Hong Kong

ECOLOGIE - Une classe du LFI en immersion dans une asso indonésienne

Les élèves de seconde qui ont choisi l’option écologie et territoire, partent cette semaine direction l’usine de sucre de l’association Masarang, en Indonésie. Fondée par Willie Smits, cette ONG lutte contre les nombreux problèmes découlant de la production d’huile de palme.

 


Willie Smits, fondateur de l'ONG Masarang


Quelques minutes avant la conférence de Willie Smits au LFI, les élèves annonçaient la couleur en proposant à la vente divers produits, calendriers et autres sachets de sucre de palme, marqués du logo de l’association Masarang, les fonds récoltés étant destinés à l’ONG. Cette semaine, la vingtaine de jeunes qui ont choisi l’option écologie et territoire, s’envolent pour l’Indonésie et plus précisément la province de Sulawesi du Nord, où ils pourront, en immersion, participer à l’action de l’association. En plus de lutter contre la déforestation de masse découlant de l’exploitation de palmiers à huile, Masarang redonne espoir aux populations locales qui subissent de plein fouet les conséquences d’un cataclysme qui dure depuis maintenant plusieurs décennies. 

Sauver les orang-outans

Arrivé en Indonésie dans les années 80, Willie Smits, grand spécialiste de la forêt et défenseur des animaux, s’est vite heurté à un crève-coeur. Voyant un bébé orang-outan mourant, errer sur un tas d’ordures dans un marché, il prend encore plus conscience de l’ampleur des dégâts générés par la culture de palmiers à huile. Déforestation de masse, chasse de la faune peuplant les forêts tropicales, appauvrissement des sols et par conséquent, de la population locale, sont les symptômes d’une tempête que rien ne semble alors pouvoir arrêter. Sauf la détermination du Néerlandais, qui dans un premier temps ouvre un refuge pour les orang-outans et fait de la contrebande illégale d’animaux son ennemie.  « Mais il n’y avait aucun moyen pour arrêter ce phénomène, il y a trop de corruption. J’ai moi-même été victime de plusieurs tentatives d’assassinat », indique le fondateur de Masarang à l’assemblée venue l’écouter au LFI. « La forêt doit être plus importante que n’importe quelle alternative », ajoute l’écologiste, jamais découragé. 

Replanter la forêt

En 2001, la lutte de Willie Smits prend un autre tournant. Afin d’offrir aux orangs-outans un nouveau refuge, le spécialiste et ses associés (Borneo Orangutan Survival - BOS) achètent un terrain d’environ 2000 hectares près de Balikpapan. Les terres sont alors dans un sale état, ravagées par la déforestation puis la sécheresse. Mais c’était un défi trop faible pour inquiéter le Néerlandais. Grâce à son étude poussée des champignons mycorhiziens (qui agissent sur les racines des plantes), il arrive à stimuler la croissance d’arbres meranti et en huit ans, Willie Smits arrive à faire repousser une forêt entière, composée de centaines d’espèces différentes. Les biomes créés ont permis d’augmenter considérablement les précipitations et donc d’assainir la terre. Et rapidement, les animaux, notamment des primates et oiseaux, se sont mis à coloniser ces lieux. Par ailleurs, la forêt de Samboja Lestari sert désormais d'école pour les orang-outans qui sont introduits par BOS, où ils sont supervisés de jour et dorment dans des abris la nuit. Ceux qui arrivent à adopter un comportement totalement autonome sont par la suite relâchés dans des espaces protégés où ils peuvent vivre dans des conditions naturelles.

Aider la population locale

Parallèlement, en 2007, l’association Masarang, créée par Smits pour restaurer les forêts et soutenir les populations locales, ouvrait une usine de sucre de palme. En tirant la sève depuis la tige des fleurs de palmier à sucre (Arenga), les employés de l’usine, pour la plupart issus de la tribu locale Tombulu, arrivent à produire un sucre de très bonne qualité, ainsi que du bio-éthanol. Et l’association profite également des connaissances en matière de flore accumulées pendant des centenaires voire des millénaires par les locaux, qui transforment de nombreuses plantes en médicaments et autres onguents. Des produits qui se vendent très bien et permettent aux travailleurs de toucher des salaires nettement plus convenables que ce qu’on leur proposait auparavant, et de pouvoir envoyer leurs enfants à l’école. Un véritable cercle vertueux, qui ne demande qu’à être exporté. « Aujourd’hui, on peut générer deux à trois fois plus de revenus que ce qui se fait avec les palmiers à huile », jubile Willie Smits. « 46% des produits pharmaceutiques en Europe ont au moins un composant provenant des forêts tropicales », renchérit l’écologiste. De quoi donner un peu plus de légitimité à Masarang, qui est sur la bonne voie puisque l’association est désormais soutenue par des personnes influentes, politiques, notamment en Norvège, ou hommes d’affaires et propriétaires terriens soucieux de l’environnement. 


François Drémeaux et Willie Smits

La jeunesse, précurseur de l’écologie et du développement durable ?

Depuis la COP21, on entend beaucoup plus parler du réchauffement planétaire, bien que de réels changements tardent à arriver, selon Smits. Quoi qu’il en soit, les plus jeunes sont mieux sensibilisés à la cause de l’environnement et l’association Masarang met aussi la main à la pâte : grâce à Adrienne Watson, la femme de Willie Smits, une branche de l’association est notamment présente à Hong Kong et en Chine, où des projets en rapport avec l’environnement ont été créés en partenariat avec plus de quarante écoles. Et ces initiatives ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd… Ou plutôt de deux :  sous l’impulsion de Catherine Touzard, consultante en environnement et développement durable au LFI, et François Drémeaux, professeur d’histoire et responsable de l’option écologie et territoire, les élèves du lycée français partent chaque année depuis deux ans, rencontrer l’association. « Nous allons passer une semaine en immersion totale, où nous aiderons la population locale. On apporte une aide matérielle, notamment aux enfants avec des cahiers et des médicaments. Pour l’heure, on a aussi récolté plus de 20 000 HKD qui serviront à l’association », se réjouit Jeanne, une élève qui participe au voyage. Et l’équipe pédagogique du lycée d’être ravie par la détermination des élèves : « tous les aspects du développement durable sont présents dans cette association, j’ai une classe très spéciale qui a été très motivée tout au long de la préparation de ce voyage », jubile François Drémeaux. 

 

Antoine Vergnaud (www.lepetitjournal.com/hong-kong) - mardi 16 mai 2017

 
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