"Partir c'est mourir un peu", écrivait Alphonse Allais. Des milliers de Français en font pourtant le choix chaque année, et parfois du jour au lendemain. Qu'est ce qui les pousse à vouloir partir si rapidement ? Portraits robots de ces expatriés très spontanés

"Les Français, qu'on a parfois tendance à décrire comme frileux et hexagonaux, sont aussi tout à fait ouverts sur l'extérieur"
, a souligné lors d'un entretien avec Reuters François Saint-Paul, ancien directeur des Français à l’étranger et de l’administration consulaire. Des milliers de Français le prouvent en quittant chaque année la France sans au revoir larmoyant. Qu'ils soient de véritables aventuriers, des amoureux de l'ailleurs, des identités qui se cherchent ou bien des Français en exil, ils ont tout lâché dans l'Hexagone pour trouver à l'étranger ce qu'il n'avait pas (ou plus) en France.  

© Olivier Cadeaux/Corbis

L'expat baroudeur


Symptômes : aventurier de l'expatriation,  il est parti pour assouvir sa soif de grands espaces et de rencontres impromptues

Prendre sa brosse à dents, son guide de voyage, son passeport et destination le plus proche aéroport ! L'expatriation c'est aussi simple que ça pour cet aventurier au sac à dos bien harnaché. D'après une enquête publiée dans le livre S’expatrier en toute connaissance de cause de Jean-Luc Cerdin, 65% des expatriés choisissent de partir par goût de l'aventure. Certains l'ont certainement plus prononcé que d'autres. C'est le cas de Rodolphe et Nirina, qui à respectivement 26 et 22 ans, ont décidé de tout quitter et vendre leurs biens pour parcourir pendant quatre ans plus de 200.000 kilomètres. "La vie est fragile, incertaine et si précieuse, explique le jeune homme à la silhouette mince. Nous souhaitions vivre quelque chose de différent, aller à la rencontre des gens, apprendre des autres et sur nous-mêmes".

Même constat pour Cédric, 32 ans, qui a démissionné de son poste de commercial pour faire le tour de l'Australie et de l'Asie. 'J'avais peur de m'ennuyer, de devenir vieux trop tôt et de le regretter. Alors sans trop réfléchir, j'ai démissionné et vidé mes économies. Je n'avais qu'une envie : vivre mon Erasmus à moi, même à 30 ans J'ai rejoint des amis en Australie, sans trop savoir où j'allais. Le plan de route était ouvert ! Je vivais comme un gamin : plage le jour, bar la nuit, à dormir à droite à gauche, à vivre au fil des rencontres... C'était une vie zéro contrainte, qui ne menait à rien. Je le savais, mais qu'est-ce que ça fait du bien !", explique-t-il au site Au féminin.

Gwenola voit également sa vie marquée par diverses aventures à travers le monde. "Je viens d’une région où il fait très bon vivre : le Pays Basque ; et pourtant la curiosité et l’envie de découvrir d’autre cultures m’ont poussé à réaliser mes premiers voyages : 6 mois à Dublin, 6 mois à Mexico, 6 mois à Séville, 1 an à Londres, 6 mois en Inde... Partout je me suis débrouillée pour trouver du boulot et m’adapter à la vie locale. A chaque fois, la durée de mes séjours à l’étranger était déterminée puis je rentrais chez moi. (…) J’habite maintenant à Madrid depuis 6 mois. Je suis rentrée en Europe pour me rapprocher de ma famille. (…) Je m’adapte donc tranquillement à cette nouvelle vie qui me plait déjà beaucoup, mais qui sait où je serai dans 1 an ? Je viens de rencontrer un Argentin…"

Contre-indications : Le budget ! Partir à l'étranger du jour au lendemain pour faire le tour du monde, c'est excitant mais attention à votre train de vie. Si vivre quelques semaines hors des sentiers battus ne vous reviendra pas très cher, il faudra préserver vos économies pour les imprévus, mais aussi pour continuer le voyage et pouvoir réserver un billet de retour si vos fonds sont au rouge !  

© BASE/Corbis

L'expat rêveur


Symptômes : tombé amoureux d'un pays, d'une culture, Il a toujours voulu explorer de nouveaux horizons et n'avait besoin que d'un déclic pour tout quitter et s'installer à l'étranger.

La curiosité pour l'"ailleurs" était bien là mais pour cet expat un peu moins téméraire, c'est l'occasion qui a fait le larron. Il ne lui a suffi que d'un voyage vers le lointain pour ne plus vouloir revenir. Une rencontre sur place, une opportunité professionnelle, ou un coup de foudre culturel, et voilà que le court séjour prévu à la base n'a plus de date d'expiration.

L'expatriation devient alors la réalisation d'un vieux rêve."Je suis veuve depuis plusieurs années, nous avions un rêve, vivre un an à l'étranger, en 2009 je suis partie avec mes trois enfants, pour un an, cela va faire trois ans !", témoigne ainsi "L'Irlandaise", enthousiaste quant à son départ spontané. De nombreux retraités prennent également la poudre d'escampette en utilisant leurs économies afin de s'offrir une vie plus agréable dans des destinations rêvées toute une vie.

Certains jeunes diplômés, notamment ceux ayant bénéficié de programmes d'échanges universitaires internationaux, ont eux pris goût à la vie à l'étranger et préfèrent enchaîner sur une autre expatriation. "A la suite de mes études une décision devait être prise: rester en France ou tenter sa chance à l'étranger pour prolonger l’expérience Erasmus + Stage à l’étranger. La France, je l'aime mais je l'ai quitté pour un coup de cœur et l'envie de quelque chose de différent, le sentiment qu'elle ne pouvait pas m'offrir ce que je recherchai", explique "Barcelonais".

L'amour est également un joli tremplin pour l'expatriation, comme en témoigne Annabelle : "Je suis partie de France en 1999, destination Londres. Au départ je n'avais prévu de rester à Londres qu'un an, pour perfectionner mon anglais et élargir mes possibilités d'emplois futurs... au bout du compte j'ai rencontré mon mari sud africain et sur un coup de tête (ou de cœur) ai décidé de le suivre en Afrique du Sud." Pour Clarita et Zazou, l'amour les a fait rester sur place. "J'étais partie au Chili pour un stage de fin d'études de 6 mois. Mais voilà qu'au bout de 3 mois, Alfredo (chilien) débarque dans ma vie et fait chahuter mon cœur. J'annonce à mes parents mon envie de rester si loin de mes Landes natales, mais évidemment il n'en n'est pas question! Et si, il en est question", raconte Clarita. Le commentaire de Zazou fait écho : "Je suis partie de France il y a presque 19 ans. Au départ, il s'agissait d'aller y travailler pour 1 an seulement. Puis j'ai rencontré celui qui est devenu mon mari. J'aime ce pays qui m'a adoptée, les gens y sont dynamiques et chaleureux." (Lire aussi : COUPLES BINATIONAUX – Comment s'y prendre ?)  

Contre-indications : Partir vivre à l'étranger, ça se prépare ! Si la transition est plus facile pour ceux qui y ont déjà effectué un court séjour, il faudra néanmoins prévoir tous les aspects pratiques et administratifs d'un séjour plus long. Attention également aux romances de vacances, elles se concrétisent souvent en belles histoires d'amour mais pesez bien le pour et le contre avant de tout quitter. Vais-je pouvoir trouver un travail sur place ? m'adapter à la vie locale ? rompre la barrière de la langue ?… Votre épanouissement personnel est essentiel à la survie dans ce nouvel environnement et évitera bien des tensions avec votre conjoint(e).
Quant aux retraités, François Saint-Paul, ancien directeur de la DFAE avertit : "séduits par des publicités, désireux de sortir de la grisaille en France, ils s'organisent une retraite à l'étranger, notamment en Afrique, parce qu'on leur fait miroiter des coûts plus bas et s'ils ont un pépin de santé ou s'ils perdent la tête, ils n'ont plus rien".

© Norbert Schaefer/Corbis

L'expat en quête

Symptômes : En pleine crise identitaire, il veut partir loin pour se ressourcer et se retrouver. L'expatriation est alors un retour à la case départ nécessaire.
Il en avait assez du traintrain quotidien, d'autant plus déprimant sous la grisaille, le froid et la pluie hexagonaux. Sa vie l'ennuyait ou l'étouffait et il avait bien besoin d'un bol d'air pur. Perdu dans sa vie professionnelle et/ou amoureuse, il était en quête d'une sorte de renaissance. "Des circonstances dans ma vie en France m'ont amenée à réfléchir sur ce que je voulais vraiment faire de ma vie. J'ai décidé de faire ce dont j'avais envie depuis toujours: vivre en Espagne", explique ainsi Madrileña de corazón.

Olivier, 25 ans, avait lui aussi besoin d'un nouveau défi personnel : "J'ai inventé le concept de la "crise des 24 ans" : je venais de signer un CDI dans une agence de pub, je louais un appart' dans Paris et les semaines commençaient à se ressembler. Je voulais vivre autre chose avant de m'installer comme ça. Alors sur un coup de tête, j'ai décidé de partir en Argentine, parce que c'est loin, que je ne connaissais pas et que je ne parlais pas espagnol ! Je voulais me prouver que je pouvais tout refaire ailleurs".

Julie, 29 ans, a voulu tout quitter après une déception amoureuse : "J'avais 25 ans et j'étais à un tournant de ma vie. Pas encore de boulot, pas d'appart' à moi, et là-dessus, l'homme de ma vie me quitte. Je suis tombée dans un gouffre. Alors je me suis dit que c'était le moment de partir. Parce que j'en avais envie depuis longtemps et que là, objectivement, rien ne me retenait !"

Contre-indications : Quitter la France peut s'avérer une belle échappatoire, mais vivre à l'étranger n'est pas la solution miracle à tous les problèmes. Comme l'explique Assia Rubinowitz, auteure de C'est décidé je pars !, (Ed. Les Carnets de l'info) : "Il vaut mieux éviter de partir avec l’idée de fuir quelque chose : on est en général déçu par l’expérience, et on retrouve ce à quoi on cherchait à échapper au retour !"

© Bernd Vogel/Corbis

L'expat en exil

Symptômes : Il a délaissé la France car elle ne lui convient plus ou qu'elle ne peut plus rien lui offrir. S'il a parfois un pincement au cœur en repensant à sa région natale, il n'est pas presser d'y retourner.

Pas de boulot intéressant, pas de reconnaissance suffisante, la France n'a vraiment pas que des avantages pour ce Français qui a choisi de la quitter du jour au lendemain, et sans regrets ! On passera rapidement sur nos compatriotes célèbres et riches qui ont choisi l'expatriation fiscale, mais de nombreux entrepreneurs français ont décidé de monter leur boîte à l'étranger (lire notre article) plutôt que de subir de plein fouet la pression fiscale française. "Je n’aurais probablement pas pu faire la même chose en France. Le Mexique est un pays jeune, qui se construit et où il y a encore beaucoup de choses à faire ! Les charges administratives et fiscales sont certainement moins lourdes qu’en France", explique ainsi Christine Vassort, fondatrice de Centro de Lenguas y Arte, une école de langues.

Pour Christian Roudault, auteur de France, je t'aime, je te quitte (Fayard), "les Français seraient de plus en plus nombreux à fuir un pays ne leur offrant que peu d'opportunités". De nombreux jeunes diplômés, notamment ceux issus de l'immigration, doivent donc s'exiler pour trouver enfin un poste à la hauteur de leurs qualifications. La France terre d'opportunités ne serait plus. Aujourd'hui, quand on veut se lancer dans le marché du travail, il faudrait mieux se tourner vers les pays émergents, l'Asie en tête (lire notre article : EXPATRIATION – Un tremplin pour la carrière ?)

Contre-indications : Si le marché de l'emploi français n'est pas idéal et si la fiscalité donne parfois des haut-le-cœur, tout n'est pas rose non plus à l'étranger. Renseignez-vous bien avant le départ quant aux spécificités du marché local (niveau d'anglais requis, salaire moyen, taxes à payer…). Il est parfois plus facile de trouver un travail à l'étranger mais parfois moins facile de grimper dans la hiérarchie. Attention également à l'attitude du vouloir "partir à tout prix" : Jean-Luc Cerdin, professeur à l'Essec explique ainsi que "les études démontrent que si l'on part parce que l'on veut fuir son pays, la probabilité d'échec est plus grande que si l'on est motivé, par exemple, par la découverte d'une nouvelle culture".

Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) Réédition

 
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