Avant les élections du Chef de l’exécutif du gouvernement du 25 Mars 2012, lepetitjournal.com vous propose un portrait de chacun des candidats annoncés. Après un portrait de Henry Tang, voici le deuxième candidat annoncé favori, C.Y. Leung, démissionnaire en septembre de son poste de Coordinateur du Conseil exécutif de Hong Kong afin de se présenter à l’élection. Une réelle alternative à Henry Tang ou une pâle copie de l’homme d’affaires pro-Pékin ?

Présenté à la fois comme une alternative à Henry Tang mais aussi comme partageant la plupart des points de vue du jeune retraité du Secrétariat aux Finances, celui que l’on surnomme C.Y. semble pouvoir se démarquer de son principal rival uniquement à travers sa manière d’agir et son parcours, parsemé de peu de faux-pas.

"Emperor of the working class"

Leung fait ses études secondaires au King’s College. En 1974, il est diplômé de l'Université polytechnique de Hong Kong et en 1977, il rentre du Royaume-Uni diplômé de la faculté polytechnique de Bristol en management immobilier. Il rejoint alors la société immobilière Jones Lang Wootton pour cinq ans. À l'âge de 30 ans, il est déjà le président de la branche hongkongaise de la firme. Avec un salaire de plus de 10 millions de HKD par an on lui donne le surnom "d’empereur de la classe ouvrière", du fait de ses origines modestes et chinoises. En 1993, il ouvre sa propre société d’expertise. En 2000, cette société fusionne avec la firme singapourienne Dai Yuk-coeng pour former la Debenham Tie Leung Limited. Un parcours sans faute pour un homme d’affaires que ses collaborateurs de l’époque décrivent comme acharné de travail.

Faisant le liant entre affaires et politique, il est de 1995 jusqu’à la rétrocession de 1997 le Président de la succursale hongkongaise de la Royal Institution of Chartered Surveyors, organisme indépendant représentant les professionnels de l’immobilier, au Royaume-Uni et dans d’autres nations souveraines comme Hong Kong.

Une carrière politique pleine d’opportunisme
C’est un des traits de caractère de Leung. Il sait se lancer au bon moment. Cela explique notamment sa carrière fulgurante dans le monde de l’immobilier et sa fortune personnelle imposante. Mais a-t-il choisi le bon timing en se présentant face à Tang à l’élection de mars 2012 ?

Conseiller honoraire du gouvernement de Shenzhen, de Shanghai et de Tianjian sur la réforme agraire, il cumule les postes afin de se placer en politique et de nouer de nombreux contacts. Il est notamment également conseiller économique international auprès du gouvernement populaire de la province chinoise du Hebei. Son parcours passe aussi par les universités puisqu’il est de 1999 à 2008 Président du Conseil de l'Université Lingnan et Président du Conseil de HKU.

 

1999, Leung reçoit le prix Golden Bauhinia, année qui marque sa réelle entrée dans la vie politique hongkongaise puisqu’il accède à un poste de pouvoir à Hong Kong. Il est en effet nommé Coordinateur du Conseil Exécutif. Il devient alors membre du Comité permanent national de la Conférence consultative du peuple chinois politique et président du conseil d'administration de l’institut de recherche "un pays, deux systèmes". Tout s’accélère pour Leung qui affirme en juillet 2009 qu’il pourrait se présenter comme candidat à la direction de Hong Kong, candidature qu’il a officialisé en démissionnant de son poste au Conseil Exécutif en septembre de cette année.

Une réelle chance de voir C.Y. devenir Chef de l’exécutif ?
Leung Chun-ying semble être le seul concurrent à pouvoir faire de l’ombre à Henry Tang. Ce dernier, qui a fait la Une des médias ces derniers temps après des rumeurs sur son infidélité, semble rester le candidat favori à la fois de Pékin et des sondages. Pourtant le contexte du début de la campagne électorale - contraction de l'économie et inflation attisant la colère des citoyens qui considèrent que les gouvernants n’ont cure de leurs problèmes –est plutôt défavorable à Tang, ancien secrétaire aux Finances accusé de ne se préoccuper que des intérêts des milieux d’affaires. La Chine a d’ailleurs soulevé son inquiétude quant aux tensions sociales dans la ville.

"La Chine peut attendre un peu pour prendre la décision finale, Tang et Leung étant tous les deux acceptables"
, a déclaré Willy Lam, professeur adjoint d'histoire à l'Université chinoise de Hong Kong. En effet les deux candidats semblent convenir à Pékin. Alors que Leung fait lui aussi partie de la communauté d’affaires, Tang qui est présent au premier plan de la politique hongkongaise depuis de nombreuses années semble, plus que son adversaire, attirer sur lui les foudres des citoyens. "Les Hongkongais voient Tang comme le candidat de la communauté des affaires, ce qui peut le désavantager. Cependant les fonctionnaires sont clairement plus favorables à l’élection de Tang que de Leung. Pékin devra sans aucun doute prendre cela en considération" explique également le professeur Lam au South China Morning Post.

La Chine doit cependant tenir compte du climat actuel, où les Hongkongais se méfient de la collusion entre le gouvernement et les entreprises. Pékin semble s’inquiéter d’un éventuel retour de bâton si Tang est élu. La menace des manifestations monstres de 2003 plane sur Hong Kong. Un membre hongkongais du Comité national de la Conférence consultative du peuple chinois a déclaré aux médias de Pékin : "C.Y. Leung, qui vient d'une famille pauvre, semble ne pas souffrir d’une telle défiance de la part des citoyens hongkongais", ajoutant qu'il supportera le rival Tang.

La cote de popularité de Henry Tang a chuté de 65,4% à 46,6% dans les derniers sondages d’opinion. Laissant peut-être la place de favori à Leung.

À suivre
Mardi 25 : Les candidats à l’élection : Zoom sur Rita Fan et Regina Ip

Roman Fruitier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), vendredi 21 octobre 2011

A lire sur le sujet : PORTRAIT – Les candidats à l’élection : Henry Tang

Ainsi que : POLITIQUE – Une chronologie hongkongaise du vote

 
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