Hong Kong

LUIS CHAN peint un Hong Kong visionnaire et fantaisiste

 

Le peintre Luis Chan (1905-1995), objet d’une rétrospective dans une galerie hongkongaise en mars et avril 2017, a incarné tout au long de sa vie, le changement et le bouleversement profond qui ont secoué Hong Kong au XXe siècle par une œuvre très personnelle qui ouvre un monde de fantaisie et trouve ses racines à la fois dans les cultures orientales et occidentales.

Né à Panama en 1905 dans une famille cantonaise, il arrive à Hong Kong à l’âge de 5 ans et ne le quittera plus. Autodidacte, sa formation viendra de cours par correspondance pris a la Press Art School de Londres : « On peut disait-il exprimer toutes ses émotions avec la couleur... ». Son œuvre n’a jamais démenti ce propos. De 1925 à 1960, il s’adonne comme la plupart des peintres locaux au paysage, peignant inlassablement sur le motif, tous les aspects du paysage. Ses aquarelles montrent une grande originalité dans le traitement du sujet et de la couleur : Luis Chan a su capter la lumière intense qui écrase le paysage, tourne le ciel au jaune et le couvert végétal en verts très sombres, presque noirs plongeant la scène dans une immobilité ou pas un souffle d’air ne passe, créant un sentiment de solitude aride,  un temps suspendu ou n’apparait aucune forme de vie humaine. Dans le même temps, c’est un homme très actif et passionné  avec une vocation d’éducateur. Il présente sa première exposition individuelle en 1935 il fonde une guilde des artistes de Hong Kong, publie un grand nombre de traités de peinture sur l’art du dessin, de l’aquarelle, du portrait et sur la peinture contemporaine.

Les audaces et fantaisies d’une imagination débridée

Mais le plus extraordinaire fut la complète transformation de Luis Chan dans les années 60, alors en plein dans la cinquantaine. Il expérimenta alors toutes les techniques de l’art occidental, huile, collage, acrylique, et se libérant de toute contrainte,  abandonna alors tout réalisme pour se plonger dans son propre monde, nous livrant alors toutes les audaces et fantaisies de son imagination : un univers liquide et aérien aux couleurs vives et provocantes – bleu turquoise, vert d’eau, rose soutenu, parsemé  d’ilots, de rochers où s’incruste une humanité condensée, souvent réduite à des visages grotesques ou tourmentés aux travers lesquels  se promènent dans les airs ou sous les mers de gros poissons colorés.

La rencontre avec Jacques Halpern, artiste français qui sera mystérieusement empoisonné au Vietnam

Luis Chan fit d’ailleurs une rencontre décisive, due au hasard à cette époque. En 1961, l’Alliance Française présentait avec le Hong Kong City Hall une exposition du peintre surréaliste français Jacques Halpern. Cet artiste né en 1925 et très apprécié par André Breton appartenait avec Tristan Tzara, Christian Dotremont et Raymond Queneau entre autres, au mouvement du Surréalisme révolutionnaire. Il était à la charnière des années 45-50 l’un des tenants les plus enthousiastes de l’« automatisme ». Or Luis Chan, raconta comment l’exposition de Halpern fut un déclencheur qui le conforta à un moment où il se dégageait de la tradition et se libérait de toutes entraves, créant son propre monde de paysages fantaisistes et visionnaires, aux accents parfois surréalistes. Celui-ci observa une démonstration de Halpern, transposant ses couleurs d’une plaque de zinc sur le papier, utilisant dans sa peinture le pouvoir suggestif de l’inconscient, une technique que Chan reprendra ensuite, sans toutefois adhérer au Surréalisme, mais qui lui permettra de pénétrer dans son propre monde imaginaire qu’il développera jusqu’à sa mort en 1995.  Ce peintre français de passage eut d’ailleurs un destin tragique puisqu’installé peu de temps après à Saigon au Vietnam où il avait ouvert une galerie selon une source hongkongaise qui l’a bien connu, il décéda à l’hôpital empoisonné mystérieusement, sans doute dit la rumeur, par des agents de Diem en raison de ses sympathies pour le Vietnam du nord. Chose impossible à vérifier aujourd’hui.

Un peintre qui montrait sa joie de peindre et de vivre

Toutefois, Luis Chan aspire à une harmonie supérieure dans ses peintures et tente d’enfermer une image globale du monde où l’eau, l’air et le ciel se mêlent l’un à l’autre constamment, où animaux et humains deviennent la matière même des ilots, englués dans la matière, incapable d’aspirer à la liberté du poisson. Ces dernières œuvres iront d’ailleurs plus vers l’abstraction et la méditation. C’était un homme d’une grande énergie alliée à beaucoup d’humour et de joie de vivre et de peindre et un représentant typique de cette culture hongkongaise, qui trouve son expression dans sa capacité à absorber rapidement de multiples influences, créant une œuvre unique loin de ce qui pouvait se faire en Chine à la même époque. Ses œuvres sont aujourd’hui en collections privées et en grand nombre dans Hong Kong Museum of Art, en ce moment fermé pour rénovation.

Gérard Henry (www.lepetitjournal.com/hong-kong) jeudi 8 mars 2017

Photo : Courtesy of Hanart TZ Galery

Informations pratiques :
Rétrospective en 2 parties à Hanart TZ Galery, 401, Pedder Building, 12 Pedder Street, Central,  Hong  Kong
Part 1. Landscape Fantasy 17/2-11/3/2017
Part 2 Urban Figures 17/3-13/4/2017

 

 

 

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