Politique "à la Bismarck", rôle français réduit à celui de Daladier, … la domination allemande sur le dossier de la crise européenne provoque des relents de "germanophobie" selon l'UMP. Simples couacs, détournement politique ou vrai malaise ?
Des opposants à l’Allemagne lors d'une manifestation contre les mesures d'austérité (AFP/John MacDougall)
Comme dans bon nombre de polémiques, tout a commencé par une déclaration. Au micro de France Inter, le 30 novembre, Arnaud Montebourg, troisième homme de la primaire socialiste, accuse la chancelière allemande Angela Merkel de mener "une politique à la Bismarck", c'est-à-dire qu'"elle construit la confrontation, pour imposer sa domination". Otto von Bismarck, symbole de la Prusse, de la perte de l'Alsace et de la Lorraine, des guerres franco-allemandes. Rien que ça.
La riposte de l'UMP
En plein renouveau des relations franco-allemandes, cette déclaration a fait bondir l'Elysée. Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, a dénoncé "une germanophobie hystérique". Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé a jugé vendredi que les socialistes "prenaient les risques de ressusciter en France les vieux démons de la germanophobie", trouvant "honteux, par hargne partisane, de fragiliser notre acquis le plus précieux: la réconciliation, l'amitié franco-allemande". Le Premier ministre, François Fillon, a appelé dimanche le parti socialiste à de la “fermeté” contre “les relents germanophobes” de ces derniers jours. "Il faut garder son sang-froid dans ces périodes difficiles, anxiogènes même parfois. La tentation de trouver le bouc émissaire à l'étranger est une grande constante de ces périodes et peuvent amener toutes les dérives", a averti la ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot.
La réponse du président
"Jusqu'à présent, l'amitié franco-allemande faisait l'objet d'un consensus au sein de la classe politique française. Les paroles qui ont été entendues déconsidèrent ceux qui les ont prononcées à l'endroit de nos amis allemands" a déclaré, lundi, le président Sarkozy lors d'une conférence de presse commune avec Angela Merkel. Le président français et la chancelière allemande venaient de présenter les grandes lignes d'un projet franco-allemand de révision des traités de la zone euro, avec sanction automatique des Etats qui ne maîtrisent pas leurs déficits. Pour conclure sur cette polémique, le président a ajouté: "Je souhaite que, quel que soit le calendrier électoral, chacun sache se hisser à la hauteur des responsabilités et ne joue avec l'histoire de nos deux pays, qui a été trop dramatique pour qu'on se permette de se laisser aller à ce point". Nicolas Sarkozy avait déjà été comparé à Edouard Daladier par le socialiste Jean-Marie Le Guen, le 24 novembre dernier, lors d'un mini-sommet franco-allemand. Edouard Daladier avait signé les accords de Munich en 1938 avec Adolf Hitler.
Une polémique pour masquer l'impuissance française
Le Parti socialiste a dénoncé ce procès d'intention alors que les différents propos incriminés avaient déjà été critiqués par la formation politique. Pierre Moscovici, le directeur de cabinet du candidat socialiste à la présidentielle François Hollande, a dénigré cette "opération de communication visant à discréditer la gauche comme si elle était l'anti-France". Faisant référence au refus de Berlin de renforcer le rôle de la BCE, il déclare : "(Nicolas Sarkozy) demande et (Angela Merkel) ne veut pas. Elle veut et il accepte. L'amitié franco-allemande n'est pas l'austérité pour toujours. C'est une manipulation grotesque". "Il peut y avoir deux, trois propos qui vont au-delà de ce qui serait la ligne de crête normale d'un débat politique mesuré, serein. Soit", a, quant à lui, concédé le porte-parole du PS, Benoît Hamon. Mais cette polémique est, selon lui, "le fait d'un pouvoir politique acculé et qui ne veut pas reconnaître qu'aujourd'hui, il a choisi de se mettre sur une ligne politique qui n'était pas la sienne".
Polémique dans toute l'Europe
Le sentiment anti-Merkel et anti-allemand n'est pas propre à la France. Le rôle de plus en plus prépondérant de l'Allemagne sur la scène politique européenne déclenche une volée de déclarations germanophobes sur le Vieux continent. Horst Reichenbach, à la tête de la task-force de l'Union européenne en Grèce a ainsi été baptisé par la presse hellénique "Third Reichenbach". L'eurosceptique britannique Nigel Farage déclarait, quant à lui, au Parlement : "Nous vivons aujourd'hui dans une Europe dominée par l'Allemagne, soit précisément la situation que le projet européen était censé empêcher".
Berlin, dominatrice, malgré elle
L'Allemagne se défend pourtant de vouloir imposer sa doctrine au reste de l'Union européenne. "L'Allemagne ne veut pas dominer l'Europe", répète la chancelière allemande à qui veut l'entendre. Lors de la conférence de presse de lundi (voir vidéo ci-dessus), Angela Merkel explique ainsi travailler de concert avec la France pour trouver des solutions. Mais même la presse allemande reste dubitative. “L’Allemagne est en train de devenir pour l’Europe ce que les États-Unis sont au monde”, écrit ainsi Clemens Wergin, auteur de Flatwelt, blog très influent outre-Rhin. "Peut-on encore parler d'Europe démocratique, égalitaire et diverse quand, sous la houlette de l'Allemagne, on impose aux pays du Sud de la zone euro, comme s'ils n'avaient pas le choix, la politique d'austérité échafaudée à Berlin et mise en œuvre par de prétendus gouvernements d'experts ?", s'interroge encore le Berliner Zeitung, Pour Angela Merkel, la réponse est claire : "ceux qui parlent comme cela sont dans l'opposition, alors rejouissons-nous d'être au gouvernement et que ça soit à nous d'agir et pas à eux".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 7 décembre 2011
En savoir plus
Article du Figaro, Germanophobie : Sarkozy rappelle la gauche à l'ordre
Article d'Europe 1, "Germanophobie" : quels mots ont été prononcés ?
Article de TF1, "Germanophobie" : la gauche contre-attaque
Article de France 24, Pour la presse allemande, la germanophobie n'a pas de couleur politique
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