À 31 ans, l’actrice Mélanie Thierry est à l’affiche d’un film confidentiel par son nombre de salles mais très fort par son sujet : la maternité en prison. Rencontre

Lepetitjournal.com - Est-il difficile de se plonger dans un scénario relativement sombre voire glauque ?
Mélanie Thierry -
Quand on le lit, on ne se dit pas que c’est glauque. Forcément cela trimballe beaucoup de violence. C’est un combat pour pouvoir gagner en espoir et se dire que la vie peut aussi devenir autre chose. C’est aussi le combat d’une mère et de son enfant. Elle va se rendre un compte à quel point un enfant peut changer sa vie. Dans ces moments-là, elle va se révéler tendre et aimante alors même qu’elle n’a connu que la brutalité. Il y a un message d’espoir.

Il y a un côté un peu effrayant tout de même …

Je n’étais pas effrayée mais cela m’a semblé tellement loin de moi - une autre figure, une autre silhouette, un autre visage - que je ne m’imaginais pas qu’une petite blonde puisse devenir cette nana qui marche comme un taureau, qui est prête à foutre son poing dans la gueule quand on lui parle mal et à répondre par les coups car elle ne sait pas faire autrement. Après les essais, j’ai vu que j’en étais capable, j’ai trouvé une autre couleur de moi qui pouvait être crédible.

Comment as-tu travaillé l’incarnation du personnage ?

Le personnage était bien écrit, il fallait « juste » que je me l’accapare, que je le tienne. À partir du moment où l’on sait que l’on va se jeter corps et âme dedans, on ne se pose pas la question plus longtemps. On cherche juste la façon de le construire. Cela se fait petit à petit et au bout de 3 mois on tient le personnage et on est prêt à s’embarquer pour le tournage. Il me fallait ce laps de temps pour jouer ce rôle. Mais c’est passionnant, c’est la période la plus enrichissante qui soit de s’accaparer un personnage.

Que connaissais-tu du milieu carcéral et des femmes qui y vivent ?
Ce n’était pas ma famille, mon quotidien, mon climat. J’ai donc regardé plein de documentaire, et mon metteur en scène m’a emmenée en prison pour rencontrer les détenues, histoire de démystifier un peu tout ça. Quand tu arrives, tu es un peu flippée, même si tu sais que tu vas ressortir trois ou quatre heures après. Les portes se ferment derrière toi, tu entends les verrous. Tout à coup tu te rends compte de la valeur de la liberté ! Il y a une vraie tension. Tu te dis que ta vie peut basculer en un rien de temps et que je me retrouvais à la place de ces filles-là pour un malentendu, une mauvaise rencontre.


"Au départ elles ont dû me regarder de la tête aux pieds en se demandant ce que je foutais là"


Tu as été bien accueillie ?
Je suis tombée sur un groupe de filles super. Je me fichais de savoir ce qu’elles avaient fait. Après, j’ai passé quinze jours avec elle, quatre heures par jour, donc nous nous sommes dit des choses. Tu es avec des filles qui sont vraiment en demande, elles ont envie de s’aérer, d’être regardées comme des personnes lambda, des femmes. Peut-être qu’au départ elles ont dû me regarder de la tête aux pieds en se demandant ce que je foutais là, mais ensuite nous nous sommes retrouvées à faire des choses ensemble, à se faire confiance. Elles se sont livrées d’elles-mêmes, je n’ai pas été gratter des choses. Elles ont senti que ma démarche était saine.

Étaient-elles toutes mamans, comme Ombline ?
Non. J’ai rencontré des nanas qui n’ont pas vu leur enfant depuis des années, d’autres qui n’en avaient pas. Ce n’était pas exactement mon personnage mais je n’avais pas besoin de ça, il fallait que je fasse ma sauce, ma réalité. Ombline, c’est moi, en m’inspirant de chaque fille et femme que j’ai vue là-bas. Elles m’ont accompagnée. J’ai fait du mieux que je pouvais pour donner un portrait sincère, juste, sans jamais cabotiner ni mentir, j’espère que je ne me suis pas plantée. Elles me le diront quand j’irai montrer le film en prison. J’espère juste qu’elles ne seront pas blessées. Je voulais faire un portrait d’elles qui soit de leur côté. Je suis convaincue qu’elles vont bien réagir mais je flippe un peu quand même ! Mais j’ai donné tout ce que je pouvais, le personnage existe, on prend l’histoire en pleine figure. Il y aura des imperfections, c’est un premier film, il faut être indulgent.

Tu es toi-même maman. Cela-a-t-il joué dans ton choix de faire ce film, dans ton attitude… ?
Il se trouve que je l’étais avant de faire le film. Je sais donc le trouble que cela peut être d’être mère pour la première fois, de ne pas avoir le mode d’emploi. Si je n’avais pas été maman, je crois que je me serai jetée dedans à corps perdu aussi. Je l’aurais fait autrement mais cela n’aurait pas été forcément moins bien.

Les enfants ont une place primordiale dans le film. Comment les as-tu gérés ?
J’avais plusieurs enfants et en plus je jouais un rôle de mère qui est un peu violente. Il a donc fallu un peu martyriser les enfants ! Tout en ayant une relation de confiance avec eux. J’étais leur mère de substitution. Entre les prises, ils étaient dans mes bras, pas dans ceux de leur mère. Nous nous sommes apprivoisés. Cela a été un boulot épuisant. J’étais très prise avec ce que j’avais à jouer et ce que le bébé te donne. Il fallait être attentive, pouvoir voler des moments avec lui. Je disais souvent "caméra, caméra" car il fallait que ça tourne pour avoir un truc que l’on ne reverrait pas.

"Je viens de signer pour jouer dans le nouveau Terry Gilliam !"

Le film est un peu confidentiel (environ 25 salles en France), c’est un peu dommage non ?
Je suis déjà contente que le film sorte. Cela fait deux ans que l’on l’a tourné et il était question qu’il reste dans un tiroir. Cela me rendait malade. Donner autant sans aucun spectateur au bout, ça fait un mal de chien ! Mais il existe finalement. Il va certes falloir se bouger un peu pour aller le voir, ce sera compliqué, mais il est là, c’est le principal.

Dans quel état sort-on d’un film aussi fort ?

Épuisé ! Je n’ai fait pas de films tout de suite après, pendant plusieurs mois. Je n’arrivais donc pas à me dépêtrer de ce personnage. Je n’ai pas réussi à l’abandonner. Aujourd’hui je connais mieux le milieu carcéral, je le vois différemment. C’était très instructif et je suis sortie plus sensible à tout ça. Mais tu ne peux pas tout le temps jouer ce genre de rôle. Il faut pouvoir souffler sinon tu deviens fou. Après ce film-là j’ai choisi un film léger avec un rôle de petite Parisienne pour aller ailleurs, souffler. Peu importe le sujet, il faut savoir doser et alterner.

Où pourra-t-on te voir donc rebondir ?
Il y aura d’abord Comme des frères le 21 novembre avec François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle. Une comédie charmante, fraîche, émouvante. Et ensuite j’ai deux gros tournages ! Le nouveau film de Denys Arcand (Le déclin de l’empire américain, Les invasions Barbares), que j’adore. Ce sera un film sur quatre saisons, tournés en temps réel. Et je viens de signer pour jouer dans le nouveau Terry Gilliam ! Ça devrait s’appeler Théorème Zéro, avec Christoph Waltz et Tilda Swinton. J’ai un rôle génial, une fille complètement illuminée, folle dingue, drôle… Je vais m’éclater à jouer cette nana. J’ai commencé le coaching, le tournage commence en novembre. J’ai repris l’anglais, il faut que mon anglais soit impeccable même s’il dit aimer my "frenchness" ! Ça va être une expérience géniale.

Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mercredi 12 septembre 2012


OMBLINE
Un film (1h35) de Stéphane Cazes avec Mélanie Thierry, Nathalie Becue, Corinne Maserio, Catherine Salce…
À 20 ans, Ombline se retrouve en prison suite à une condamnation pour violences aggravées. Perdue, au bord du gouffre, elle va devoir trouver un second souffle : elle est enceinte. La loi carcérale permettant aux femmes d’élever leur enfant en prison jusqu’à leurs 18 mois, le film propose ici de suivre le quotidien de cette maman en prison, avec tout ce que cela comporte comme malheurs.
Dans le rôle d’Ombline, Mélanie Thierry excelle. Tantôt à cran, tantôt à sang, jamais à blanc, elle distille sa vérité d’un moment oscillant entre douleur, bonheur et espoir.  Malgré quelques imperfections, notamment certaines longueurs et une bande originale perfectible, le film est fort et transmet une belle note d’espoir.







 
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