SANTÉ - La polypill, la pilule à tout faire des cardiaques
mardi 07 avril 2009

Annoncée comme la pilule miracle a la conférence annuelle de l'American College of Cardiololy (ACC), la semaine dernière à Orlando (Floride, sud-est), la polypill sera peut être bientôt sur le marché. L’étude présentée par les Dr Salim Yusuf, du Population Health Research Institute à l'Université McMaster (Ontario, Canada) et Prem Pais, du St John's Medical College (Bangalore, Inde) montre des résultats tout a fait satisfaisant. Les auteurs vont plus loin annonçant une diminution de 50 % des risques d'accident cérébral en utilisation préventive

L’hypertension est la première cause de mortalité en France - Photo AFP

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les pathologies cardio-vasculaires représentaient 17.5 millions de décès dans le monde en 2005, dont 80% dans les pays en voie de développement. Les pays développés ne sont guère mieux logés : l’hypertension est la première cause de mortalité en France. La prévention des risques cardiovasculaires est donc un enjeu majeur de santé mondiale.

Polypill : super association de molécules
La polypill est le résultat de l’association en une seule pilule de 5 molécules existantes : trois médicaments contre l'hypertension à faibles doses, un anti-cholestérol et un anticoagulant (aspirine). Ces molécules sont déjà couramment prescrites simultanément dans le traitement des risques cardiovasculaires. Le financement d’un laboratoire indien : Cadilla Pharmaceuticals, a permis de tester la pilule tout-en-un pour la première fois, sur 2.053 participants âgés de 45 à 80 ans, en bonne santé mais porteur d’au moins un facteur de risque (HTA, obésité, tabagisme, etc.), et ce durant une période de trois mois.

Il ressort de l’étude que les sujets ont bien réagi et les résultats sont positifs : nette réduction du taux de mauvais cholestérol, de la tension artérielle, amélioration de la fluidité sanguine (soit un risque moindre de formation de caillot). Les effets secondaires sont les mêmes qu’avec les molécules prises séparément. Par extrapolation, les auteurs arrivent à la conclusion – miraculeuse - qu'administrer cette pilule à une population entière réduirait de 60% les risques cardiovasculaires et de 50% les risques d'accident cérébral.

Une avancée qui entraine des questions ethiques
La simplicité que représente l’usage d’une pilule unique et son faible coût, puisque les molécules qui la composent sont du domaine public, en font un produit qui pourrait considérablement améliorer la prévention, notamment dans les pays en voie de développement.

Quelques bémols toutefois à l’engouement général. Même si une dimension génétique entre en jeu, notre environnement est le premier facteur de risque cardio-vasculaire, et certains médecins craignent que la nouvelle «super pilule à tout faire» soit finalement déresponsabilisante, ouvrant la porte aux excès en tout genre. La prévention par l’hygiène de vie reste actuellement la seule viable.
Second point : où commence la prévention ? Doit-elle être systématique ? La question est loin d’être tranchée. L’opinion générale salue la simplification et les éventuelles retombées positives sur le plan de la santé mondiale, mais certains s’inquiètent néanmoins d’une dérive commerciale de la médecine. Des questions auxquelles il faudra répondre car les résultats positifs obtenus aujourd’hui ouvrent la porte à la réalisation d’une longue série d’étude a plus grande échelle qui entraineront certainement la commercialisation d’ici a quelques années.
Laetitia Gueugnon (www.lepetitjournal.com) mardi 7 mars 2009

Voir :
L'article de Santé Log :
POLYPILL : UNE PILULE A TOUT SOIGNER … Mais pas la panacée
L'article de Lachosenumérique : PolyPill : une pilule pour les bien portants !