Hong Kong

EVASION – Manille, une ville aux contrastes saisissants

 

Les Philippines. Enfin ce voyage tant attendu. Mon guide en poche, me voilà en survol de cet archipel qui, déjà, m'éblouit. Atterrissage imminent.

Un archipel aux 7107 îles

Que de bleu, que de vert, que de paysages incroyables. Je dégaine mon objectif. La fenêtre de mon hublot ouvert, je commence à immortaliser ces incroyables îles et îlots qui reposent, là, tout en bas. Mer de Sulu, Mer des Philippines, je crois reconnaitre la forme de Palawan, puis de l'archipel des Visayas, qui feront partie de mes destinations de voyage. Je me languis d'y être.

10h30. Manille. Mes rêves de bleu et de vert se transforment en ciel gris et chaleur écrasante, les petits villages typiques tant attendus en routes encombrées...

Etape obligatoire avant de rejoindre mon paradis, la capitale des Philippines m'ouvre ses portes l'espace d'une nuit.

Je saute dans un taxi, le sourire du chauffeur, ce vieil homme abîmé par les années me réconforte. Il me demande d'où je viens. Paris. Tour Eiffel apparait tout de suite dans ses mots. Nous échangeons sur nos capitales respectives, il est curieux, nous parlons cuisine, enfance, écoles, traditions, Noël, neige, tourisme, coût de la vie, nous évoquons ma famille, la sienne, mes montagnes, son bidonville, notre pollution, la leur. Nous avons finalement quelques préoccupations communes bien que nos vies soient éloignées de quelques 10 000 kilomètres et presque autant de différences.

Je me sens bien. "You have time?" me demande-t-il. Quelques heures, ou plus, je ne sais pas... Il me propose un détour par le Vieux Manille. Je me sens en confiance. J'accepte. Il me guide. Il semble heureux de notre rencontre. Moi aussi.

J'ouvre grands mes yeux devant tant de couleurs, tant de typicités atypiques. Lorenzo (son prénom, d'inspiration espagnole comme ceux que portent beaucoup de vieux Philippins) me conte quelques histoires sur le chemin.

Le Jeepney, ce bus coloré aux motifs religieux ou paysagers qui transportent plus de passagers que de raison semble omniprésent dans les rues de Manille.

Lorenzo me raconte que ces engins ont été offerts par l'armée américaine à la suite de la 2ème Guerre Mondiale, qu'ils sont environ 150 000 à sillonner les rues de la ville. Les touristes ne s'avisent trop guère de les emprunter car leur route n'est pas toujours très claire : on a vite fait de se retrouver dans un quartier dont nul guide ne parle !

Je suis ébahie par leur beauté, mais aussi par le nombre de passagers à bord. J'en compte 12 sur le toit, et 30 à l'intérieur. Lorenzo rit. Le bus est initialement prévu pour 24 passagers, mais ici, tout est possible !

Il me montre d'ailleurs un autre moyen de transport typique : le tricycle, sorte de moto-sidecar prévu initialement pour 2 à 3 passagers. Deux sur la petite banquette (oups, je me dis que mes rondeurs ne permettraient pas d'accueillir un autre passager à mes côtés !) et un à l'arrière du chauffeur sur la moto. Sur celui que nous dépassons, nous comptons déjà 5 passagers !

Cette balade dans Manille me donne tout de suite envie de monter à bord du Jeepney et de l'un de ces tricycles, de me fondre dans la foule. Mon voyage à Manille pourrait bien se prolonger au-delà d'une journée !

72H à Manille

Nous arrivons dans le quartier que les guides appellent "Intramuros", où l’on ressent tout de suite l'influence hispanique. La colonisation espagnole a duré près de 400 ans aux Philippines. Lorenzo fait appel à sa mémoire lorsque je lui demande plus d'informations sur cette période. Il hésite avant d’évoquer le 27 Avril 1565, date à laquelle les Philippines sont devenues espagnoles. Il semble plus sur de lui lorsqu'il m'annonce que son pays a gagné son indépendance en 1898. Avant celà, les Espagnols ont eu le temps de christianiser les Philippines, d’y bâtir de superbes églises, des écoles, des hôpitaux, d’y amener la civilisation moderne à travers l'imprimerie et le calendrier, d’y créer l’unité politique, d’inspirer des prénoms et des noms de famille.

Je m'émerveille devant quelques bâtiments historiques de ce vieux quartier, Fort Santiago, l’église Saint Augustin, la Basilique de Manille et bien des habitations privées témoignant de l'héritage espagnol. Nous croisons écoliers et écolières en uniforme, Et Lorenzo de m'expliquer que cet héritage là appartient aux Américains qui ont, durant près de 50 ans, laissé d'autres empreintes : "fast food", centres commerciaux démesurés et ultramodernes, mais aussi leur langue, aujourd'hui largement parlée sur l'archipel.

Je commence à comprendre un peu mieux ce pays et me prends à vouloir tout savoir de son histoire. J'aurais bien le temps de croiser d'autres Lorenzo pendant les 8 semaines de mon voyage. J'ai hâte. Hâte d'échanger avec d'autres locaux, ailleurs…

Le soleil se couche, je propose à Lorenzo de nous arrêter dans un petit restaurant, il suggère de me faire découvrir la fameuse cuisine de rue, celle que mangent les locaux. Sans hésiter une seconde, j'accepte. Nous nous retrouvons alors au coeur de la ville trépidante, de ses couleurs et de ses odeurs de barbecue, mon objectif rivé sur les stands du marché et ses curiosités culinaires. Une marchande me détaille son étal : poulet sous toutes ses formes, tête, intestins, filets et ailes (ouf, quelque chose de normal !), mais aussi en version "fried chicken" dont, apparemment, les locaux raffolent puisque Lorenzo en commandera 3 portions ! Nous nous asseyons ensemble, il semble fier, moi aussi. Fière de découvrir Manille de façon authentique et d’avoir pu effacer ma première impression négative.

J'y passerai finalement 72 heures. 3 journées à découvrir cette ville sous ses multiples facettes : Makati, son quartier d'affaires, sa baie, ses marchés, ses bidonvilles, sa pollution, omniprésente, ses centres commerciaux et ses contrastes, tout simplement.

72 heures épuisantes mais passionnantes pour qui veut découvrir ce pays aux multiples facettes. Bien sûr, je sais que cette mégalopole polluée, sale et pauvre n'est pas la meilleure façon de découvrir les beautés des Philippines, mais elle fait partie du patrimoine de l'archipel. Et je m’y suis finalement sentie bien.

En 3 jours, j’ai entendu parler du nouveau président au moins 42 fois, de la Tour Eiffel à peu près à chaque fois que je me suis présentée comme française, j'ai fait attention à moi et ceux que j'ai croisé ont semblé faire de même. J'ai croisé de nombreux gardes armés, ai été impressionnée, et puis moins. J'ai grimpé dans un Jeepney et sur la selle d'un tricycle, joué avec des enfants des rues et souri avec eux, j'ai chanté Céline Dion au karaoké, dansé sur Elvis Presley.

Demain, je m'envole pour Palawan et, j’ai déjà en tête les images sublimes de cette ile.

Carol Le Roux (www.lepetitjournal.com/hong-kong), lundi 12 décembre 2016.

 

 

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