Écrit par Florence Labedays
Avec une moyenne de 35.000 pages lues par mois, French in London
est un blog anonyme au succès grandissant. Ses posts évoquent avec
talent et recherches ses découvertes ou balades au cœur de Londres,
illustrées de clichés pointus. Interview d’un témoin de son temps,
curieux et indépendant
Dans les dédales des allées de Camden market, French in London joue avec l'anonymat comme avec son ombre (photo LPJ)
Chaque Français qui “débarque” à Londres est passé par là: décoder la
ville, ses règles, sa culture, essayer de comprendre cette mégalopole
qui ne cesse de surprendre et d'interroger. French in London a posé sur
le Web ses propres découvertes, ses balades au cœur de Londres,
illustrées de clichés pointus qui contrastent avec la naïveté du ton.
Naïveté revendiquée par French in London, témoin curieux de son temps
et férocement indépendant, qui nous propose un Londres éternel et
pourtant renouvelé à chaque post. Interview.
lepetitjournal.com - Pouvez-vous décrire French in London?French in London - Le site d’un Français à Londres, ses aventures, ses réflexions.
Pourquoi un blog anonyme sur Londres?
A la base, c’était pour partager avec mes potes et ma famille, quand
j’avais 10 lecteurs la question de l’identité ne se posait pas. Anonyme
pour des raisons privées, de toute façon j’aurais utilisé un pseudo. Le
blog a évolué au fur et à mesure des rencontres. La rencontre d’abord
virtuelle est devenue réelle, avec la communauté de bloggers à Londres.
Sur le fond ça n’a rien changé à ma ligne éditoriale mais j’y ai gagné
des lecteurs et de l’exposition.
Un blog pour flatter l'ego?
Non c'était simplement l’envie de raconter Londres tel que je le vis.
La question de l’ego, elle, est liée au fait de se mettre en avant.
Mais personnellement je n’en ressens pas le besoin.
Comment nait un post?
Au départ c’est quelque chose que j’ai lu dans le journal, quelque
chose qui m’interpelle quand je me balade dans la ville. C’est un peu
comme pour la photo c’est une balade tout en essayant de garder un
regard naïf parce que je ne revendique pas de maîtriser Londres. Je
publie 4 à 7 posts par mois : ça me prend du temps car je fais des
recherches sur les sujets. Ce n'est pas vraiment du travail
journalistique mais ça y ressemble.
Quel est votre lectorat? Est ce que vous avez la tentation de devenir un blog commercial?
French in London a environ 35.000 pages lues par mois, avec un record
de 85.000 au mois de juillet après un post sur le 14 juillet qui a
suscité de vives réactions. C’était aussi au moment du meurtre des deux
jeunes Français. Non
French in London ne deviendra pas un portail
commercial, et c’est pour moi un gage d’indépendance. Ca me permet de
garder ma liberté de parole et évite les soupçons de copinage. Et
pourtant je suis très sollicité.
Devenir un "blog Libé"est ce que ça a changé la nature de French in London?
Ca me donne de la visibilité, un point de vue qui tranche avec celui
des autres Français. Ca s’est traduit par des commentaires plus poussés
de mon lectorat, plus de gauche aussi et plus cultivés sans doute.
Les bloggers sont- ils des journalistes?
Non ce n’est pas du journalisme même si j’essaie d’avoir de la rigueur
et de la bonne foi mais ce n’est pas vraiment du travail de journaliste.
Est-ce que French in London a un message à faire passer?
Aucun message surtout pas politique ou même personnel.
Que vous apporte French in London?
Ca m’amuse : je confronte mon expérience à celle des autres, sur les
poppies quelqu’un est venu expliquer l’expérience de son grand-père.
C’est du lien virtuel entre gens sous pseudo.
Etre French in London c’est quoi?
Vivre Londres, Londres permet de vivre comme on veut. C’est tenter
l’intégration sur les bases d'une vie d’expatrié qui n’a pas de projet.
Tu assimiles ce que tu en peux. Tu apprécies au sens de “enjoy” ce que
tu peux apprécier mais tu ne deviens pas facilement Anglais.
L’intégration n’est pas une nécessité dans une ville comme Londres qui
permet la vie en communauté. Mais être French in London c’est ne pas
être obligé de vivre à la française à Londres, et prendre la liberté de
vivre à l’anglaise. Je ne suis pas obligé de vivre à "Frenchsington"ni
de passer mes soirées au pub. Je ne revendique pas de modèle parfait
d’expatriation. C’est juste mon expérience à moi.
Les coins preférés de French in London à Londres?
La vie de la ville, son architecture, ses contrastes d’atmosphère et ça
se retrouve dans mes photos. Avec le temps tu perds un peu de l’envie
de découvrir, tu es pris dans ta vie.
French in London a-t-il un quartier préféré?
Il n'y en pas un vraiment, j’aime bien vivre vers Marylebone, ça manque
de charme mais c’est pratique. J’ai récemment découvert Edgware road et
ses restos libanais. Si j’avais les moyens j’achèterais un appartement
dans Soho… ou pas. Londres a un petit côté provincial par rapport a
Paris, j’aime ses espaces, sa verdure.
Et la photo?
Ca ne m’a pas valu que des amis. La notoriété est encore plus belle
quand tu n’en veux pas, même si c’est un peu cliché à dire. J'ai publié
un livre des photos les plus marquantes de
French in London. On peut le
trouver sur le site.
French in London mettra-t-il un jour la clef sous la porte?
J'arrête le jour où je m’en vais, où je quitte Londres. Mon point de
vue de Français anonyme de Londres et la relation créée avec mes
lecteurs fait que je ne peux pas passer le relais.
Propos recueillis par Florence Labédays (www.lepetitjournal.com –Londres) vendredi 16 janvier 2009
Retrouvez les posts de French in London:
www.frenchinlondon.com
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