De nationalité belge et d’origine portugaise, Helena Noguerra parcourt le monde depuis ses années de mannequinat. Ses voyages au cœur des paysages et des cultures ont décuplé son envie de découverte. À 42 ans, la sœur de Lio est ainsi une artiste plurielle. Actrice, réalisatrice, chanteuse, écrivain, elle croque sa vie avec passion. Et prend à cœur tous les rôles, comme celui de femme homosexuelle désirant adopter un enfant que lui a offert Christian Clavier dans On ne choisit pas sa famille, en salles aujourd'hui
Lepetitjournal.com : L’homoparentalité et l’adoption sont des sujets sensibles. La comédie est-elle le meilleur moyen de les aborder ?
Helena Noguerra : Je ne sais pas s’il s’agit du meilleur moyen, mais c’est un bon moyen. Fort, osé et courageux. C’est une comédie à vocation populaire. Christian s’intéresse beaucoup aux phénomènes de société, de manière un peu silencieuse. Le père noël est une ordure, qui nous a fait tant rire, est une critique de société, de la solitude. Les Bronzés, c’est une critique des vacances organisées en club. C’est un homme érudit, qui s’intéresse à l’histoire, la politique. Quoi qu’il fasse, c’est chargé, même si cela n’en a pas vraiment l’air.
Était-ce difficile de se plonger dans votre rôle ?
Pas du tout. C’est un couple, je joue une femme amoureuse, point. Je ne joue pas la sexualité. L’adoption est un sujet que je connais puisque j’ai fait une demande. Je connais les difficultés que cela entraîne. Mais je joue un rôle. Dans la vie, je n’ai aucun tabou, aucun souci avec les homosexuels, je suis une femme libre. Pour moi, ces sujets ne sont pas un problème. C’est naturel, c’est la vie.
Une partie du film se déroule à Bangkok. Qu’avez-vous pu ressentir dans cette ville si diverse ?
Il est difficile de se faire une idée, car les tournages ne permettent pas de découvrir vraiment un pays, une culture. On travaille du matin au soir. Et après on dort car on est fatigué. Ce n’est pas comme si on avait décider de partir dans un pays pour le visiter. On a finalement accès à peu de choses : la nourriture, les odeurs. On aperçoit la ville, on sent la pollution, il y a énormément de monde. Pour ma part, j’ai senti quelque chose d’assez serein, de très respectueux entre les êtres. Je ne me sentais pas agressée dans la rue en tant que femme, pas en danger. Ni regardée de manière lourde comme cela m’arrive dans d’autres pays. Est-ce ainsi dans la vie de tous les jours ? Je ne sais pas. Je ne me suis pas baladée toute seule dans les rues.
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En revanche, j’ai perçu une espèce d’oppression chez les gens. Leur carapace très polie est peut-être une forme d’oppression, de soumission. On ressent également cette pression du roi et de la reine, qui sont des mythes intouchables.
Vous avez dit "Je suis partout chez moi, je me sens universelle". Expliquez-nous
J’aime tous les endroits du monde. Je me sens terrienne, citoyenne du monde. L’idée d’appartenance à un pays ne m’intéresse pas. Ce qui m’a rendu meilleure est d’être confrontée à la différence. Je suis devenue une meilleure jeune femme quand j’avais 15 ans et que je suis partie au Kenya en tant que mannequin. J’ai été confrontée aux Maasaï, je les ai vus vivre leur vie. Ils étaient à des milliards de kilomètres de moi, qui me préoccupais de ne pas être bookée pour le Vogue et d’avoir un peu trop de cellulite au-dessus du genou. Je me concentrais sur mon corps, ma personne. Là-bas, les hommes riaient de moi car ils me trouvaient grasse, molle et blanche, avec le cheveu trop raide. Cette confrontation a mis beaucoup de choses en perspective. Je me suis dit que, finalement, tout n’était que code. J’appartiens à un monde codifié autrement alors ouvrons, ouvrons et ouvrons encore. C’est par la différence que je me suis rendue compte que j’aimais la terre, le monde, que j’étais partout chez moi et que l’autre m’intéresse car il ne me ressemble pas.
Vous êtes souvent loin de chez vous (Paris, ndlr). Ressentez parfois un manque, de certaines habitudes par exemple ?
Lorsque nous sommes à l’étranger longtemps, les manques sont inhérents à son petit cocon, son lit, ses affaires. Revenir à la maison et faire une machine à laver devient hyper exotique car, enfin, le quotidien prend un autre prix. C’est dans la confrontation avec autre chose que l’on est content de retrouver des repères. Mais je suis bien à l’étranger.
Votre ouverture sur le monde a-t-elle fait de vous l’artiste multicartes (actrice, écrivain, chanteuse) que vous êtes aujourd’hui ?
Quand j’étais petite, cela m’angoissait de me dire que je ne ferai qu’un seul métier pendant toute ma vie. Dès cette époque, j’avais conscience que l’on était de passage, que tout irait très vite, que l’on allait mourir. Dans ce petit espace temps, je veux donc vivre toutes les vies. Je ne peux pas être chinoise, arabe ou américaine, mais je voudrais pouvoir tout tenter et tout voir. C’est pour cela que je me suis retrouvée à écrire des romans, à chanter, jouer dans des films, à en réaliser… Si on me dit "Tu veux jouer au théâtre ?", je dis "oui". J’ai la trouille, je n’ai pas vocation à ça, mais j’y vais. Idem si on me propose la réalisation d’un documentaire, ou un film X pour Canal Plus. Je n’ai peur de rien et si j’y gagne, c’est chouette. Expérimenter, apprendre, vivre autant de vies possibles, voir une multitude de pays, se confronter à différentes manières d’être, goûter le plus de choses avant mes funérailles… Telle est ma vie.
Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mercredi 9 novembre 2011
Le film
Après près de 40 ans de carrière cinématographique, Christian Clavier passe pour la première fois derrière la caméra. Dans On ne choisit pas sa famille, il fait tout : réalisateur, producteur, scénariste, et acteur.
Déjà aux manettes de Papy fait de la résistance (1983), Mes meilleurs copains (1989), Les Visiteurs (1993) ou Les Bronzés 3, amis pour la vie (2006) en tant que scénariste, Christian Clavier aborde ici deux sujets en un : l’adoption par des parents homosexuels. Il emmène le spectateur en Thaïlande où un faux couple hétérosexuel (Christian Clavier-Muriel Robin) cherche à adopter une petite fille pour satisfaire les envies de parentalité d’un couple homosexuel (Muriel Robin-Helena Noguerra). Au cœur de cette aventure burlesque, un docteur en mal d’amour (Jean Reno) va plus ou moins leur faciliter la tâche.
Si le thème est d’actualité et les propos cohérents, l’ensemble manque singulièrement de piquant. La présence de Jean Reno et Muriel Robin, deux proches de Clavier, renforce l’idée qui domine après le visionnage du film : On ne choisit pas sa famille est du Clavier dans le texte et dans le jeu. Les fans de l’acteur seront donc ravis de partager l’escapade thaïlandaise avec un Clavier toujours aussi expressif. Les autres passeront leur chemin, retenant la sempiternelle surenchère de cet acteur. Qui sait certes toujours faire rire, mais moins que par le passé.
On ne choisit pas sa famille (1h43) de Christian Clavier avec Muriel Robin, Christian Clavier, Jean Reno, Helena Noguerra…
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