrire pour les garçons. La preuve est faite que non", lance l'écrivain, qui aura 55 ans en décembre.

"Yersin a tout d'exceptionnel. D'un point de vue scientifique, c'est un génie. Mais ce type a fait de sa vie une belle composition, atteint au bonheur, est étranger au présent, cherche la solitude, la tranquilité, la beauté", confie Patrick Deville, tout sourire sous sa crinière blanche.

"Le roman a déjà été vendu à 70.000 exemplaires, nous en retirons 80.000 et, à mon avis, ce n'est pas la fin de l'histoire", assure à l'AFP le PDG du Seuil Olivier Bétourné, précisant que "ses précédents livres se vendaient plutôt autour de 3.000 à 10.000 exemplaires".

Le Femina étranger a par ailleurs été attribué à l'Américaine d'origine jaoponaise Julie Otsuka pour "Certaines n'avaient jamais vu la mer" (Phébus), roman bouleversant sur l'exil de milliers de Japonaises parties au début du XXe siècle épouser leurs compatriotes en Californie, et le Femina de l'essai à Tobie Nathan pour "Ethno-roman" (Grasset).

Un saint au Vietnam

Chercheur à l'Institut Pasteur, né dans le canton suisse de Vaud en 1863 et mort 80 ans plus tard à Nha Trang, dans l'actuel Vietnam, Yersin avait tout pour fasciner Patrick Deville.

Lui-même voyageur impénitent et esprit cosmopolite, Patrick Deville a vécu dans les années 1980 au Moyen-Orient, au Nigeria, en Algérie, après des études de littérature et de philosophie. Dans les années 1990, il a séjourné à Cuba, en Uruguay, en Amérique centrale, parcouru l'Asie ces dernières années.

Son héros travaille sur la tuberculose et la diphtérie à Paris. Il découvre la toxine diphtérique et fait partie de ces Pasteuriens téméraires, souvent étrangers, qui entourent le vieux Louis Pasteur.

Mais très vite, ce contemporain de Rimbaud, aimanté comme lui par les ailleurs, fuit l'Europe.

Savant aux semelles de vent, Yersin part en Extrême-Orient, se fait marin, explore la jungle, voyage en Chine, à Aden, à Madagascar. De retour en Asie, il découvre le bacille de la peste lors de la grande épidémie de Hong Kong en 1894. A Canton, il est le premier médecin à guérir un pestiféré.

Il est aussi le premier à développer en Indochine la culture de l'hévéa, devient le roi du caoutchouc et travaille avec Michelin. Il plante aussi des arbres à quinquina et cultive la coca.

Il reste pourtant méconnu en France. En revanche, au Vietnam, c'est un saint vénéré.

Pour raconter cette formidable aventure, déjà Prix du roman Fnac 2012, l'écrivain a suivi les traces de son héros autour du monde. Il s'est aussi plongé dans les milliers de lettres échangées par "la bande des Pasteuriens".

"Peste & Choléra" fait suite à "Equatoria" (Seuil, 2009), sur l'explorateur Savorgnan de Brazza, et "Kampuchéa" (Seuil, 2011), sur le régime khmer rouge.


© 2012 Agence France-Presse

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