Barack Obama a enfin pu promulguer la loi entérinant l'accord sur le relèvement du plafond de la dette. Les agences de notation ont donc maintenu la note souveraine de l'oncle Sam à AAA. Les marchés financiers ont cependant été échaudés par cette guéguerre politicienne, qui fait craindre pour l'avenir des Etats-Unis
Enfin ! Barack Obama (photo AFP) a promulgué, mardi avant minuit à Washington, la loi permettant d'entériner l'accord sur le relèvement du plafond de la dette. Sans cet accord, la dette fédérale aurait atteint le seuil fatidique des 14. 294 milliards de dollars de "découvert autorisé" pour les Etats-Unis, entrainant une cessation de paiement de la part de l'Etat, qui n'aurait plus été en mesure de payer par exemple ni ses fonctionnaires ni ses retraités. Après des mois d'âpres négociations, la Maison Blanche avait pu dimanche soir sceller un accord entre démocrates et républicains, validé dans la foulée par les deux chambres du Congrès.
Que prévoit l'accord ?
Le projet bipartisan prévoit une hausse en deux temps du plafond de la dette : 900 milliards immédiatement et 1.500 milliards l'année prochaine. Cette deuxième phase pourra être annulée si deux-tiers du Congrès américain se prononcent contre. En échange, des coupes de 1.000 milliards de dollars seront effectuées dans un premier temps. Un comité bipartisan (6 démocrates et 6 républicains) sera ensuite chargé d'identifier des mesures permettant de réduire les déficits publics de 1.500 milliards de dollars sur 10 ans. Les hausses d'impôts ne sont théoriquement pas exclues, mais elles seront bien difficiles à obtenir par les démocrates.
Si ce comité ne parvenait à un accord avant la fin novembre, une série de coupes budgétaires (à hauteur de 1.200 milliards de dollars) serait alors automatiquement mise en place. Elle concernerait essentiellement le budget du Pentagone et Medicare, l'assurance santé des personnes âgées. Deux postes que veulent respectivement épargner les républicains et les démocrates, les incitant donc à trouver un compromis à temps. Enfin, l'accord prévoit l'inscription dans la Constitution des Etats-Unis d'un amendement forçant l'Etat fédéral à présenter chaque année un budget équilibré.
Soulagement et inquiétudes
Les agences de notation Moody's Investors Service et Fitch ont confirmé mardi la note souveraine des Etats-Unis, à savoir l'appréciation maximale AAA. Les agences menaçaient d'abaisser la note américaine si aucun accord n'était trouvé. Washington aurait eu donc plus de problèmes pour emprunter de l'argent à des taux privilégiés. "Malgré l'intensité et l'aspect théâtral du débat politique aux Etats-Unis, il y a la capacité et la volonté politiques de prendre les bonnes mesures au final", a estimé Fitch. Un bémol cependant, les deux agences de notation assortissent le triple A d'une perspective négative. La note américaine pourrait donc être abaissée d'ici quelques mois, si le livre de compte de Washington n'a pas meilleur mine. "L'accord de ce jour est une première étape vers l'assainissement budgétaire à long terme nécessaire pour maintenir la note de la dette de l'Etat américain dans la catégorie AAA sur le long terme", déclare Moody's dans un communiqué. La troisième agence, S&P, ne s'est, quant à elle, pas encore prononcée. "La question plus importante est de savoir si la loi sera suffisante pour calmer S&P, qui voulait 4.000 milliards de dollars de coupes, beaucoup sur le marché estimant qu'il y a un risque d'abaissement de note de la part de S&P", s'inquiète Gennadiy Goldberg, analyste obligataire chez 4Cast Ltd. à New York.
Les marchés ne sont pas non plus convaincus par cet accord. Les bourses de Paris, Tokyo et New York se sont toutes ouvertes mardi à la baisse. Les investisseurs sont inquiets et doutent de la capacité des Américains à réduire efficacement le déficit dans les prochaines années, alors qu'il atteint actuellement 9% du produit intérieur brut (PIB). Le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner a estimé que ces semaines de bataille ont érodé la confiance des marchés financiers.
Le FMI a eu beau salué l'accord, les autres puissances économiques internationales craignent que la bombe de la dette américaine ne soit pas complètement désamorcée. L’agence de notation financière chinoise Dagong a ainsi dégradé la note des Etats-Unis, qui passe de A+ à A avec une perspective négative. La Chine, qui possède 1.160 milliards de dollars en bons du Trésor américains, a indiqué, via le gouverneur de la Banque centrale Zhou Xiaochuan, que ses réserves de change "vont continuer à suivre les principes de la diversification des investissements et de la gestion des risques". On pourrait donc trouver moins de dollars et plus d'euros dans les coffres des banques de l'Empire du Milieu.
Pour Paul Krugman, Prix Nobel d'économie 2008, cet accord est "un désastre". "Les termes de l'accord s'apparentent à une abjecte capitulation de la part du président. D'abord il va y avoir de grosses coupes dans les dépenses mais aucune augmentation des recettes. Ensuite, une commission spéciale du Congrès rendra un avis sur les réductions budgétaires supplémentaires à envisager. Et si ces recommandations ne sont pas acceptées, il y aura automatiquement des coupes supplémentaires", explique-t-il. Avant d'ajouter : "Cela va probablement aggraver, et non améliorer, le problème de déficit des Etats-Unis sur le long terme".
Qui est le perdant ?
Dans cette guerre des nerfs entre démocrates et républicains, aucun des camps ne repart satisfait.
Les républicains ont prouvé qu'ils menaient la danse et pouvaient faire vaciller le pouvoir grâce à la majorité acquise en 2010 à la Chambre des représentants. Leur entêtement à refuser un accord pendant plusieurs semaines, quitte à menacer la note souveraine, n'a cependant pas été en leur faveur dans les sondages d'opinions. Selon un récent sondage du Pew Center, 42% des Américains ont désormais une opinion moins favorable des républicains, 37% sont moins favorables au Tea party. Ce mouvement ultraconservateur du camp républicain a, de par sa position très clairement défavorable au projet d'un accord bipartisan, provoqué une scission au sein du parti. Selon les observateurs politiques, les différences mouvances républicaines devraient cependant s'unir après la désignation d'un candidat à la présidentielle de 2012. Le Tea Party, avec des candidats à l'investiture républicaine, comme Michele Bachmann ou Mitt Romney, prend une dimension de plus en plus importante au sein du parti républicain.
Les démocrates ont réussi à arracher un accord in extremis, sauvant ainsi les apparences, mais ils devront renégocier l'année prochaine avant la deuxième phase du relèvement du plafond de la dette. Le président Barack Obama a retrouvé un peu de son charisme en s'adressant plusieurs fois à la nation pour pointer du doigt l'irresponsabilité de ses adversaires dans ce chantage qui a failli coûter cher à une économie américaine déjà fragile. Si sa détermination politique peut être saluée, son impuissance dans les négociations était évidente. A tel point que certains annoncent de possibles primaires démocrates afin de trouver un remplaçant au président, dont la gestion de la crise économique est souvent critiquée. Barack Obama cherche donc une parade afin de faire oublier le plus rapidement possible ce camouflet de l'opposition. Endiguer le chômage semble une bonne idée. "Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire croître cette économie et remettre l'Amérique au travail, Tout le monde doit s'y mettre. Ce n'est que justice", a affirmé le président dès mardi. Nancy Pelosi, la chef de file des démocrates à la Chambre des représentants lui a donné raison : "Assez parlé de la dette. Nous devons parler d'emploi."
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 4 août 2011
En savoir plus
Article d'E24, Dette: Fitch et Moody's maintiennent le AAA des Etats-Unis
Article de Challenges, Pour Pékin, la "bombe de la dette" américaine n'est pas désamorcée
Article du Monde, Etats-Unis : "Assez parlé de la dette, nous devons parler d'emploi"
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